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Vic-de-Chassenay - La Grande Chassaigne


Le site de Vic-de-Chassenay, situé à proximité de Semur en Auxois, a fait l’objet d’une fouille archéologique préventive à l’occasion de la réalisation sur la commune d’une Installation de Stockage de Déchets Non Dangereux (ISDND, société COVED). Ce cadre a permis de procéder à une fouille extensive dont l’intérêt majeur est d’avoir offert la possibilité d’appréhender sur une vaste superficie (6,7 hectares) un site rural densément occupée durant le deuXIème âge du Fer. La localisation topographique du site dans la vallée de l'Armançon, qui constitue un axe de communication important entre la vallée de la Saône et vallée de la seine, a sans doute constitué un atout favorable à l’installation des hommes. Néanmoins, le territoire du peuple Mandubien, aussi petit soit-il, reste encore mal connu en dehors sa capitale, l’oppidum d’Alésia, situé à une vingtaine de kilomètres du site.


A Vic-de-Chassenay, les fouilles ont révélé que ces vestiges, très denses, correspondent en réalité à plusieurs établissements ruraux qui se sont succédés durant près de deux siècles. Sur le site, les traces de ces habitats s’entremêlent, au point qu’il est difficile de discerner ce qui revient à l’une ou à l’autre, tant les vestiges qui les caractérisent sont proches. ces vestiges se présentent pour la plupart sous la forme de fondations de bâtiments, matérialisés par des cavités qui marquent dans le sol l’emplacement des poteaux en bois constituant l’ossature de constructions en matériaux périssables (terre et bois). Plus de 90 plans de bâtiments sur poteaux plantés ont ainsi été identifiés. Leur analyse permet de restituer des plans de bâtiments de formes et de dimensions diverses. La mise en œuvre de ces bâtiments sur le site est conforme à l’architecture rurale gauloise. Ils sont constitués de poteaux porteurs qui soutiennent des murs en terre et des charpentes couvertes de bois ou de chaume. La plupart de ces constructions est dévolue au stockage des récoltes : il s’agit de greniers surélevés, portés par quatre ou neuf poteaux. D’autres bâtiments, plus vastes, semblent plutôt correspondre à des maisons d’habitation, semblables à celles connues sur d’autres fermes de cette période. La superficie de certaines de ces constructions, qui peut atteindre 200 m², ainsi que la restitution que l’on peut en faire, montrent à quel point leur architecture était élaborée. C’est tout particulièrement le cas des maisons à porche(s), ou encore d’autres constructions, dont les dimensions montrent des portées de 10 m entre les poteaux. L’arasement assez important subi par le site n’a pas permis la conservation des sols des bâtiments, qui apportent souvent un éclairage important quant à la vocation de ces espaces, ni des éventuels foyers, utilisés dans le cadre des activités domestiques.
Ces constructions sont associées sur le site à de très nombreux fossés, organisés en réseaux, qui partitionnent l’espace en plusieurs ensembles distincts. Ils forment des enclos, dont la forme nous est parvenue de manière plus ou moins complète, au sein desquels s’insèrent les bâtiments. Ces fossés peuvent avoir plusieurs fonctions : délimitation des parcelles et des propriétés, segmentation des zones d’activités, drainage, etc. Une longue palissade sur poteaux, aménagée sur plus de 100 m, participe également à la structuration de l’espace. Une autre palissade, construite plus au nord sous la forme d’un enclos quadrangulaire, matérialise peut-être l’emplacement d’un espace destiné au parcage du bétail. Un dernier aménagement, plus particulier, a été découvert dans la partie sud-ouest du site, en marge des grandes concentrations de greniers et de bâtiments. il s’agit d’un petit fossé qui dessine un enclos carré d’environ 3 m de côté, à l’intérieur duquel ont été mises en évidence les traces de quatre poteaux. D’autres exemples d’aménagements de ce type, connus en Gaule, permettent de l’interpréter comme un monument funéraire, dont les restes osseux ont vraisemblablement disparus en raison de l’acidité du sol. Sa localisation, en limite de fouille, ne permet pas de dire s’il s’agit d’un élément isolé ou s’il intégrait au contraire un ensemble plus important de structure funéraire.
Si la fondation de cette exploitation rurale remonte, pour l’essentiel, au moins au début du second siècle avant J.-C., certains éléments permettent d’envisager une fréquentation du site dès le premier âge du Fer (autour de 500 avant notre ère). Celle-ci est toutefois anecdotique en regard de l’importante occupation qui lui succède. Nettement plus importante, cette dernière ne semble pas discontinuer entre le début du IIe siècle et la fin du Ier siècle avant J.-C. Un certain nombre de bâtiments – notamment les greniers – ont été reconstruits à plusieurs reprises, et les recoupements observables entre les fossés trahissent plusieurs phases de construction, de réfection et de réorganisation de l’espace au cours de l’histoire du site. Tous ces aménagements suivent, de manière récurrente, quatre ou cinq orientations divergentes qui témoignent peut-être aussi ces différentes phases de construction ou de réaménagement du site, que la fouille ne permet malheureusement pas toujours d’appréhender dans le détail.


Ainsi, les vestiges juxtaposés sur le plan illustrent une vision cumulée des deux siècles de son exploitation. Celle-ci devait également se présenter sous une forme plus étendue et plus lâche, englobant de vastes espaces de culture ou de pacage qui se développent très probablement au-delà de la surface couverte pas les fouilles. Les témoins matériels de cette occupation, et en particulier les objets liés à la vie domestiques quotidienne, sont très peu nombreux sur le site. il s’agit essentiellement de récipients en céramique, utilisés pour la cuisson, la consommation et dans une moindre mesure, le stockage des aliments. Ils sont associés à quelques fragments de meules à grains et à quelques objets de parure en verre (bracelet et perle). Cette pauvreté qui se dégage de la faible quantité de restes mobiliers est relativement commune aux sites ruraux qui, en dehors, de quelques cas privilégiés qualifiés de résidences aristocratiques, livrent rarement beaucoup d’objet. La présence de plusieurs fragments d’amphores à vin, produits couteux importés d’Italie, atteste cependant le un certain statut pour au moins un partie des occupants du site.
L’abandon total du site peut être situé, en l’état des recherches, vers la fin du Ier siècle avant J.-C. Il est en effet probable que l’occupation perdure sur deux à trois génération après la conquête de la Gaule par les armées de Jules César. Contrairement à certains établissements ruraux contemporains, cependant, celui de Vic-de-Chassenay ne semble pas avoir connu de prolongement plus ample durant l’époque romaine.
Les vestiges mis au jour se prolongent nettement au-delà de l’emprise explorée et attestent une occupation bien plus vaste que celle mise en évidence par la fouille. Avec 6,7 hectares fouillés, le site de Vic-de-Chassenay permet d’appréhender l’évolution d’une ferme ou d’un réseau de fermes sur plus de deux siècles. Ce cas assez exceptionnel offre un cadre d’étude privilégié, qui devrait apporter de nombreuses informations concernant l’évolution de l’architecture des aménagements bâtis et de la structuration de l’espace. Il devrait apporter aussi un éclairage nouveau sur les populations rurales du territoire mandubien, jusque-là restées dans l’ombre.


Commune : Vic-de-Chassenay

Adresse/lieu-dit : La Grande Chassaigne

Département/Canton : Côte-d'Or

Année de fouille : 2010

Période principale d'occupation : Age du Fer

Autres périodes représentées : Age du Bronze,Antiquité,Période moderne,Epoque contemporaine

Responsable d'opération : Audrey PRANYIES

Aménageur : COVED

Raison de l'intervention : Aménagement de lieu de gestion des déchets

Référence bibliographique : Le Bien Public 2007 : GAUJARD C., Des fouilles archéologiques sur le site de la future décharge. Une ferme gauloise à Vic-de-Chassenay , Le Bien Public.