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Beaulieu-sur-Dordogne - 4-6 Boulevard de Turenne


Cette fouille préventive est intervenue dans le cadre de l’aménagement d’une maison de santé intercommunale et à la suite d’un diagnostic réalisé en 2017 (Barbier E., INRAP). La parcelle de 1170 m² se localise aux abords du centre historique, à l’extérieur du boulevard correspondant à l’emplacement du fossé urbain (bas Moyen Âge, moderne), et entre les faubourgs de La Grave et de Mirabel. La problématique de l’opération porte sur l’évolution urbanistique du bourg monastique aux époques médiévale et moderne. Plus particulièrement, la localisation entre deux faubourgs inscrit le site dans le cadre d’une problématique d’archéologie « péri-urbaine ».
Sous d’importants apports de remblai de galets, la fouille a permis de mettre au jour huit bâtiments remontant au bas Moyen Âge. Cinq d’entre eux se situaient en périphérie de la zone de fouille, se prolongeant majoritairement en dehors de la parcelle. De fait, ils n’ont apporté qu’une vision très partielle de leur organisation et ont rendu impossible la caractérisation de leur occupation. Néanmoins, dans la partie ouest de la parcelle, offrant une meilleure conservation, plusieurs éléments ont pu être relevés. Quatre bâtiments alignés selon un axe sud/nord ont été mis en évidence, mais ils ne sont pas accolés et sont de dimensions variables.
Un bâtiment assez grand et très arasé (bât 4), dont les dimensions n’ont pu être reconnues dans leur intégralité du fait de son oblitération par des structures postérieures, semble laisser place à un plus petit bâtiment (bât 4). Ce dernier a livré en son centre une zone foyère montrant une succession de trois foyers, dont l’un d’eux avec une sole constituée d’une chape d’argile et de tessons de céramique disposés de chant.
Un troisième bâtiment, localisé au sud des deux autres, malgré son fort niveau d’arasement et l’absence de niveau d’occupation en place en son sein, a montré des aménagements périphériques. En effet, les niveaux de sol aménagés ceinturant le bâtiment ont révélé la présence de supports ou négatifs d’emplacement de poteaux, recevant très probablement une avancée de toit sur au moins deux côtés. Un troisième côté est bordé par une chaussée étroite de galets formant une calade avec un profil légèrement en « V ». Il est intéressant de souligner que ce bâtiment a été installé sur des fosses comblées ayant peut-être servi de fosses d’extraction. Donnant suite à l’abandon du bâtiment, une calade vient couvrir l’arase de ses murs. Attestée sur environ 100 m², cette calade pourrait correspondre à une voie qu’il est difficile de pouvoir certifier plus au nord.
Le bâtiment localisé au nord-ouest, le seul maçonné au mortier de chaux, a montré plusieurs états avant qu’il ne soit délaissé du fait de l’élargissement du fossé de la ville à l’époque moderne. Plusieurs endroits ont permis de renseigner la bordure et les aménagements de consolidation de la contre escarpe du fossé.
Soulignons qu’à l’image d’autres habitats étudiés du bas Moyen Âge / époque moderne en Corrèze, les bâtiments peuvent être semi excavés. Celui dans l’angle nord-est de l’emprise en a fourni la preuve avec un creusement préparatoire et les murs construits sur la bordure de celui-ci.
Enfin, le bâtiment en limite de berme à l’est est le seul à avoir conservé son niveau de sol. Aménagé en galets de petits modules assez soigneusement agencés, il est recouvert d’un niveau d’occupation charbonneux. L’occupation principale du site est marquée par ces bâtiments. Ceux-ci révèlent plusieurs états qu’il s’agira d’articuler lors du post pouille.
Le quart sud-est de la parcelle a livré des structures en creux, des fosses plus ou moins volumineuses, dont les plus importantes, ont peut-être servi à de l’extraction. Ont été également reconnus quelques trous de poteau, dont quatre d’entre eux semblent participer à un possible bâtiment de taille réduite. Les autres trous de poteau, ainsi que les deux foyers, ne permettent pas de déceler d’organisation particulière en plan.
Les premiers éléments d’analyse du mobilier céramique et métallique, rapportées aux datations radiocarbones, permettent de dater l’occupation du milieu du XIVe- XVe siècle.
Les bâtiments paraissent être abandonnés dans le courant de la seconde moitié du XVe siècle -début du XVIe siècle. Un large fossé de près de 9 m, et d’une faible profondeur, inf. à 1,30 m, traverse la parcelle dans le sens nord sud, et semble rejoindre au nord le fossé de la ville, peut-être pour l’alimenter depuis le ruisseau de la Genièvre au sud. D’autres fosses asymétriques viennent également tronquer le site à l’est et à l’ouest.
Puis, une voie moderne sommairement aménagée a été partiellement mise au jour. Elle traverse en biais (sud- ouest / nord-est) l’emprise de la fouille et correspond à celle représentée sur le cadastre napoléonien de 1835.
Les recherches documentaires ont montré que depuis les années 1820, le secteur et la parcelle qui nous intéresse appartenait à la congrégation des Ursulines, très importante à Beaulieu-sur-Dordogne jusqu’au début du XXe siècle. Au centre de la parcelle était érigée une chapelle postérieure à 1835 (non signalée sur le cadastre napoléonien) qui a été détruite avant l’intervention archéologique. Les soubassements de la chapelle renfermaient une vingtaine de tombes de sœurs Ursulines. Ces sépultures n’ont fait l’objet que d’un simple enregistrement photographique lors du dépôt des corps par les pompes funèbres. En effet, les squelettes des sœurs ont été réunis pour être réinhumés dans le cimetière, où la congrégation des Ursulines, qui a quitté les lieux dans le courant du XXe siècle, possède toujours une concession.


Commune : Beaulieu-sur-Dordogne

Adresse/lieu-dit : 4-6 Boulevard de Turenne

Département/Canton : Corrèze

Année de fouille : 2018

Période principale d'occupation : Moyen-Age

Autres périodes représentées : Age du Fer

Responsable d'opération : Thibaut LASNIER

Aménageur : Communauté de Communes du Sud Corrézien

Raison de l'intervention : Aménagement d'un lieu à vocation médicale