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Ars - Chemin des Prés


Un contexte archéologique riche

Le patrimoine archéologique de la commune de Ars apparaît à la fois riche et peu documenté.
Si les traces les plus anciennes se rapportent au Paléolithique moyen, c’est à partir du Néolithique récent que le territoire communal atteste une véritable occupation, semble-t-il structurée autour d’une enceinte fossoyée avec « une pince de crabe » entourant un fossé plus petit. Cinq autres entités archéologiques se rapportent à cette période, témoignant d’une occupation assez dense, notamment à travers une nouvelle enceinte et les reliefs d’un atelier de taille. Les indices se rapportant à la Protohistoire sont plus incertains : cinq enclos fossoyés, quadrangulaires et circulaires, ont été repérés en prospection aérienne (J. Dassié), mais leur attribution chronologique ne repose que sur leur morphologie. À la période romaine, une voie, dite chemin Boisné, reliant Saintes à Périgueux, passait à proximité, au lieu-dit « Port de Jappe ». Outre quelques vestiges mobiliers, sont également mentionnés une « villa », des traces d’habitat et les vestiges d’une construction indéterminée. À l’exception d’une fouille d’urgence menée sur une nécropole mérovingienne dans les années 1980, toutes les connaissances archéologiques sur la commune ont été acquises par prospection.


Le projet d’extension des locaux de la SASU Cognac Ferrand, située sur le chemin des Prés, a été l’occasion de compléter utilement ce panorama, d’abord grâce à une opération de diagnostic, fin 2015 (Vacher 2016), puis par une fouille en octobre et novembre 2016. Une fenêtre de 7820 m² a permis de mettre au jour une maison néolithique et un enclos rural du début du Haut-Empire (Ier s. p.C.), présentant deux états successifs et associé à deux bâtiments.

Un bâtiment néolithique
La maison néolithique se situe au centre de l’emprise de fouille (fi g. 2, n°1). Il s’agit d’un bâtiment de 14,05 m de longueur et 5,90 m de largeur maximale (55 m² de surface interne), orienté nord-ouest/sud-est, délimité par des tranchées curvilignes et dont la charpente paraît soutenue par des poteaux. Ses tranchées périphériques se caractérisent par des creusements à parois verticales et fond plat irrégulier, de 0,15 m de largeur moyenne, témoignant de l’installation d’une série de poteaux. L’entrée se situe dans l’axe médian du mur sud-est, encadrée par deux poteaux de bonne taille ménageant un passage de 0,80 m de large. Une interruption de la tranchée de fondation sur 1,40 m de longueur, côté nord, peut correspondre à un second accès ou résulter d’un simple défaut de conservation. L’arrière du bâtiment, au nord-ouest, est marqué par un petit espace trapézoïdal d’un peu moins de 1,5 m², isolé du reste du bâtiment par une cloison interne signalée par une nouvelle tranchée connectée aux périphériques. Cet aménagement, architectoniquement curieux, conduit à penser qu’il n’a pas réellement existé mais que son plan résulte d’un allongement ou d’une réduction de la longueur du bâtiment. 22 ancrages de poteaux ont été identifiés à l’intérieur de l’espace bâti. Si la grande majorité s’intègre bien au plan du bâtiment, deux concentrations de quatre et cinq poteaux, côté sud, sont plus délicates à interpréter : certains peuvent correspondre à des étais installés autour d’un poteau porteur, témoignant d’une réfection dont une reprise partielle de tranchée de fondation peut également se faire l’écho ; d’autres pourraient, mais c’est peu probable, être associés à un autre ensemble de poteaux susceptible de manifester la présence d’un second bâtiment se développant légèrement au sud du premier en le recoupant en partie.
Le plan du bâtiment fondé sur poteaux et tranchées renvoie directement aux bâtiments « en amande » campaniformes mis au jour récemment en Bretagne (Blanchet, Nicolas et Thoron 2012) et dans le Calvados (à Saint-André- sur-Orne, Ghesquière 2017). La datation radiocarbone d’un charbon prélevé dans l’un des deux poteaux de l’entrée du bâtiment valide l’attribution au Néolithique final (2398 - 2141 cal BC à 2 sigmas), bien que des tessons intrusifs de céramique antique aient été prélevés dans l’ensemble bâti. Enfin, le matériel lithique collecté sur le site, majoritairement en position résiduelle au sein des structures plus récentes, présente une homogénéité forte et correspond à une industrie lithique de la fi n du Néolithique Centre-Ouest (néolithique récent peu richardien ou néolithique fi nal artenacien) qui détermine un contexte favorable à l’attribution chronologique de notre bâtiment. Ces éléments, associés aux données obtenues par prospection, tendent à dessiner les contours d’une importante occupation néolithique sur le territoire de la commune. La question d’un emprunt campaniforme en contexte artenacien ou d’une occupation proprement campaniforme reste ouverte.

Un enclos antique
L’occupation du Haut-Empire se signale par un enclos fossoyé quadrangulaire, presque carré, dont le fossé occidental se poursuit en direction du nord, au-delà de la limite d’emprise. La partie enclose s’inscrit dans un espace de 60 à 70 mètres de côté, fossés compris, délimitant une surface totale de 4043 m² et une surface utile d’environ 3685 m². Une partition interne, matérialisée par un tronçon de fossé d’à peine 10 m de longueur, orienté nord-sud et déconnecté des fossés de ceinture, marque une limite dans l’axe médian de l’enclos. L’examen du comblement des fossés indique qu’un talus, essentiellement composé du calcaire extrait lors du creusement, longeait les quatre fossés sur leur bord interne. Aucun aménagement – interruption de fossé ou dispositif de franchissement – n’a permis d’identifier clairement les moyens d’accès à l’espace enclos. Cependant, un adoucissement ponctuel de la pente de fond de fossé ainsi qu’une concentration de mobilier tendent à localiser l’entrée vers le centre du fossé oriental. Les tessons collectés au sein des fossés orientent une datation centrée sur la première moitié du Ier s. p.C..
La séquence de comblement des fossés présente six phases reconnues sur l’ensemble du tracé, définissant une dynamique habituelle pour ce type de structure. Toutefois, une couche marquée par des rejets de charbon, de cendres et une grande densité de coquillages a pu être suivie de part et d’autre de l’angle sud-est de l’enclos. Il s’agit probablement de décharges de foyers, reliefs d’une consommation culinaire orientée sur les coquillages marins. Ces rejets ont été effectués depuis l’intérieur de l’espace ceinturé et semblent trouver leur origine dans un bâtiment édifié dans l’angle sud-est de l’enclos, dont il suit les orientations.
Ce bâtiment correspond à un ensemble presque carré de 7,70 m à 7,80 m de côté, délimité par des tranchées de fondation à parois verticales et fond plat  profondément creusées dans le calcaire (0,50 à 0,60 m). Le comblement est identique dans chaque tranchée et témoigne probablement de la récupération d’une série de poteaux qui devait constituer l’armature des murs. Aucun mobilier n’y a été mis au jour, à l’exception d’un anneau en fer de datation ubiquiste. Les façades orientale et occidentale du bâtiment paraissent interrompues et peuvent déterminer des points d’accès ou, plus probablement, correspondre à des sections de cloisons non porteuses, fondées plus légèrement, dans une architecture à double pans. Cinq structures en creux de petit module ont été relevées au niveau du bâtiment. Le lien entre cet espace bâti et les vidanges de foyers observées à son aplomb, dans les fossés de ceinture, témoigne d’une activité culinaire liée à une consommation de coquillages (couche de rejet charbonneuse très chargée en malacofaune marine et des fragments d’un pot portant de nombreuses traces de feu) et tend à inscrire le bâtiment carré dans une activité domestique.
Deux fosses comblées par des dépotoirs domestiques sont également à rattacher à cette occupation.
Un second aménagement pouvant servir à enclore un espace se superpose ensuite partiellement au premier. Il s’agit d’un ensemble de structures fossoyées, essentiellement linéaires, localisé au niveau de la moitié orientale de l’en- clos principal, reprenant l’axe de l’ancien fossé de partition comme limite occidentale. Identifiées comme une série de tranchées ou de sections peu profondes de fossés, ces structures paraissent dessiner un fossé discontinu délimitant un espace de forme peu ou prou trapézoïdale d’environ 1800 m². La mise en place de ce réseau fossoyé secondaire a pu intervenir dès le milieu du ier s. p.C. et ne paraît pas avoir perduré dans le siècle suivant. Quoi qu’il en soit, il marque l’abandon du premier, sans que l’on puisse déterminer s’il s’agit d’une simple rétractation de l’espace originel ou d’un changement de fonction du site, par exemple au profit d’une activité agro-pastorale dénuée d’occupation domestique.
En effet, la plupart des structures en creux identifi ées se situe dans l’espace doublement enclos et la succession rapide des deux systèmes fossoyés rend délicate l’association des structures en creux à l’une ou à l’autre des occupations. Ainsi, un dernier ensemble bâti longe à la fois le fossé de partition du premier enclos et la limite occidentale du deuxième système fossoyé. Très mal conservé, il ne subsiste que par des fonds de tranchées de sablières associés à quelques ancrages de poteaux. L’ensemble dessine un bâtiment rectangulaire de 9 m de longueur sur 4 m de largeur, orienté nord/sud. Quelques structures en creux dans son pourtour pourraient lui être associées. Il témoigne d’une mise en œuvre assez proche de celle du bâtiment néolithique, par le biais de fines tranchées de fondations dont seul l’angle sud-est est bien conservé, et dont la fouille montre toutefois qu’il ne s’agit pas de tranchées continues mais de sections indépendantes, ponctuées de poteaux de faible dimension (quatre poteaux ont ainsi été distingués au sein de la tranchée sud). Un unique charbon exploitable en datation radiocarbone renvoie au haut Moyen Âge, mais sa présence est certainement intrusive. En l’état, ce bâtiment reste non daté, mais sa bonne insertion dans les plans des deux enclos du Haut-Empire peut plaider pour leur association.
L’espace doublement enclos contient encore un puits, profond de 2,75 m, dont le comblement terminal peut être situé dans la deuxième moitié du ier s. p.C. ; il est probable que ce puits ait alimenté en eau les deux occupations successives du Haut-Empire.
Le développement de petits établissements inscrits dans le giron agropastoral au début du Haut-Empire ainsi que leur abandon assez rapide, avant le Bas-empire, est un phénomène courant qui a par exemple été observé en Picardie (Ben Redjeb et alii 2005), dans le Berry (Gandini 2008) ou encore en Beauce (Ferdière 1996 ; Gauduchon et alii 2015). C’est le cas à Ars, où l’abandon ou la restructuration du premier enclos intervient dès le milieu du Ier s. p.C. et où l’occupation du site ne semble pas perdurer dans le IIème s. p.C.. Les données sur le secteur sont encore trop lacunaires pour permettre d’intégrer le site à un schéma de développement des campagnes susceptible, par exemple, de relier l’abandon de petites fermes à la mise en place de plus grands établissements. Mais avec cinq autres enclos fossoyés repérés en prospection aérienne, la mention d’une « villa », et la proximité de la voie qui reliait Saintes à Périgueux, le territoire de la commune off re de bonnes perspectives pour l’exploitation de ces problématiques.

Vue générale du site

Vue du bâtiment campaniforme


Commune : Ars

Adresse/lieu-dit : Chemin des Prés

Département/Canton : Charente

Année de fouille : 2016

Période principale d'occupation : Néolithique,Antiquité

Responsable d'opération : Alexandre LEMAIRE

Aménageur : SASU Cognac Ferrand

Raison de l'intervention : Extension d'usine

Référence bibliographique : Lemaire, à paraître : LEMAIRE A., « Ars, Chemin des Prés », Bilan Scientifique Régional, région Nouvelle-Aquitaine 2017.

Lemaire, Bosc-Zanardo, à paraître : LEMAIRE A., BOSC-ZANARDO B., « Un bâtiment campaniforme «en amande» hors de la péninsule armoricaine : le bâtiment BAT1023 de Ars (Charente), «Chemin des Prés», In Actes de la 12e Journée d’information INTERNEO (Saint-Germain-en-Laye, 6 octobre 2018), 12.