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Tarnac - Eglise Saint-Gilles-Saint-Georges



Durant les quatre semaines du mois de mars 2012, l’entreprise Archeodunum SAS a été chargée de réaliser une étude archéologique de l’église de Tarnac (Corrèze) en vue de sa restauration.

Le cahier des charges scientifique fixé par le Service Régional de l’Archéologie de la DRAC Limousin avait plusieurs objectifs. En premier lieu, il fallait de parfaire la connaissance archéologique de l’édifice en le documentant à la fois par l’étude du bâti  (étude en plan et en élévation, y compris de la charpente) et des sondages au sol à l’intérieur et à l’extérieur de l’église. En second lieu, il s’agissait de documenter l’origine de certains désordres architecturaux. En dernier lieu, la prescription visait à rechercher un éventuel espace d’inhumation.

L’opération archéologique a considérablement renouvelé la documentation relative à l’église Saint-Gilles-Saint-Georges en associant des sondages à l’étude des élévations et de la charpente. Ainsi a-t-on pu déterminer trois phases d’occupation du site antérieures à la construction de l’église du XIIe siècle et sa transformation à la fin du XVe siècle.

La première phase a été mise en évidence par la présence d’une fosse s’apparentant à un silo, signifiant que le site a pu être primitivement le lieu d’une occupation rurale. La chronologie relative permet d’envisager une datation du haut Moyen Âge selon un phénomène déjà observé en Limousin. Toutefois, aucune découverte de mobilier ne permet pour le moment de confirmer la nature ou l’époque. Riche en charbons, le prélèvement effectué dans le comblement de la fosse pourrait fournir des résultats intéressants tant par le radiocarbone que par une étude carpologique.

La seconde phase correspond à l’aménagement d’une maçonnerie dans le comblement de l’éventuel silo. La construction ne semblait pas se développer vers le sud-ouest. Faut-il en conclure qu’il s’agissait d’un angle ou d’une base de support ? Les techniques de mise en œuvre n’apportent a priori aucun indice de datation. L’orientation, en revanche, pourrait éventuellement être perpendiculaire à celle du mur retrouvé dans la partie sud du sondage 2. Une nouvelle fois, les éléments sont trop fragmentaires et ne permettent ni mise en relation ni conclusion.

La troisième phase voit la construction d’un mur venant s’appuyer, à l’est, contre la maçonnerie implantée dans le comblement du silo supposé. Malgré son alignement commun avec le mur gouttereau sud de la nef, ce mur présente des techniques de construction différentes de celles du XIIe siècle : des moellons irréguliers liés par de la terre, en léger pendage vers l’est. Par ailleurs, la mise au jour de l’arase d’un mur de même facture semble-t-il et, surtout, à la même altitude, invite à considérer l’existence d’un bâtiment possédant le même alignement que l’église mais se développant plus à l’ouest. S’agit-il d’un édifice religieux antérieur ou d’un bâtiment à vocation agricole ? La largeur du mur atteint 0,80 m de largeur, ce qui permet d’envisager une élévation relativement importante. De même, l’aménagement contre une structure plus ancienne évoque les cas étudiés à la chapelle Saint-Martial de Toulx-Saint-Croix (Creuse) ou à Saint-Martin de Brive (Corrèze). L’identification, en revanche, d’un niveau de sol scellant des creusements n’ayant livré aucun ossement pose un double problème. D’une part, faut-il envisager le développement du bâtiment présumé au sud de l’église actuelle ? D’autre part, l’absence d’espace funéraire dans ce secteur paraît aller à l’encontre des sites limousins évoqués plus haut car ils étaient systématiquement associés à des sépultures. Y a-t-il eu un transfert de la zone d’inhumation ? Le terrain est-il trop acide ou trop humide pour avoir conservé les os ?

Les phases suivantes de l’évolution du site sont en rapport avec la construction de l’église au XIIe siècle. L’édifice a été bâti en deux campagnes probablement assez rapprochées dans le temps, comme en témoigne le caractère homogène du parti architectural : tout d’abord le chevet, constitué par l’abside polygonale et la travée droite, ensuite la nef à vaisseau unique de trois travées. Ces données sont intéressantes dans la mesure où elles permettent, d’une part, de dépasser les approches stylistiques de l’histoire de l’art et, d’autre part, de suivre la progression du chantier d’est en ouest. En ce sens, la présence hypothétique d’une église antérieure de même alignement – même parallèle – à l’ouest conduit à s’interroger sur les contraintes rencontrées par les constructeurs et les prérogatives imposées par les commanditaires, notamment la continuité de culte.

Les remplois placés de part et d’autre du portail du collatéral nord à la fin du XVe siècle laissent présager qu’ils provenaient d’une des travées du mur gouttereau nord de l’église. La représentation d’un Pierre Arbert, dont le nom est mentionné à cinq reprises dans le Cartulaire d’Uzerche entre 1096 et 1174, accompagné par saint Georges confirme la chronologie absolue de l’édifice – le milieu du XIIe siècle – et sa dédicace dès cette époque. On peut donc s’interroger sur le caractère ancien du vocable Saint-Gilles qui lui est aujourd’hui associé. Faut-il y voir la volonté d’un potentat local de rechercher la protection d’un saint militaire ?

Quant à la zone d’inhumation identifiée au chevet de l’édifice, elle est au moins postérieure à la construction du XIIe siècle. Le site a été largement perturbé – notamment des remblais et des réseaux contemporains – mais aucune sépulture ne semble avoir été recoupée par les maçonneries de l’abside polygonale pour ce qui a été observé dans le sondage. On rappellera cependant que la fondation de l’édifice n’a pas pu être atteinte en raison du niveau de la nappe phréatique mais, quoi qu’il en soit, tout porte à croire que le cimetière s’étendait sous l’actuelle place de l’église. Les éventuels projets de réaménagement du secteur – dans le but d’assainir les abords de l’édifice par exemple – devront donc au moins faire l’objet d’une surveillance archéologique.

Les dernières phases correspondent enfin à l’édification du collatéral nord de l’église et aux différentes transformations qui s’en suivirent. La construction semble homogène et a conservé la pente de la toiture sur le rampant du mur oriental mais également les sablières et les entraits du bas-côté, datés par dendrochronologie du premier tiers du XVIe siècle. Les éléments architecturaux pourraient éventuellement faire remonter quelque peu cette fourchette chronologique dans le dernier quart du XVe siècle mais la concordance globale des résultats n’invalide pas la proposition dendrochronologique.

La construction du collatéral nord entraîna également l’exhaussement général des murs de la nef. En conséquence, l’ensemble de la charpente et de la couverture de l’église fut repris à cette époque et ces travaux furent peut-être accompagnés par une fortification partielle à l’ouest de l’édifice.

Au milieu du XVIIIe siècle, l’ensemble des charpentes de l’église fut repris. Le poids de la nouvelle structure, probablement associé à une déstabilisation des murs gouttereaux depuis leur exhaussement et aggravé par un manque d’entretien, amena à plaquer deux contreforts très massifs sur sa face sud.


Commune : Tarnac

Adresse/lieu-dit : Eglise Saint-Gilles-Saint-Georges

Département/Canton : Corrèze

Année de fouille : 2012

Période principale d'occupation : Moyen-Age

Autres périodes représentées : Période moderne

Responsable d'opération : Pierre MARTIN

Aménageur : Mairie de Tarnac

Raison de l'intervention : Restauration/Réhabilitation d'un bâtiment historique