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Pommiers - Bel-Air- La Logère (TR 3)


La création d’une Zone d’Activités Commerciales sur les communes d’Anse et de Pommiers a donné lieu à une seconde campagne de diagnostic se révélant positive, engendrant la prescription d’une opération archéologique préventive qui s’est déroulé de janvier à juin 2014. Situées en bordure ouest de la RD 306, les zones prescrites représentent environ 1000 m² sur la commune d’Anse et 18000 m² pour Pommiers. Le secteur fouillé, situé à une altitude comprise entre 196 et 186 m, occupe le pied de versant est du chaînon jurassique de Lachassagne - St Cyprien appartenant aux Monts du Beaujolais. Dominant encore la rive droite de la Saône, le site mis en évidence s’inscrit sur une pente de 8 à 10 %.
Le secteur de fouille sur la commune d’Anse devait mettre en évidence la présence de la voie de l’Océan déjà repérée à un peu plus au sud du site. Ce ne fut malheureusement pas le cas, seuls un chemin gallo-romain d’orientation nord-sud et un deuxième perpendiculaire en connexion ont été aperçus. Toutefois, cette découverte est particulièrement intéressante car ces chemins devaient permettre la liaison entre les différents domaines gallo-romains aperçus sur ce secteur. Le chemin est- ouest repéré en est le parfait exemple, celui-ci remontant en direction d’une propriété gallo-romaine fouillée en 2012 par T. Argant (Archeodunum) puis par J. Galy (Mosaïques Archéologie).


Les vestiges découverts sur la commune de Pommiers se rapportent dans un premier temps à un ensemble de fosses traversant la zone de fouille sur une bande large d’environ 30 m suivant une orientation nord-ouest/sud-est. Installées de façon régulière, elles présentent un plan oblong de 2 à 3 m de long pour une largeur d’environ 1 m. Leurs profils en V ou en Y très profonds semblent les rattacher à la période de l’âge du Bronze voire du Néolithique. En effet, elles ne sont pas sans rappeler des structures mises au jour dans le nord de la France en région Champagne-Ardenne. L’absence de mobilier dans leur comblement, leur disposition linéaire, leurs dimensions analogues et la profondeur de leur creusement ont suggéré l’hypothèse de fosses de piégeage pour les animaux.
Une série de fosses situées de façon disparate sur l’emprise de fouille a livré un ensemble de tessons de céramique au sein de leur comblement datable du Bronze Final et du Hallstatt. De nouvelles structures fossoyées, délimitées par des enclos, un silo et un puits notamment, apparaissent à l’horizon laténien. L’ensemble de ces découvertes permettent de confirmer la présence ancienne et la pérennité de l’occupation humaine sur le bassin ansois.


La découverte majeure de nos investigations résulte de la mise au jour d’un établissement rural gallo- romain de près de 1,1 ha dont la période d’occupation s’échelonne du Ier s. au Ve s. ap. J.-C. La première moitié du Ier s. voit se mettre en place une série de bâtiments épars installés suivant des orientations diverses. Ce premier domaine est marqué par la présence d’édifices à vocations variées tels que des bâtiments type grange, un grenier, de l’habitat ainsi que de l’artisanat métallurgique. L’accès au domaine se fait par un chemin localisé au nord et connecté probablement à l’est à la voie de l’Océan située sous l’actuelle route départementale reliant Anse à Villefranche-sur-Saône.
À la fin du Ier s. et dans la première moitié du IIe s., se met en place une importante phase de construction et de restructuration du domaine. Désormais, les bâtiments sont installés suivant un plan orthonormé en U délimitant une cour centrale bordée de deux murs de clôture au nord et au sud. Une avant-cour munie de deux pavillons d’angle précédent cette dernière et borde la voie majeure. Un second chemin, succédant au précédent, est aménagé le long de la façade méridionale du domaine où un porche d’entrée est établi. Ce plan atypique de domaine s’intègre parfaitement au sein de la pente avec la création de plusieurs murs de terrasse contrefortés (nord-sud) et de remblais aménagés dans la cour afin de compenser le pendage naturel et d’assainir cette dernière. De nombreux bâtiments sont dédiés à la production et au stockage : le plus important s’installe au sein de l’ensemble 2 correspondant à l’aile occidentale d’orientation nord-sud. Très arasé, ce dernier paraît correspondre à un chai dont le plan général a pu être dessiné et interprété. Un premier espace au sud a été reconnu comme étant la zone de pressage dont l’imposant radier de pierres, le mur contreforté à l’ouest, et le bassin disposé à l’est, en sont les témoins. Deux bassins viennent border au nord la zone de pressoir et correspondent aux cuves de foulage dont le fond en mortier de tuileau de l’une d’entre elle était encore conservé avec son boudin d’étanchéité. L’espace longitudinal de 18 m par 6 m, localisé sur le côté oriental de la zone de transformation du raisin, servait d’espace de stockage pour les contenants à vin ; il était muni de contreforts sur sa façade est. Le chai était accolé à un espace d’habitat de dimensions analogues pour lequel plusieurs niveaux de sol ont été mis au jour ; ces deux espaces étaient en communication directe. Les constructions disséminées le long de la façade méridionale correspondent à des bâtiments à vocation agricole : les ensembles 4 et 8 étant des bâtiments de type grange ou étable. L’aile septentrionale du domaine est marquée par l’installation des deux grands ensembles 3 et 5. L’ensemble 3 dessine un plan quadrangulaire de 35 m de long par 16 m de large dont l’espace interne est délimité par 6 pièces installées le long des murs de façade nord et ouest, dégageant une importante zone vierge au sud de celles-ci. Ces pièces en enfilade uniquement conservées en fondation, correspondent vraisemblablement à des espaces d’habitats. Contre la face orientale de l’ensemble 3 se greffe un important complexe thermal. Cet ensemble 5, de plan quadrangulaire de 13 m de côté, est scindé par plusieurs murs perpendiculaires délimitant 9 pièces plus ou moins symétriques et de superficie analogue. Sa façade méridionale est munie d’une abside. Malgré les phases postérieures de démolition et de récupération de matériaux, ces thermes étaient relativement bien conservés. Cinq pièces mises au jour ont livré des pilettes en place permettant le maintien d’une suspensura. Ces espaces étaient chauffés par un praefurnium entièrement conservé et une succession de canaux aménagés au sein de plusieurs murs permettait la circulation d’air chaud. Plusieurs tubulures étaient encore en place contre les murs déterminant le niveau de sol d’origine. La salle centrale, disposée au nord du complexe, correspond à un frigidarium et reste la pièce la mieux conservée. Son sol en mortier de tuileau, les boudins d’étanchéité, les enduits contre les murs ainsi qu’une banquette étaient encore en place tout comme son système d’évacuation installé dans un des murs. Il s’agissait d’un tuyau en plomb marqué de deux estampilles indiquant l’origine lyonnaise du fabriquant. Un dernier bâtiment est construit à l’angle nord-est du domaine. Cet ensemble 9 présente quatre contreforts sur sa façade orientale entre lesquels deux gros blocs de calcaire traversants, taillés en rigole, sont aménagés. De la même façon, deux blocs similaires sont installés dans le mur occidental, parfaitement alignés avec les précédents. L’interprétation de ce bâtiment reste pour le moment problématique. Dans la cour, un important massif quadrangulaire maçonné (2,65 x 2,20 m) a été mis au jour et pourrait correspondre à une base de fontaine. Contre le mur de terrasse oriental est construit l’ensemble 11 interprété comme étant un grenier.
Au cours de la seconde moitié du IIe s., une importante phase de construction est réalisée à l’angle sud-ouest du domaine ayant laissé la trace dans la cour d’une vaste zone de gâchage de mortier. L’ensemble 4 est entièrement repensé et reconstruit sur sa partie orientale ; une petite construction lui est adjointe au nord, d’où part une série de canalisations traversant la cour centrale. L’ensemble 1 construit à sa proximité est une zone d’habitat chauffée auquel a été rajoutée une petite zone thermale privative. Une pièce technique permettait de chauffer les pièces d’habitat à l’ouest et les thermes à l’est à l’aide de deux praefurnia. Cette construction correspond vraisemblablement à la zone résidentielle du propriétaire.
Le IIIe s. est marqué par la présence de nombreuses fosses de démolition. De nouveaux aménagements apparaissent au sein des thermes de l’ensemble 5. Un nouveau praefurnium est créé à l’ouest et le système de suspensura maintenue par des pilettes est abandonné au profit d’une installation en canaux rayonnants. Le premier praefurnium est abandonné et un four est installé au sein de cet espace. Les thermes de l’ensemble 1 voient la mise en place d’une seconde abside accolée à la première. Le plus grand chantier au cours de cet horizon reste la démolition de l’ensemble 3 laissant place à un nouveau très grand bâtiment installé dans le sens de la pente est-ouest. Mesurant 50 m de long par 19 m de large, il est construit sur des fondations de 1,80 m de profondeur pour 1 m de large en assises régulières de petits moellons. Un seul mur nord-sud vient scinder l’espace interne. Ce bâtiment pose un problème d’interprétation, il serait vraisemblablement à rapprocher des bâtiments de type entrepôt comme celui découvert à Panossas en Isère ou encore à Ussel en Corrèze.
Le IVe s. est encore très marqué par la présence humaine notamment au niveau des thermes des ensembles 5 et 1. Ils ne sont vraisemblablement plus utilisés comme tels mais plutôt comme zone artisanale et peut être d’habitat. Les pièces chauffées et les thermes de l’ensemble 1 sont totalement récupérés. Les suspensura sont détruites, les pilettes récupérées et les praefurnia ruinés sont bouchés afin de créer de nouveaux espaces d’habitation. Les pièces médianes ont reçu quant à elles l’installation de nombreux foyers et de structures de refonte du plomb. Une pièce est également rajoutée à l’angle sud-ouest des seconds thermes contre l’abside. À l’intérieur, et sur le côté oriental, plusieurs structures de chauffe piriformes ont été observées. Ces petits fours ou foyers sont à rapprocher de ceux mis au jour notamment à Fareins sur la ZAC du Parc d’activités de Monfray. Il est couramment admis que ces fours ont des vocations culinaires ou agricoles mais il n’est pas non plus exclu qu’ils soient liés au domaine sidérurgique malgré le manque de traces d’éléments probants. Plusieurs très grandes fosses de démolition ont également été mises au jour au sein de la cour, spoliant une partie du mur de façade oriental de l’ensemble 2. Ces indices témoignent encore d’une occupation au cours de cette phase mais localisée seulement dans certains bâtiments. Une importante activité métallurgique se met en place notamment pour la récupération des métaux du site avec la refonte du plomb au niveau des thermes.
Le Ve s. est également bien représenté au travers de plusieurs fosses et couches de remblai. D’une manière analogue à la période précédente, elles sont localisées au niveau des mêmes bâtiments. De nombreuses fosses de spoliation de murs et des remblais d’espaces ont été observés au sein des thermes de l’ensemble 5. Une couche de remblai vient recouvrir les espaces chauffés de l’ensemble 1. Cette période correspond à une phase active de récupération de matériaux du site faisant suite aux installations du ive s. Le four à chaux mis au jour au sud de l’avant-cour du domaine pourrait être rattaché à cette période, les datations 14C de ce dernier étant en cours.


Outre la richesse de ce site par la mise au jour de l’intégralité du domaine, la diversité du mobilier retrouvé nous donne de nombreux indices pour son interprétation. La quarantaine de monnaies découvertes retracent parfaitement l’occupation entre le Ier s. et le Ve s. Les bases et les chapiteaux de colonne, les placages de marbre ou calcaire, les enduits peints, les tessons de verre, les nombreux petits objets métalliques et la tabletterie témoignent d’un certain « standing » du domaine. Des bases d’autel et des fragments de statuettes certifient d’une pratique cultuelle sur la propriété. Plusieurs sépultures de nourrissons ont été découvertes en son sein et à sa périphérie. Quatre inhumations datant du ive s. ont été repérées en marge à l’angle sud-est de l’emprise de fouille. L’une d’entre elles présentait un dépôt particulier de trois vases en verre et de deux balsamaires ; des chaussures étaient déposées à l’angle nord-est de la sépulture. Mais, la découverte la plus notable du site reste sans aucun doute celle d’un mausolée disposé en façade orientale du domaine, en bordure de la voie majeure. En grande partie spolié, seuls quelques très gros blocs étaient encore en place sur le côté sud. Chaînés les uns aux autres par des agrafes métalliques scellées par du plomb, ces blocs étaient disposés sur un imposant radier de pierre de 1,10 m d’épaisseur. Au sein de la fosse de spoliation ont été découverts les fragments d’un sarcophage, daté du IVe s. et quelques ossements humains. Celle-ci a également livré un fragment de bas-relief représentant une scène de sacrifice de taureau, symbolisant la découverte exceptionnelle du site. Vraisemblablement daté du début du Ie s., il reste difficile de confirmer son appartenance au mausolée. Dans le cas où il s’agirait d’un décor de façade de ce dernier, cela mettrait l’accent sur le statut particulier du propriétaire du domaine. Mais ce bas-relief et ces fragments de sarcophage pourraient également être en attente au sein de cette fosse avant de passer dans le four à chaux situé à proximité. Dans ce cas, le bas-relief pourrait très bien provenir d’un autre bâtiment. Une seconde fondation de mausolée a d’ailleurs été mise au jour à proximité des 4 inhumations.


La fouille révèle une pérennité de l’occupation humaine dès le Bronze Final voire dès le Néolithique, périodes encore assez peu connues sur le secteur. Néanmoins, cette fouille ayant permis de dégager le plan complet d’un domaine agricole rural est d’un intérêt majeur pour le secteur ansois et confirme son important potentiel archéologique. Même si la voie de l’Océan n’a pu être observée, cette fouille permet de confirmer sans trop de doute possible sa présence sous l’actuelle route départementale. La vocation agricole de ce domaine ne laisse aucune ambigüité avec la présence d’un chai, d’espaces de stockage de céréales, de granges… Néanmoins, la présence d’un grand espace thermal pose un certain nombre de questionnements. La ville antique de Asa Paulini étant reconnu comme une étape sur l’Itinéraire d’Antonin, ces thermes ne seraient-ils pas le témoin d’un domaine servant d’auberges aux voyageurs ? Le manque de pièces d’habitat pose également problème pour l’interprétation du site. Reste à définir désormais le statut de cette propriété gallo- romaine afin de mieux comprendre la nature des sites retrouvés depuis 15 ans le long de la RD 306 reliant Anse à Villefranche-sur-Saône. S’agit-il d’une urbanisation diffuse remontant vers le nord depuis le castrum d’Anse ou l’habitat périurbain est-il concentré en grappes le long de la voie majeure ? L’hypothèse d’annexes économiques de villae implantées en contre-haut ne semble pas tenir ici. L’implantation de véritables exploitations installées sur le flanc de coteau paraît ici plus probable. La suite de la post-fouille devrait permettre de répondre à ces questions.



Commune : Pommiers

Adresse/lieu-dit : Bel-Air- La Logère (TR 3)

Département/Canton : Rhône

Année de fouille : 2014

Période principale d'occupation : Antiquité

Autres périodes représentées : Néolithique,Age du Bronze,Age du Fer,Période moderne,Epoque contemporaine

Responsable d'opération : Damien TOURGON

Aménageur : SERL

Raison de l'intervention : Aménagement de ZA ou ZI