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Sixt-Fer-à-Cheval - Logis abbatial


Dans la continuité des opérations menées depuis 2013 sur le « logis abbatial » de l’abbaye de Sixt-Fer-à-Cheval, une étude archéologique de bâti a été menée sur les parements internes du couloir du rez-de-chaussée de ce dernier, sous la direction de la société Archeodunum SAS.


Cette intervention a permis de compléter les données acquises lors des études précédentes et de préciser la chronologie du bâtiment. Ainsi, l’aile sud du carré claustral, partiellement identifiée en 2013 par des sondages, est conservée sur la quasi-totalité de la longueur du couloir, soit un peu plus de douze mètres, et sur toute la hauteur du rez-de-chaussée. Ce bâtiment primitif est caractérisé par une construction en galets soigneusement assisés, les jambages de la porte en plein cintre et la chaine d’angle étant construits avec des blocs de calcaire éclaté. Des traces d’échafaudage, avec des trous de boulin traversant, ont été mises en évidence. La chaîne d’angle marque, non pas l’extrémité occidentale du bâtiment roman, mais un mur de refend, de construction identique. L’édifice se prolonge en effet à l’ouest de cette dernière, ce qui pourrait délimiter le nord d’un bâtiment identifié au sud du logis en 2014. Hormis des éléments architecturaux en remplois (chapiteaux, fûts et bases de colonnes, claveaux), le mur de la galerie du cloître, correspondant au mur nord du logis actuel, ne conserve aucun vestige du mur bahut primitif, identifié en fondation en 2014. Contrairement aux façades sud et ouest du logis, les modifications gothiques sont assez limitées sur le mur sud du couloir, avec, à l’ouest, au niveau de la chaîne d’angle romane, l’insertion d’une porte de 2 m de largeur, et à l’est un aménagement, caractérisé par l’insertion d’armoiries non identifiées, dont la nature reste à préciser.
L’essentiel des modifications est daté de la période moderne, avec plusieurs phases de travaux resserrées sur le plan chronologique. Le mur de la galerie sud du cloître est reconstruit. Il est délimité à l’est par une pile d’angle, englobant un arc perpendiculaire dont l’amorce est conservée. Ce dernier devait marquer l’intersection des galeries sud et est. La galerie du premier état moderne est conservée sur neuf mètres de longueur. Elle se caractérise par deux grandes arcades, permettant l’accès aux galeries perpendiculaires, et deux baies en plein cintre situées entre ces dernières, l’ensemble adoptant un rythme régulier.
Dans un deuxième temps, l’extrémité orientale du mur sud de la galerie et du mur nord du bâtiment sud est reconstruite : celle du mur sud est percée de deux portes de facture très proche, avec de gros blocs de calcaire noir taillés à la broche et au ciseau. Il y a cependant des différences notables entre les deux portes : le linteau de la porte la plus orientale est décoré des armes d’Humbert de Mouxy et est surmonté par un bloc portant celles de la maison de Savoie, alors que la seconde porte, située à l’ouest de la précédente, se distingue par les armoiries différentes, bien que toujours associées à la famille de Mouxy, et par des congés en forme de goutte, et non pas en triangle, comme c’est le cas pour les portes est des murs nord et sud, qui se font face. L’observation des mortiers montre que cette seconde porte est insérée dans un second temps. Le bâtiment oriental du carré claustral est accolé à la pile d’angle de la galerie sud du cloître.
Dans un troisième temps, le mur de la galerie est profondément remanié. Les baies et les arcades sont réduites par des maçonneries soutenant les retombées de voûtes d’arête du nouveau couvrement, alors que l’extrémité orientale est entièrement reconstruite, avec le percement d’une porte permettant l’accès à la pièce orientale de l’aile ouest. Une porte, construite en greya et distribuant la pièce occidentale de cette même aile, semble appartenir à une phase précédente. Toutefois, la nature du greya, de couleur rosâtre et de granulométrie grossière, suggère une datation là aussi moderne. Il est probable que cette phase de reconstruction soit consécutive à l’incendie de 1680.
La porte d’entrée occidentale, dont la stylistique permet une datation au XVIIIs., est ensuite insérée. La présence de gros blocs, sur le côté ouest de la porte en greya, évoquant l’existence d’une chaine d’angle, suggère que la galerie était fermée de ce côté jusqu’alors, contrairement à l’extrémité orientale, ouverte sur l’extérieur dès la période romane.
Enfin, les transformations post-révolutionnaires sont marquées par une destruction des ailes est et ouest du carré claustral, un bouchage de leur ouverture sur la galerie sud et une réduction des deux baies. Une série de portes est également percée dans le mur nord du bâtiment afin de desservir toutes les pièces du rez-de-chaussée.


Commune : Sixt-Fer-à-Cheval

Adresse/lieu-dit : Logis abbatial

Département/Canton : Haute-Savoie

Année de fouille : 2015

Période principale d'occupation : Moyen-Age

Autres périodes représentées : Période moderne,Epoque contemporaine

Responsable d'opération : David JOUNEAU

Aménageur : Conseil Général de Haute-Savoie

Raison de l'intervention : Restauration/Réhabilitation d'un bâtiment historique

Référence bibliographique : Jouneau 2016 : Jouneau D., « Sixt-Fer-à-Cheval (Haute-Savoie), le Bourg, Logis abbatial », in Bilan Scientifique de la région Auvergne Rhône-Alpes 2015, Lyon, pp. 228.

Guffond et al. 2017 : GUFFOND (C.) (dir.), BOCHATON (S.), FEIGE (C.), GRANGE (J.), JOUNEAU (D.), MAHFOUDI (S.), MELO (A.), REY (P.-J.), VEILLET (G.), VEISSIERE (O.) : Domestiquer un bout du monde… Vivre dans les montagnes de Sixt XIIe-XXIe siècle, Coll. Culture 74, n°22.

Bochaton, Jouneau, à paraître : BOCHATON S., JOUNEAU D., « L’abbaye de Sixt-Fer-à-Cheval », Les Dossiers du Musée Savoisien, publication numérique www.musee-savoisien.fr.