Notice_site

Saint-Jory - Chemin de Bougeng


Un projet de construction d’un lotissement a fait l’objet d’une opération de diagnostic au le lieu-dit Le Vigné sur la commune de Saint-Jory. Cette intervention a permis de mettre en évidence un établissement rural du VII-VIe s. av. J.-C. (Tramon 2016). L’intérêt scientifique porte sur l’attribution chronologique de cette occupation a suscité la réalisation d’une fouille préventive sur une emprise d’un hectare.
Le site, situe à l’est du centre-ville de Saint-Jory, est installé sur un replat au centre de la basse plaine toulousaine. La parcelle présente un léger pendage vers le nord-ouest, en direction de la vallée de l’Hers. Un paléochenal est d’ailleurs soupçonne à moins de 50 m de la limite orientale de l’emprise de fouille. A l’issue du décapage, 250 vestiges, essentiellement des structures en creux, ont été découverts. Dans le quart nord-ouest de l’emprise, deux bâtiments de plan rectangulaire et au moins quatre bâtiments sur poteaux porteurs de plan particulier sont installés les uns à cote des autres. Le plan du bâtiment le plus complet, BAT1125, a permis d’identifier les autres habitations de même type. D’orientation nord-sud ou ouest-est, ils présentent des parois courbes sur les côtes, une abside peu profonde et couvrent une surface moyenne de 50 m². Les fosses d’installation des poteaux sont de grandes dimensions, jusqu’à 1 m de diamètre, et une majorité présente les empreintes des poteaux, matérialisées par un comblement charbonneux contenant parfois de gros éléments de terre rubéfiée. L’étude de ces fragments a permis d’affirmer que les murs en torchis étaient soigneusement façonnés et qu’ils étaient recouverts d’une couche de finition blanche ou rouge. Le plan particulier des habitations, l’absence d’éléments internes et la délicate lecture du terrain rend l’approche architecturale difficile à analyser. On pressent, toutefois, que certains bâtiments étaient composés d’une double nef, à l’image du bâtiment BAT1125 ou un poteau a pu supporter la faitière. Le groupement de bâtiments, la présence de fosses dépotoirs implantées entre eux et le mobilier recueilli, incitent à considérer ce secteur comme l’aire domestique du site.
Dans le quart sud-ouest de l’emprise, un secteur artisanal a été identifie. Plusieurs structures considérées comme des fosses de travail sont séparées d’une éventuelle clôture. Elles sont également situées à proximité d’un four. Seule la chambre de chauffe de 1,80 m de diamètre est conservée. Elle se caractérise par une couche d’argile tapissant les parois qui a fortement rubéfié sous l’action de la chaleur, conséquence de l’obstruction du foyer par un bouchon d’argile découvert en place. Malheureusement, l’absence d’éléments caractéristiques (rates de cuisson, battitures, etc.) ne permet pas de préciser l’utilisation du four ni la nature de l’activité artisanale.
La partie nord-est de la surface de fouille se détache de la zone d’habitat. Deux bâtiments sur quatre poteaux et un autre sur six ont été assimiles à des greniers surélevés. La présence d’une fosse contenant de nombreuses graines carbonisées à proximité permet de penser que le secteur est dédié au stockage de denrées alimentaire. Mais les six poteaux du bâtiment BAT1227 ont livré une grande quantité de fragments de parois rubéfiées recouvertes d’une couche d’argile blanche pure. Ces éléments proviendraient de structures de combustion de type four qui n’ont pas été observées sur le terrain. Néanmoins, deux fosses plus au nord, remplies de comblements charbonneux, pourraient correspondre à des reliquats d’une activité artisanale dans le secteur. Ces données permettent d’émettre l’hypothèse selon laquelle le secteur a pu changer de vocation dans un laps de temps court.
Le dernier secteur au sud-est est plus arase. Un bâtiment rectangulaire, BAT1056, compose de trois compartiments carres de 25 m2 avec ouvertures au niveau des cloisons a été reconnu. La pièce septentrionale se caractérise par des poteaux plantes profondément, ce qui suggère la mise en place d’un étage ou d’une partie surélevée de l’habitat. A l’angle sud-est de cet espace, une double rangée de poteaux observée sur une longueur de 25 m, présente des écarts entre poteaux de l’ordre de 1,30 m. Une distance moyenne de 1,70 m sépare les deux rangées. Cette configuration laisse interpréter cet aménagement comme une limitation de l’habitat.
Le mobilier recueilli est composé majoritairement de céramiques qui datent l’ensemble du site à une seule phase d’occupation au premier âge du Fer moyen. Le seul élément qui n’appartient pas à cette période est un anneau de suspension du VI-Ve s. av. J.-C., retrouve dans un poteau isole.
L’habitat du Vigné est compose en une concentration d’habitations ou s’organisent, en périphérie, des zones spécialisées à vocation artisanale et/ou de stockage, l’ensemble délimite par une double rangée de poteaux, du moins en partie. Un habitat groupe de plaine ou tout simplement un petit établissement disperse avec un système de délimitation est une forme d’organisation encore inédite dans la région pour le VII-VIe s. av. J.-C., mais des recherches récentes ont clairement identifie ce type d’occupation en Centre-ouest (Maitay, 2015) comme en Champagne (Desbrosse et Riquier, 2012) pour tout le premier âge du Fer.


Commune : Saint-Jory

Adresse/lieu-dit : Chemin de Bougeng

Département/Canton : Haute-Garonne

Année de fouille : 2017

Période principale d'occupation : Age du Fer

Autres périodes représentées : Antiquité

Responsable d'opération : Florent RUZZU

Aménageur : Cogedim

Raison de l'intervention : Construction de logements/projet immobilier