Notice_site

Lyon - Le Saint-Didier - 4 rue Saint-Didier


 Dans le cadre d’un aménagement immobilier à Lyon-Vaise, une fouille archéologique préventive a été prescrite par le Service Régional de l’Archéologie Rhône-Alpes et réalisée par la société Archeodunum. Cette opération de deux mois a permis d’ouvrir une nouvelle fenêtre sur un secteur de la plaine de Vaise, dont la documentation archéologique demeure relativement riche. Pour l’Antiquité, la parcelle de fouille se situe au sud-est d’un probable vicus dont l’importance dans la vie économique de Lugdunum a été démontrée par plusieurs opérations.
Les premières traces d’occupation du site correspondent à une sépulture dont les caractéristiques, notamment celles du mobilier associé, plaideraient en faveur d’une datation laténienne. Si l’absence de collagène dans les os du squelette ne permet pas de fournir une datation par radiocarbone, la présence de perles en ambre et d’un anneau en schiste bitumeux oriente la chronologie soit vers la Protohistoire, soit vers le début de l’Antiquité. Mais la présence d’un fragment de crâne humain perforé, utilisé probablement comme amulette, privilégierait la première hypothèse. Cette structure funéraire se trouve, par ailleurs, au bord d’un ancien bras de la Saône qui a déjà fait l’objet d’observations, plus à l’ouest, à l’angle des rues Saint-Pierre-de-Vaise et Sergent Michel Berthet. Ce paléochenal, dont la mise en place date avant le premier âge du Fer, semble se combler au cours du Ier s. ap. J.-C.
 La première véritable fréquentation du site est matérialisée par une série de structures en creux (trous de poteau, fossé) et de remblais datés de la période augusto-tibérienne, dont la fonction demeure indéterminée. Il faut attendre véritablement le milieu du Ier s. ap. J.-C. pour connaître un premier ensemble de constructions à l’est de la parcelle. Malheureusement, le plan de ces aménagements s’avère incomplet en raison de leur localisation en bordure du site. D’après leur agencement et le mobilier récolté, on peut supposer un local à vocation artisanale où les activités verrières (moules de bouteilles, éléments de four), métallurgiques (creusets de cémentation du laiton), de tabletterie (réserve de diaphyses) et de boucherie s’entremêlent. Le plan partiel d’un second bâtiment s’apparenterait à celui d’un entrepôt à double nef séparée par une série de piliers. Ces découvertes rejoignent celles déjà attestées dans ce quartier, comme sur les sites de la rue du Chapeau Rouge, du quai Arloing ou de la Place Valmy, où des activités artisanales (céramiques, métallurgie) cohabitent avec des lieux de stockage. Deux types d’orientation sont visibles au travers de ces bâtiments. Si l’entrepôt s’intégre parfaitement dans la trame générale de l’agglomération antique, observée plus au nord, l’atelier présente une orientation légèrement désaxée. Cette double orientation pourrait s’expliquer par l’existence de deux axes viaires dans ce secteur de la plaine. En effet, le bâtiment de stockage borde probablement la voie de l’Océan et du Rhin, dont plusieurs portions ont été reconnues dans le quartier. En revanche, le second pourrait border une autre voie encore inédite, dont le tracé serait repris par l’actuelle rue du Bourbonnais. Le secteur localisé en arrière des bâtiments reste inoccupé et sert de zone de rejets. Deux sépultures, dont celle d’un nourrisson, ont été par ailleurs retrouvées à l’arrière de ces bâtiments.
A la fin du Ier s. ou au début du siècle suivant, le bâtiment artisanal, probablement détruit par un incendie, est remplacé par un édifice dont le plan et la puissance des murs orientent l’interprétation vers un monument, peut-être à vocation funéraire. Le contexte du site, notamment en bordure de voie, associé à la découverte de nombreux éléments lapidaires, retrouvés dans les niveaux postérieurs, pourraient attester, en effet, la présence d’un mausolée. Le second bâtiment est, quant à lui, abandonné et fonctionne désormais comme enclos funéraire, à l’image de l’atelier de potiers voisin de la rue du Chapeau Rouge. Au cours du IIe s. et ce, jusqu’au milieu du IIIe s., ce bâtiment est définitivement ruiné et un ensemble de six inhumations y est aménagé. L’édifice monumental est à son tour démantelé dans la seconde moitié du IIIe s. Il faut attendre ensuite le milieu du IVe s. pour observer un nouveau plan d’aménagements matérialisé, à l’est, par un niveau de circulation damé, dont l’orientation est conforme à la trame antique. Si seule une partie de cet empierrement a été observée dans l’emprise de la fouille, ses caractéristiques renvoient vers un axe viaire qui semble correspondre à l’évolution tardive du tracé de la voie de l’Océan et du Rhin, qui pourrait être sujette à des colluvionnements provenant de l’éperon de Loyasse. Quant à la partie occidentale du site, elle connaît pour la première fois une occupation se résumant à une série de murs à vocation parcellaire.
Après un hiatus d’un ou deux siècles, peut-être en lien avec des conditions climatologiques et hydrologiques défavorables (crues récurrentes), une réoccupation des lieux s’effectue au cours du VIe s., sous forme d’un simple mur de clôture construit à l’aide de nombreux remplois d’origine antique. Il borde une mare aménagée, utilisée comme exutoire pour les eaux de ruissellement et comme dépotoir pour les riverains. Au siècle suivant, un bâtiment, réutilisant également des matériaux antiques, est construit à l’est de la parcelle. La présence de deux inhumations en bordure de l’édifice semble indiquer qu’il s’agit probablement d’un habitat associé à un ensemble de sépultures dites « familiales ». L’orientation nord-sud des différents aménagements diffère de celle de la trame antique. Cette occupation se traduit également par une série de vestiges dévolus à l’assainissement du terrain et à l’évacuation des eaux usées et de pluie (puisard, drain, fossé, etc) vers la partie occidentale de la parcelle, secteur qui, depuis l’Antiquité, s’avère être une zone humide et insalubre.
Hormis quelques traces fugaces d’une simple fréquentation au bas Moyen Age, le secteur semble figé dans une fonction limitée à l’agrément (terres de jardins) ou aux labours et ce jusqu’au XIXe s., où des bâtiments légers furent implantés sur la parcelle.


Commune : Lyon

Adresse/lieu-dit : Le Saint-Didier - 4 rue Saint-Didier

Département/Canton : Rhône

Année de fouille : 2012

Période principale d'occupation : Antiquité

Autres périodes représentées : Moyen-Age

Responsable d'opération : Tony SILVINO

Aménageur : SOLLAR SA

Raison de l'intervention : Construction de logements/projet immobilier