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Toulouse - Caserne Niel


D’octobre 2009 à juillet 2011 s’est déroulée sur le site de l’ancienne caserne Niel une opération de fouille de grande ampleur menée par la société Archeodunum. Elle s’est déroulée dans le cadre d’un grand projet de réhabilitation de cette partie du quartier Saint Roch mené par OPPIDEA, société d’économie mixte pour l’aménagement du Grand Toulouse. Ces recherches de 21 mois ont mobilisé une équipe d’une quarantaine d’archéologues sur une surface de 2,6 hectares.


Le site de la caserne Niel était connu de longue date pour ses vestiges protohistoriques. Des fouilles menées par L. Joulin à l’occasion de la construction du site militaire au tout début du XXe siècle avait déjà permis de reconnaitre deux occupations principales avec une nécropole du premier âge du Fer (750-500 av. J.-C.) et une série de « cavités » interprétées, pour la plupart, comme des puits funéraires gaulois de la fin du deuxième âge du Fer (500-50 av. J.-C.). Léon Joulin avait imaginé une continuité dans les pratiques funéraires et un lieu dévolu spécifiquement aux nécropoles durant les deux âges du Fer. Cette hypothèse fut battue en brèche par la suite par de nouvelles fouilles. Avec l’urbanisation croissante du quartier Saint Roch à partir des années 1950, l’archéologie apporta de nombreuses autres découvertes de la fin de l’époque gauloise. Ce quartier du sud de l’agglomération toulousaine a ainsi livré de nombreux témoignages d’une occupation dense du IIe siècle av. J.-C. et du début du siècle suivant. Cette dernière se caractérise notamment par une grande quantité de fragments d’amphores romaines et la présence de nombreux puits gaulois. L’interprétation de ces puits, comme ceux reconnus sur l’oppidum gaulois tout proche de Vielle-Toulouse, fit l’objet d’un long débat entre spécialistes, notamment lorsque Michel Vidal leur récusa, à juste titre, la notion de funéraire. Les années 2000 amenèrent un nouvel élan aux fouilles archéologiques dans le quartier Saint Roch. Toutefois, elles étaient discontinues et ne concernaient que des surfaces retreintes, conséquence du développement d’un quartier déjà fortement urbanisé. Malgré tout, ces recherches ont pu confirmer la présence récurrente des vestiges d’une agglomération de la fin de l’époque gauloise. L’ampleur des travaux archéologiques que nous avons réalisés récemment dans la caserne Niel offre désormais aux chercheurs une vision plus globale de l’organisation de cette agglomération tout en permettant également de faire le point sur les autres périodes moins documentées jusqu’alors.

Le Néolithique :
Une des surprises de cette fouille est la présence d’une vaste occupation datable de la fin de la période néolithique. Jusqu’à présent, quelques indices ténus laissaient présager de la fréquentation du quartier Saint Roch à cette période mais aucunes structures ni niveaux anthropiques n’avaient pu être clairement identifiés.
Le mobilier est d’une manière générale peu abondant mais fournit des précisions sur la chronologie générale. On peut, au sein de l’horizon néolithique, déterminer trois grandes périodes, le néolithique moyen (Chasséen classique voir récent), le néolithique final et le Chalcolithique/ Campaniforme (voire Bronze ancien).
Cette occupation se caractérise à la fois par son étendue et paradoxalement par sa faible densité. La quasi-totalité de l’emprise a livré des vestiges de cette période. Les structures sont surtout représentées par des fosses à galets chauffés (33 reconnues) complétées par quelques fosses et autres trous de poteaux. Ces vestiges, associés à des niveaux anthropisés, forment un canevas assez lâche.

L’âge du Bronze et le premier âge du Fer :

Déjà repérée lors des fouilles de Léon Joulin, reconnue par la suite en divers point du quartier, la nécropole datable de la fin de l’âge du Bronze et du premier âge du Fer a livré quant à elle 78 tombes, toutes à incinération sauf une, à inhumation. L’état de conservation des horizons de sol anciens étant peu lisible, seules les fosses d’implantations des sépultures ont été reconnues. On notera toutefois deux éléments permettant de reconnaitre des structures associées à ces tombes, un enclos circulaire fossoyé et une « couronne » de galet pouvant correspondre au reste d’un monument funéraire recouvrant une des sépultures.
Le phasage chronologique de cette nécropole montre une utilisation s’étalant du Bronze final IIIa (vers 1000 av. J.-C.) et le premier âge du Fer moyen (vers 550 av. J.-C.) sans solution de continuité.
La plupart des tombes sont caractérisées par un vase cinéraire généralement coiffé d’une coupe-couvercle, quelques fois associé de vases d’accompagnement. Le mobilier métallique indique qu’une partie des offrandes passait sur le bucher alors que d’autres sont déposées après la crémation. La seule inhumation, datable du Bronze final IIIa, se démarque par la pratique funéraire et par le mobilier métallique (poignard, épingle et rasoir en bronze).

Le second âge du Fer :

Nos fouilles ont permis de caractériser un peu mieux le site de la période gauloise.
D’un point de vue chronologique, l’occupation se situe tout entière dans le IIe s. av. J.-C. Les premiers niveaux se mettent en place avant -175 tandis que les derniers éléments ne semblent pas dépasser le tournant des IIe-Ier s. av. J.-C.
L’économie du site s’articule autour de deux caractéristiques principales, l’une liée à la production artisanale et l’autre tournée vers l’activité commerciale.
Les activités artisanales reconnues sont liées au travail des métaux fusibles (alliages cuivreux, or, plomb), du fer, de l’os et peut-être du verre. Il faut ajouter à cela la boucherie. Les découvertes réalisées dans la zone artisanale ont pu mettre en évidence de très nombreux ossements de bœuf portant des traces de découpes bouchères et cela, dans une très forte proportion. Près de 460 individus (adultes et jeunes adultes) ont été comptabilisés au sein d’un échantillon. Il n’est pas extravagant d’imaginer un chiffre dix fois supérieur.
Toutes ces découvertes attestent une organisation spatiale du site avec d’un côté l’artisanat et la boucherie et, de l’autre, un lieu réservé à l’habitat. Il ressort toutefois de ces fouilles, une apparente absence de délimitation nette de l’espace entre ces « quartiers ». Aucun axe de circulation (rue ou ruelle) n’a été clairement mis en évidence.
On y observe donc une organisation relativement « floue » de l’espace, en tout cas manifestement plus spontanée et anar-chique que ce que l’on connaît du phénomène d’urbanisation qui a touché la Gaule méditerranéenne précocement. Ce cas de figure est par contre connu en Gaule interne par exemple à Levroux « Les Arènes » dans le Berry ou bien encore Clermont-Ferrand « Gandaillat », en Auvergne. Ces sites se caractérisent d’ailleurs par de nombreux restes artisanaux. Le site de la ZAC Niel et, par extension l’agglomération de Toulouse Saint Roch, semble donc trouver sa place dans un ensemble de sites non urbains fondés aux IIIe-IIe s. av. J.-C. dans toute l’Europe tempérée.
Concernant la culture matérielle, on retrouve au sein de nos fouilles toute la panoplie des objets caractéristiques de la sphère culturelle de l’époque de La Tène : fibules en fer de schéma La Tène II, fibules en bronze de type « Nauheim », bracelets et perles en pâte de verre. Au sein de la vaisselle céramique, on retrouve là aussi des vases que l’on peut rattacher sans équivoque à la sphère gauloise (vases balustres peints, écuelles à bord rentrant, jattes à profil en « S »). Bien que situé aux confins de la « celtique occidentale », le site de Saint Roch s’intègre bien au vaste complexe culturel de La Tène, qui s’étendait alors sur une grande partie de l’Europe tempérée. On relève toutefois une composante régionale assez marquée avec des fibules, manifestement de conception locale (dont certaines ont été fabriquées sur le site de Niel) et certains types de vases spécifiques à la région toulousaine. De même, le faciès monétaire du site est marqué par une forte proportion de monnaies dites « à la croix ». Ces dernières s’apparentent à un type d’émission monétaire caractéristique de la fin de l’époque gauloise tout au long de l’axe Aude-Garonne.
L’élément le plus frappant, qui dénote par rapport aux agglomérations de Gaule interne, est la très forte proportion d’importations méditerranéennes retrouvées sur le site, céramique campanienne, vaisselle de la côte catalane ou de Marseille, vaisselle métallique provenant d’Etrurie ou de Campanie, ou bien encore récipients de verre de Méditerranée orientale. L’ensemble de ces pièces dénote une certaine richesse, tout au moins une grande diversité des approvisionnements. Enfin, s’il ne fallait retenir qu’un élément au sein des importations méditerranéennes, c’est bien entendu la masse colossale d’amphores vinaires (880000 tessonspour 98 tonnes). Celles-ci jonchaient littéralement le sol du site. La centaine de tonne de fragments d’amphore mise au jour prouve le dynamisme des échanges commerciaux avec le monde méditerranéen. Ces fouilles nous rappellent la place particulière que tenait le site de Toulouse dans le flux commercial du vin romain, tant du point de vue de la consommation locale que dans l’approvisionnement d’une grande partie de la Gaule occidentale. Cette masse d’importation prouve la vitalité commerciale du site et surtout sa place privilégiée dans les circuits d’échanges au IIe s. av. J.-C.

La période romaine :

Suite à l’abandon du site à la fin du IIe s. av. J.-C., une grande partie du siècle suivant montre une désaffection totale du quartier. Par la suite, quelques éléments renvoient à la période romaine au sens large.
Déjà repérée lors des fouilles de Léon Joulin, une petite nécropole romaine s’installe dans le courant du Ier s. ap. J.-C. dans la partie sud orientale de la zone. Deux incinérations déposées dans des cistes de pierre calcaires sont situées à proximité d’une grande structure quadrangulaire interprétée comme un bustum. Celui-ci présente un fond rubéfié et des parois chemisées au mortier. Postérieurement à son utilisation primaire, trois loculi y ont été creusés, deux contenants des restes osseux brûlés et le troisième une série de balsamaires en verre présentant eux aussi des traces de combustion. Le mobilier retrouvé en position secon-daire dans le comblement de la structure permet de la dater dans la première moitié du Ier s. ap. J.-C. Toujours dans le domaine funéraire, deux tombes à inhumation situées dans la même zone ont pu être datées par le radiocarbone malgré l’absence de mobilier en leur sein entre la deuxième moitié du Ier s. ap. J.-C. et le siècle suivant. Deux autres peuvent être rattachées à la même période d’après le mobilier les accompagnants.
Enfin, toute une série de fossés formant un parcellaire quasiment orthonormé est également à dater de la période romaine. Les éléments présents dans leur comblement fournissent des dates allant de la période augustéenne moyenne (fibule d’Aucissa) au IVe s. ap. J.-C. (monnaie de Constant Ier). En tout état de cause, l’occupation romaine semble de faible ampleur et être en marge de la ville qui va se développe quelques kilomètres plus au Nord.


Les périodes médiévale et moderne :

Là encore, les découvertes des périodes récentes semblent indiquer une fréquentation du site épisodique avec des terres dévolues aux travaux agricoles. On notera toutefois la présence d’une sépulture datée par 14C entre le VIIe et le VIIIe ap. J.-C.
Un chemin bordé de fossé et des fosses de plantations arbustives sont les seuls éléments structurant du site pour la période médiévale (au moins dès le XIIe ap. J.-C.) et ce, jusqu’à la période moderne où abandonné, le chemin continuera à servir de limite parcellaire.


Commune : Toulouse

Adresse/lieu-dit : Caserne Niel

Département/Canton : Haute-Garonne

Année de fouille : 2009-2012

Période principale d'occupation : Age du Fer

Autres périodes représentées : Néolithique,Age du Bronze,Antiquité

Responsable d'opération : Guillaume VERRIER

Aménageur : OPPIDEA - SEM d'aménagement Toulouse Métropole

Raison de l'intervention : Aménagement de ZA ou ZI

Référence bibliographique : Ménal 2009 : Ménal H., Le vaste chantier archéologique du chantier Saint-Roch livre ses premiers secrets. La caserne Niel dissimulait une nécropole , 20 Minutes, Toulouse, p.2

La Dépêche du Midi 2009 : EMERY Ph., ZAC Niel : fouilles et premiers coups de pioche , La Dépêche du Midi.

La Vigne : Des milliers d'amphores trouvées à Toulouse, La Vigne, p.82

Ménal 2010 : Ménal H., Les sous-sols de la caserne Niel livrent peu à peu leurs secrets aux archéologues. Quand nos ancêtres faisaient ripaille , 20 Minutes, Toulouse, p.3

Aujourd'hui en France 2010 : Qu'est ce qu'ils buvaient, ces Gaulois ! , Aujourd'hui en France, Midi-Pyrénées

AFP Infos Françaises 2010 : Plus de 6.000 amphores trouvées sur un site gaulois énigmatique à Toulouse

Direct Toulouse (DT) 2010 : Nouveau quartier Niel. Le vrai départ , Direct Toulouse (DT), p.3.

La Dépêche du Midi 2010 : CLEMENT H., Archéologie. Les fouilles de l'ancienne caserne Niel sont un succès. Des trésors sous nos pieds , La Dépêche du Midi, p.22.

La Dépêche du Midi 2010 : ROUX S., Que va devenir le trésor de Toulouse ? Archéologie. Dix tonnes de fragments d'amphores gauloises ont déjà été retrouvées dans les sols de l'ancienne caserne Niel , La Dépêche du Midi (site web).

La Dépêche du Midi 2010 : BARRERE S., Niel : 10000 amphores... et encore , La Dépêche du Midi.

La Dépêche du Midi 2010 : BARRERE S., Il y a 2000 ans, les Gaulois s'enivraient à Toulouse , La Dépêche du Midi.

La Dépêche du Midi 2010 : HENNEQUIN A., Il faut sauver les vestiges gaulois , La Dépêche du Midi.

Le Figaro 2010 : 6.000 amphores trouvées à Toulouse , Le Figaro.

Le Monde 2010 : EVIN F., 6000 amphores découvertes sur un site gaulois à Toulouse , Le Monde, p.24

Jud et al. 2011 : JUD P., ALCANTARA A., GASC J., LEMAIRE A., ROUSSEAU C., VERRIER G., « Entre midi et Aquitaine, les Gaulois de Saint-Roch à Toulouse », Dossiers d’archéologie, hors-série n°21, octobre 2011, pp. 74-77.

La Dépêche du Midi 2011 : ROUX S., Niel est un site d'intérêt européen , La Dépêche du Midi (site web).

Lemaire 2012 : LEMAIRE A., « Les puits », in ALCANTARA A. et al. « L’agglomération gauloise de Saint-Roch, les fouilles de la ZAC Niel », Archéothéma, 21, mai-juin 2012, pp. 54-55.

Lemaire 2012 : LEMAIRE A., « Les bois », in ALCANTARA A. et al. « L’agglomération gauloise de Saint-Roch, les fouilles de la ZAC Niel », Archéothéma, 21, mai-juin 2012, pp. 56-57.

Jud et al. 2013 : JUD P., ALCANTARA A., DEMIERRE M., GASC J., LEMAIRE A., ROUSSEAU C. et VERRIER G., « Toulouse ZAC Niel (Haute-Garonne). Nouveaux éléments sur l’occupation gauloise du quartier Saint-Roch », In COLIN A. et VERDIN F. (dir.), L’âge du Fer en Aquitaine et sur ses marges, Actes du XXXVe Colloque de l’AFEAF (Bordeaux, 2-5 juin 2011), pp. 371-376, Supplément de la revue Aquitania, 30.

Verrier et al. 2015 : VERRIER G., DJERBI H., LATOUR C., LEMAIRE A., « Toulouse ZAC Niel : gestion de l’eau dans une agglomération du IIe s. av. J. C. », in : OLMER F. (dir.), Les Gaulois au fil de l’eau, Actes du XXXVIIe Colloque International de l’Association Française pour l’Étude de l’Age du Fer (Montpellier 8-11 mai 2013), pp. 349-374, Monographie d’Archéologie Méditerranéenne, Mémoires Ausonius, 39.