Notice_site

Saint-Vulbas - Rue Claires Fontaines


Dans le cadre de l’extension du foyer d’accueil médicalisé (MAPAD) « Claires Fontaines » situé au nord du bourg de Saint-Vulbas (Ain), une opération d’archéologie préventive a été prescrite afin d’explorer une fenêtre d’environ 3700 m².
Le site « Rue Claires fontaines » se trouve en rive droite du Rhône à environ 300m du fleuve, dans des terrains d’alluvions, accusant un pendage régulier d’orientation sensiblement ouest/est, situé entre 200,07 m et 198,18 m NGF. Il bénéficie ainsi d’un emplacement idéal à l’abri des crues du Rhône. Le substrat caillouteux rencontré sur l’ensemble de l’emprise de la fouille correspond ainsi à la terrasse fluviatile, sur laquelle des colluvions anciennes rouges stériles comblent les irrégularités, aplanissant la topographie locale. C’est dans ces sédiments que les premières traces d’occupation du site ont été observées et datées de la fin de l’âge du Bronze moyen (1400 :1350 av. J.-C.). Les vestiges, pour cette période, se résument essentiellement à la présence de quatre fosses contenant des vases-silo, témoignant de la présence d’un habitat agro-pastoral de plein-air.


Par la suite, plusieurs colluvions plus récentes scellent cette première période d’occupation. Dans l’épaisseur de cette nouvelle stratification s’inscrit la seconde période d’occupation correspondant à la fin du Second âge du Fer, couvrant la fin du IIe s. av. notre ère jusqu’à 30 av. J.-C.
Au cours du Ier s. av. J.-C., le site de Saint-Vulbas occupe une situation de carrefour entre le nord de la Provincia et les territoires Séquane et Ségusiave. Si le Rhône constitue la frontière septentrionale du territoire allobroge, il est fort probable que Saint-Vulbas ait été intégrée à ce dernier en tant que tête de pont grâce à l’existence probable d’un gué utilisé dès cette période.
La découverte d’un four à chambre de cuisson enterrée, constitue le premier témoignage de la période gauloise attribué à La Tène D1b. Aucun bâtiment n’a été mis en relation avec cette structure, il faut attendre la phase d’occupation suivante, située à La Tène D2a entre 80/70 et 50 av. J.-C, pour attester l’existence de véritables plans d’habitations. Au moins deux bâtiments sur poteaux porteurs se distinguent, dont l’un a conservé les restes d’une sole foyère. Malheureusement, la fouille n’a pas livré de véritable système d’enclos fossoyés, tel qu’on pourrait l’attendre sur un site rural de type ferme indigène. Par ailleurs, il semble qu’une fosse ou un puits à caractère rituel ait été aménagé au cours de cette phase, mais sa lecture est contrariée par les perturbations des occupations antiques ultérieures.
Au cours de la phase suivante, située à La Tène D2b (50 à 30 av. J.-C.), trois édifices ont été recensés. Deux d’entre eux présentent des fondations sur sablières basses, avec un solin de fondation réalisé en fragments de panses d’amphores vinaires italique. Des soles foyères ont été observées à l’intérieur de deux de ces bâtiments. La découverte de battitures et de scories dans ces niveaux d’occupation tendraient à confirmer l’existence d’une activité métallurgique à partir de cette époque. On observe ainsi un agglomérat d’habitats permettant de supposer l’existence d‘un établissement rural ou d’un habitat groupé dès cette phase d’occupation. Ces édifices se développent à l’est d’un premier chemin en terre battue aménagé sur la terrasse alluviale. Pour la période gauloise, le mobilier céramique a révélé un réel dynamisme dans les échanges commerciaux avec le monde méditerranéen notamment, à travers la découverte de très nombreux tessons d’amphores vinaires italiques.


Sans réelle rupture, l’occupation du site se poursuit durant l’Antiquité. Les dépôts de colluvions s’interrompent, et les vestiges s’installent et s’accumulent directement sur l’occupation précédente.
Durant l’Antiquité, Saint-Vulbas se situe aux confins du territoire colonial de Lugdunum et de la cité de Vienne, occupant ainsi toujours une situation de carrefour à proximité du Rhône. Comme pour la période précédente, cette entité a pu être rattachée à la cité de Vienne comme tend à le démontrer la découverte ancienne au centre du village du cippe funéraire de M. Aurelius Lucanius, décurion de la cité de Vienne (CIL XIII 2453) daté du IIIe s. ap. J.-C.
Au cours du changement d’ère et jusqu’au milieu du Ier s. ap. J.-C., l’occupation se développe essentiellement à l’est d’un axe viaire constitué de recharges de cailloutis, succédant au chemin en terre battue précédemment évoqué. Au nord, dès le début du Ier s. ap. J.-C., on assiste au développement d’une zone artisanale à partir d’un premier bâtiment aux fondations en galets, abritant sous l’appentis de sa façade occidentale un atelier métallurgique dont seules les fosses de travail ont été conservées. Puis, au milieu du Ier s. ap. J.-C. est aménagé un second bâtiment constitué de deux pièces dont l’une abrite un atelier de forge relativement bien conservé, et dans la seconde, ont été reconnues deux fosses interprétées comme des tours de potiers. Les deux édifices, de même orientation, sont situés immédiatement au nord d’un enclos formé par des murs parcellaires, lesquels délimitent également l’occupation orientale du site. La cour formée par ces maçonneries relativement arasées abrite un édifice quadrangulaire à vocation domestique dont on situe la construction au cours du premier tiers du Ier s. ap. J.-C. L’occupation du site ne semble pas se développer à l’ouest de l’axe viaire. Seuls des bâtiments sur poteaux porteurs, probablement destinés à du stockage, ont été attestés pour la période augustéenne. Au cours du dernier tiers du Ier s. ap. J.-C., si on n’observe aucune nouvelle construction, l’occupation du site se poursuit comme en témoigne le lot de céramique attribué à cette phase, découvert dans des fosses dépotoirs.
Au IIe s. ap. J.-C., on assiste à une mutation de l’occupation du site, avec la mise en place d’un nouveau parcellaire d’orientation différente. A l’est de l’axe de circulation, un imposant édifice tripartite est construit sur les ruines du bâtiment quadrangulaire. La cour abrite un four domestique, un puits ainsi qu’une canalisation. La pièce du bâtiment contenant les tours de potiers est réaménagée, présentant une sole foyère ainsi que différents aménagements maçonnés, témoignant ainsi désormais plutôt d’un usage domestique qu’artisanal. Cette zone semble se située dès lors à l’ouest de l’axe de circulation, avec la présence d’une fosse de travail protégée par une couverture en tegulae. Cet atelier métallurgique, probablement destiné à une production de subsistance locale, s’ouvre directement sur la voie.
Au cours du IIIe s. ap. J.-C., l’axe viaire, ainsi que le bâtiment situé à l’est de celui-ci semblent abandonnés. L’atelier métallurgique situé à l’ouest est également détruit. Des fosses percent le niveau de démolition formé par l’effondrement de sa couverture en tuiles. L’occupation se concentre alors plutôt au sud de celui-ci, mais l’emprise de fouille est trop restreinte pour réellement apprécier sa nature.
Enfin, au cours du IVe s. ap. J.-C., une petite zone qui n’a laissé que peu d’empreintes, située à l’est du chantier, abrite un bâtiment sur poteaux porteurs.


Si les découvertes anciennes et les fouilles plus récentes effectuées sur la commune de Saint-Vulbas témoignent d’une occupation romaine très étendue, incitant à l’interpréter comme une agglomération, les vestiges antiques mis au jour sur le site rue Claires Fontaines pourraient correspondre à ceux d’un quartier péri-urbain.
In fine, le site de Saint-Vulbas «rue Claires Fontaines » (Ain) a livré une abondante masse d’information sur la période de la fin de l’âge du Bronze moyen, mais surtout sur les cinq siècles d’occupation continue, de la fin du second âge du Fer au IVe s. ap. J.-C., ce qui en fait une référence à l’échelle régionale.


Commune : Saint-Vulbas

Adresse/lieu-dit : Rue Claires Fontaines

Département/Canton : Ain

Année de fouille : 2011

Période principale d'occupation : Age du Fer,Antiquité

Autres périodes représentées : Age du Bronze,Epoque contemporaine

Responsable d'opération : Catherine LATOUR

Aménageur : Commune de Saint-Vulbas

Raison de l'intervention : Autre aménagement

Référence bibliographique : Le Progrès 2011 : MIRABEL J.-Cl., Saint-Vulbas. L'époque gallo-romaine n'a plus de secret pour les écoliers, Le Progrès, p.17.