Archives de l’auteur : Clement Moreau

Fouille manuelle du riche dépotoir de la seconde moitié du XVIe siècle, au niveau du rez-de-cour de la tour

Recherches archéologiques au château de la Groulais à Blain

Recherches archéologiques au château de la Groulais à Blain

Vue générale de la tour d’artillerie et du chantier en cours (Ukko / Archeodunum)
Vue générale de la tour d’artillerie et du chantier en cours (Ukko / Archeodunum)
Vue verticale de la tour en cours de fouille (Ukko / Archeodunum)
Vue verticale de la tour en cours de fouille (Ukko / Archeodunum)
Fouille mécanique des couches supérieures moins sensibles
Fouille mécanique des couches supérieures moins sensibles
Fouille manuelle du riche dépotoir de la seconde moitié du XVIe siècle, au niveau du rez-de-cour de la tour
Fouille manuelle du riche dépotoir de la seconde moitié du XVIe siècle, au niveau du rez-de-cour de la tour

Entre avril et octobre 2019, les archéologues d’Archeodunum ont investi le château de la Groulais à Blain (Loire-Atlantique) pour réaliser des recherches archéologiques dans le cadre de la restauration de la tour d’artillerie sud-est, un imposant ouvrage construit vers 1500. En complément, une fouille a été réalisée aux abords du pont d’accès à la forteresse. Cette dernière phase de travaux  commandée par la Ville de Blain, accompagnée par la DRAC des Pays de la Loire, a complété les résultats d’une précédente campagne menée en 2015.

La fouille des sédiments de la tour

Dans un premier temps, l’intervention a consisté à la fouille de l’intérieur de la tour d’artillerie, laquelle avait été remblayée au fil des siècles. Ainsi, ce sont plus de 7 m de sédiments qui ont été étudiés par les archéologues pour atteindre la base des fondations de l’ouvrage défensif. Au cours de la fouille, plusieurs niveaux de rejets ont été traversés. L’un d’eux est à mentionner, car il a livré un nombre impressionnant d’artefacts témoignant de la grande richesse des occupants des lieux. La datation de cette couche a permis de déterminer qu’il s’agissait vraisemblablement des « poubelles » des Rohan, puissante famille bretonne, rejetée dans la seconde moitié du XVIe siècle. Les objets découverts permettront d’avoir une vision complète des consommations matérielle (vaisselier en céramique et en verre notamment) et alimentaire (ossements d’animaux, arêtes de poissons et coquillages). Il est également à noter qu’un canon portatif, accompagné de ses balles en plomb et du moule servant à les fabriquer a été retrouvé dans ce dépotoir. Il s’agit d’une découverte archéologique de premier plan, car peu d’armes anciennes ont été découvertes en contexte, qui plus est accompagnées de leurs munitions et du moule. L’arme est en cours de traitement au laboratoire Arc’antique (Nantes). Son étude prochaine nous permettra de déterminer le type de canon (couleuvrine à main ? haquebute ?) ainsi que sa chronologie.

L’étude des fortifications

En complément de la fouille de la tour d’artillerie, une étude du bâti a été effectuée sur l’ensemble de ses élévations, intérieures et extérieures. Cette étude a permis de mettre en évidence plusieurs phases de chantier liées à la construction de ce puissant ouvrage aux murs atteignant jusqu’à 8 m d’épaisseur. Quelques reprises ponctuelles ont également été mises en évidence sur certaines parties de la tour (modifications de baies, reprises de parement…). Cette intervention permettra à terme de compléter nos connaissances sur les fortifications bretonnes de la fin du Moyen Âge, particulièrement dans le contexte des campagnes menées par Jean II de Rohan à la charnière des années 1500.

Une étude du bâti a également été réalisée sur une tour médiévale, la tour des Prisons. Cette construction, datée du XIVe siècle, a été intégrée dans la puissante tour d’artillerie au moment de son édification. Cette phase de l’intervention a permis de mieux comprendre les modifications qui ont affecté cet angle du château entre le XIVe siècle et la période contemporaine. Elle a démontré que le programme architectural d’origine de la tour des Prisons est particulièrement bien conservé. Ainsi, plusieurs aménagements (cheminées, baies, latrines) sont encore en place et permettent de mieux comprendre comment cette construction s’insérait dans le château du XIVe siècle, lequel demeure relativement bien conservé à Blain.

Le pont d’accès

Enfin, dans un dernier temps, les archéologues sont intervenus aux abords du pont d’accès de la résidence seigneuriale. Ici, ce sont principalement les aménagements modernes mis en place dans le fond des douves qui ont été appréhendés. En effet, au cours des XVIIe-XVIIIe siècles, cet espace sert de lieu d’agrément et de lieu de promenade ce qui a conduit à la mise en place de terrasses au pied des remparts et de la contrescarpe des douves pour pouvoir y circuler au sec. En complément, cette intervention a permis de dégager la base de la tour du Pont-Levis, ouvrage de la seconde moitié du XIVe siècle. L’exutoire des latrines a notamment été retrouvé lors de ces terrassements.

Un important travail d’étude reste à mener à la suite de cette opération, mais nous pouvons d’ores et déjà dire qu’elle apportera des informations de premier ordre sur les consommations de la haute aristocratie bretonne de la fin du Moyen Âge. Les données relatives au bâti permettront quant à elles de compléter nos connaissances sur les travaux menés par les familles de Clisson et de Rohan à Blain. À l’échelle régionale, cette opération permettra d’aborder le rôle important joué par Jean II de Rohan dans la fortification de plusieurs places-fortes bretonnes à la charnière des années 1500 (comme Pontivy ou la Roche-Maurice).    

Fabien Briand

Canon portatif découvert dans les sédiments de la tour (Jean-Gabriel Aubert, Arc'Antique / Archeodunum)
Canon portatif découvert dans les sédiments de la tour (Jean-Gabriel Aubert, Arc'Antique / Archeodunum)
Fermoir métallique décoré
Fermoir métallique décoré
Cheminée de la salle du rez-de-cour, après sa découverte
Cheminée de la salle du rez-de-cour, après sa découverte
Détail du sol de l'édifice en opus signinum

Résultats de la campagne de fouilles 2019 du sanctuaire romain de Montenero Sabino (Italie)

Résultats de la campagne de fouilles 2019 du sanctuaire romain de Montenero Sabino (Italie)

Vue du bourg médiéval de Montenero Sabino (Rieti, Italie)
Vue des tranchées ouvertes pour le chantier de fouille du sanctuaire de "Leone"
Vue des tranchées ouvertes pour le chantier de fouille du sanctuaire de "Leone"
Dégagement en cours du sol de l'édifice
Dégagement en cours du sol de l'édifice
Détail du sol de l'édifice en opus signinum
Détail du sol de l'édifice en opus signinum

Crédits photos Fouille de Montenero Sabino

Une première campagne de sondages, conduite du 15 juin au 15 juillet, sur le site antique de Montenero Sabino (Rieti), à une soixantaine de kilomètres au nord-est de Rome dans le Latium en Italie, a livré des résultats très encourageants : les vestiges et le mobilier découverts, en cours d’étude, permettent d’avancer plusieurs hypothèses concernant l’organisation spatiale, la fonction et la datation du site, qui déboucheront dès 2020 sur des fouilles plus extensives.

Ce nouveau chantier-école de l’Université Lumière Lyon 2, dont Archeodunum est partenaire, a mobilisé une douzaine d’étudiant.es du Master « Archéologie Sciences pour l’Archéologie » et de spécialistes en archéologie. Cette fouille est dirigée par Aldo Borlenghi et Matthieu Poux, enseignants-chercheurs à l’Université et membres du Laboratoire Archéologie et Archéométrie (CNRS / Université Lumière Lyon 2 / Université Claude Bernard Lyon 1), assistés de Clément Chavot, Camille Nouet et Elio Polo, salariés d’Archeodunum.

Un sanctuaire dédié à la déesse sabine Vacuna ?

Bien qu’identifié depuis des décennies par les prospecteurs/trices et les archéologues locaux/ales, le site archéologique situé au sein d’une vallée des Apennins rattachée au territoire des Sabins antiques, conquis par Rome dans la première moitié du IIIe siècle avant J.-C, n’avait jamais fait l’objet de recherches approfondies jusqu’à ce jour.

Une grande stèle inscrite de la deuxième moitié du Ier s. av. J.-C., découverte dans les années 1950, comporte une dédicace privée à Vacuna, déesse topique bien attestée en territoire sabin et assimilée par les Romains sous l’Empire principalement à la déesse Victoria. Cette dea Vacuna a des liens avec les cultes de la fertilité de la terre, ainsi qu’avec le culte de l’eau et ses vertus curatives ; elle est aussi la divinité qui permet de mener à bien un projet ou une action.

Un grand édifice maçonné d’époque républicaine

Entièrement recouvert par la végétation, le site occupe au moins trois niveaux de terrasses soutenues par des murs en pierre sèche affleurant à la surface de l’humus.

Le tiers occidental de la terrasse centrale est occupé par un ensemble bâti constitué de nombreuses structures maçonnées d’époque romaine : en particulier, plusieurs sols en opus signinum ornés de lignes de tesselles blanches, qui composent des décors caractéristiques de l’époque républicaine (IIIe ou IIe siècle avant J.-C.). Ces structures ont permis d’individualiser trois grandes pièces adjacentes précédées à l’est d’un large portique ou vestibule cloisonné qui semblent constitutives d’un seul et même bâtiment quadrangulaire. Une empreinte de demi-colonne visible sur le sol en face des trois pièces indiquerait la présence de colonnes qui en articulaient l’espace.

Ni l’organisation interne, ni la nature exacte de cet édifice n’ont pu être déterminées cette année. Malgré son plan asymétrique, il peut tout aussi bien correspondre à un temple de plan étrusco-italique ou apparenté, qu’à une maison à pastas avec des structures annexes comme une salle à banquets, liées au fonctionnement du culte tel que décrit dans les textes ou représenté sur un bas-relief.

Premiers indices d’un culte rendu à une divinité féminine

Le matériel récolté dans le bâtiment ou à ses abords immédiats est relativement abondant : en particulier, plusieurs ex-votos en terre cuite, de nombreux fragments de lampes, de céramiques à vernis noir, sigillées et communes, une monnaie grecque et des restes fauniques, couvrant une large période qui s’échelonne du IIIe siècle avant J.-C. à la première moitié du Ier siècle après J.-C.

Parmi les ex-votos anatomiques, se signale la présence d’au moins un utérus bien conservé et de plusieurs fragments, dont celui d’un pied : la partie du corps représentée et offerte à la divinité indique l’organe ou le membre pour lequel on demande et on obtient la guérison. Un visage fragmentaire en terre cuite, appartenant peut-être à une tête ou à une statue, pourrait également constituer un ex-voto ou un fragment de décor architectural.

La découverte d’un sanctuaire de la déesse Vacuna, qui sera le premier à bénéficier de fouilles extensives planifiées sur au moins trois ans (2020-2022), soulève de nombreuses questions, fondamentales pour appréhender l’organisation religieuse et politique du territoire sabin avant la conquête et sa romanisation au cours des derniers siècles qui ont précédé le changement d’ère.

Stèle inscrite, découverte dans les années 1950, avec une dédicace à Vacuna
Stèle inscrite, découverte dans les années 1950, avec une dédicace à Vacuna
Cratère miniature à vernis noir
Cratère miniature à vernis noir
Ex-voto anatomique représentant un utérus du type « a ciabatta »
Ex-voto anatomique représentant un utérus du type « a ciabatta »

Crédits photos Fouille de Montenero Sabino

Relevé de l'église Saint-Christophe de Vienne (Isère)

L’archéologie du bâti aujourd’hui et demain à Archeodunum

L’archéologie du bâti aujourd’hui et demain à Archeodunum

Peinture murale de Saint-Christophe à Vienne (Isère)
Peinture murale de Saint-Christophe à Vienne (Isère)
Vue de la grande bonde normalement immergée au fond de l'étang de Montjoux à Saint-Jean-de-Bournay (Isère)
Vue de la grande bonde normalement immergée au fond de l'étang de Montjoux à Saint-Jean-de-Bournay (Isère)

L’archéologie ne se limite pas au sous-sol et à la « frontière du bitume », mais elle s’intéresse aussi aux élévations et aux vestiges bâtis, du modeste au monumental. Les archéologues d’Archeodunum mènent ce type d’opérations sur prescription des services régionaux de l’archéologie ou sur demande des Monuments historiques.

L’archéologie du bâti est une discipline en constante évolution dont la diversité des méthodes a fait l’objet d’un colloque récent. Cette réunion scientifique, intitulée « L’archéologie du bâti aujourd’hui et demain »  s’est tenue à Auxerre du 10 au 12 octobre 2019, et elle a été l’occasion aux équipes d’Archeodunum de présenter plusieurs de leurs opérations.

Les quatre posters proposés ici , à travers un nombre limité d’exemples, dressent donc un panorama des missions d’archéologie du bâti mené au sein d’Archeodunum ces dernières années.

Vue d'ensemble du Château de la Groulais à Blain (Loire-Atlantique)
Vue d'ensemble du Château de la Groulais à Blain (Loire-Atlantique)
Charpente peinte de l'église de l'Annonciade à Bourges (Cher)
Charpente peinte de l'église de l'Annonciade à Bourges (Cher)

Nos fouilles en vidéo

Dans le courant de 2018, deux de nos opérations ont été filmées sur plusieurs mois, permettant d’observer la progression de la fouille sur le temps long.

Il s’agit de deux fouilles qui ont duré plus de six mois, avec à chaque fois de grandes équipes d’archéologues et de spécialistes, mais pour fouiller deux sites totalement opposés en terme de surface concernée, de type de vestiges, de chronologie et donc de méthodes.

La fouille d’un grand site gaulois

La première d’entre elle concerne la fouille d’un site d’habitat de l’âge du Bronze et de l’âge du Fer à Saint-Marcel (Saône et Loire). Ici, le décapage mécanique concerne une très grande superficie (plus de 40 000 m²) et les pelles mécaniques enlèvent la terre végétale sur l’ensemble de la surface. Par la suite les archéologues fouillent à la main des centaines de structures en creux, vestiges d’un habitat en terre et bois aujourd’hui disparu. La minipelle vient par la suite aider à la fouille des structures plus importantes tels le fossé d’enclos gaulois et les puits profonds.

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La fouille d’un cimetière dense médiéval et moderne

La seconde opération correspond à la fouille d’un enclos paroissial du XIVe siècle à Epagny-Metz-Tessy (Haute-Savoie). Ici, la surface concernée est beaucoup plus réduite (environ 1500 m²), mais son décapage a mis au jour quelques vestiges de l’église disparue et surtout plus de 400 sépultures provenant du cimetière médiéval et moderne attenant. La fouille de ces structures funéraires prend beaucoup de temps et on peut voir l’avancée des archéologues avec à nouveau l’aide d’une minipelle qui sert ici à redécaper certaines surfaces pour retrouver des sépultures plus profondes.

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Journées Européennes du Patrimoine 2019

Journées Européennes du Patrimoine 2019 : Archeodunum a le plaisir de vous convier à trois manifestations

Le 21 septembre, deux conférences et une visite archéologique seront animées par les archéologues d’Archeodunum. Ces actions fourniront l’opportunité de découvrir trois sites différents, ainsi que les facettes de notre discipline.

Etude de bâti en cours sur le rempart médiéval de Montbard (Côte-d'Or)

Parc Buffon à Montbard (Côte-d’Or): vieilles pierres et nouveaux regards

Dominant la cité de Montbard (21), le Parc Buffon combine les vestiges d’une puissante forteresse médiévale et les vastes aménagements botaniques réalisés par le grand naturaliste Buffon au XVIIIe siècle. Un ambitieux projet de réhabilitation du parc a débuté en 2015. En 2019, des travaux de sécurisation du rempart médiéval ont été engagés et bénéficient d’un accompagnement archéologique, pour mieux comprendre les riches heures de ce site prestigieux. Camille Collomb, archéologue spécialisée dans l’étude du bâti, présentera les premiers résultats de ses observations.

Horaire et adresse : 14h30, Tour de l’Aubespin, Parc Buffon, 21500 Montbard

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Aménageur : Mairie de Montbard

Le site de Montmarault en cours de fouille, avec successivement un silo, un grenier et un bâtiment d'habitation

Montmarault « Maselier » (Allier) : des maisons gauloises 100% naturelles

En novembre 2018, une exploitation agricole d’époque gauloise a été découverte à l’occasion de travaux d’aménagement routier sur la commune de Montmarault (03). Bien que révélés par des traces fugaces, les bâtiments et structures sont emblématiques de l’architecture de cette période et en offrent un bon aperçu du cadre de vie de nos ancêtres. A l’invitation de l’Association pour le Pays Montmaraultois, Jérôme Besson, responsable de la fouille, consacrera une conférence aux résultats de cette opération d’archéologie préventive.

Horaire et adresse : 14h30, ancienne Salle des Fêtes, Place Jean-Jaurès, 03390 Montmarault

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Aménageur : APRR

Vue de l'église Saint-Pierre de Jumièges (Seine-Maritime)

Abbaye de Jumièges (Seine-Maritime) : les secrets de l’église Saint-Pierre

De nouvelles recherches se déroulent dans le cœur historique de la prestigieuse abbaye de Jumièges (76). Grâce à des sondages archéologiques, il s’agit de mieux comprendre et restituer l’église primitive d’époque carolingienne. Dans ce cadre, David Jouneau, responsable des recherches, vous proposera des visites archéologiques de l’église Saint-Pierre, d’une durée de 30 à 40 minutes.

Horaire et adresse : 10h, 12h, 14h, 16h, Abbaye de Jumièges,

Retrouvez ici la plaquette du site ainsi qu’une notice décrivant les découvertes effectuées

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Aménageur : Département de Seine Maritime

Une nouvelle prestation possible : les études carpologiques

Avec la venue récente de notre nouvelle carpologue Laurie Flottes, nous sommes heureux de vous proposer une nouvelle possibilité de prestation paléo-environnementale.

Si vous avez donc besoin d’analyses carpologiques, n’hésitez pas à visiter notre page de présentation de la discipline. Rendez-vous également sur ce formulaire pour toute demande de devis.

Parution d’une synthèse sur les établissements ruraux antiques

Le monde rural et les campagnes de la Gaule romaine ont longtemps été les parents pauvres de l’histoire antique. Tout au moins ont-ils été abordés, le plus souvent, au travers du prisme des vestiges les plus imposants et de ceux qui illustraient le mieux l’économie domaniale décrite par les textes (agronomes et arpenteurs notamment, sources épigraphiques). À partir des années 1980, cette conception monolithique a été profondément renouvelée grâce à l’émergence d’équipes et de programmes de recherches spécifiques, à la multiplication des colloques et des publications, des séminaires et des travaux universitaires. Au travers de thématiques qui se sont diversifiées, on dresse aujourd’hui un tableau plus nuancé et plus riche de l’occupation et de l’exploitation des campagnes de Gaule à l’époque romaine. Cette dynamique est indissociable du développement de l’archéologie préventive qui, dans le même temps, a alimenté et diversifié les catalogues de sites, et a nourri la réflexion sur les campagnes, leur rapport au monde urbain et leur place dans le développement du territoire.

L’accès aux données et aux résultats d’une très grande partie des fouilles archéologiques préventives est resté très longtemps confidentiel. Il fallait donc impérativement remédier à cette situation. C’est tout l’enjeu de cet ouvrage. La société Archeodunum a décidé de contribuer, à sa manière, sous la forme d’une publication scientifique, à l’enrichissement de nos connaissances du monde rural gallo-romain en publiant une série d’études concernant les fouilles qu’elle a menées au cours de ces dix dernières années.

Il s’agit bien d’une tentative pionnière menée par une société privée d’archéologie préventive pour présenter au public les résultats de ses recherches. Une contribution inédite, indispensable et précieuse à la connaissance du monde rural gallo-romain.

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Retour sur l’établissement antique de Vaulx-Milieu et ses nécropoles

Vue aérienne générale du secteur 3, au centre le bâtiment principal de l’exploitation antique (Cliché : Flore Giraud)
Vase en verre retrouvé intact dans une tombe à crémation
Tombe à inhumation en imbrex de périnatal
Tombe à inhumation en bâtière de périnatal
Balsamaire et petite cruche bichrome déposés dans une tombe à crémation

L’établissement rural et les nécropoles antiques de Vaulx-Milieu (Isère)

Présentation générale

L’opération de fouille préventive réalisée sur le site de Vaulx-Milieu – « Les Brosses et Les Croisettes » a été réalisée entre le 24 juillet et le 24 novembre 2017. Le rapport de fouille, en cours de finalisation, nous permet de revenir sur ce site antique et sur ses nécropoles associées.

Cette fouille a eu lieu dans le cadre d’un vaste projet d’aménagement lié à l’extension vers l’est de l’actuelle ZAC du Parc Technologique, à 5 km à l’ouest de Bourgoin-Jallieu et à proximité immédiate des anciens marais de La Verpillère. Bien que le potentiel archéologique de ce secteur soit connu depuis de nombreuses années, aucune fouille archéologique de cette envergure n’y avait encore été menée. L’emprise prescrite, encadrée au nord par l’autoroute A43 et par la route D1006 (ancienne RN6) au sud, a permis d’étudier une surface totale de 39 800 m² répartie en 5 secteurs distincts. Plusieurs indices d’occupations y ont été mis au jour. Les premières traces se rapportent à la fin de la Protohistoire (La Tène D2b) et correspondent à des ensembles de structures en creux (fosses et trous de poteau) pour lesquels il est difficile de proposer une organisation cohérente. Il semble en effet qu’une partie des vestiges ait été effacée par les installations postérieures.

L’établissement rural

L’essentiel des découvertes concerne l’Antiquité. Une première occupation, matérialisée par un petit bâtiment maçonné carré de 7 m de côté, a livré les traces d’une fréquentation au cours de la seconde moitié du Ier s. apr. J.‑C. Suite à son abandon et à sa démolition, un second édifice plus vaste (600 m²) est fondé à une vingtaine de mètres plus à l’ouest. Il prend la forme d’un grand rectangle comportant un ensemble de pièces et d’espaces disposés en périphérie d’une cour intérieure. Sa fouille a mis en évidence les indices d’une activité agricole importante avec notamment un vaste espace de stockage comportant un plancher disposé sur un vide sanitaire. On note également l’adjonction d’un espace sous appentis appuyé contre sa façade méridionale et abritant une forge. Cet établissement rural est occupé entre la fin du Ier s. apr. J.‑C. et le début du Ve s., il a connu au moins deux incendies au cours de son occupation.

Cette fouille a également permis la découverte de deux ensembles funéraires antiques pouvant être rattachés à l’établissement agricole : une première nécropole regroupant des sépultures secondaires à crémations (à 100 m au nord-ouest du bâtiment) et une seconde dédiée aux inhumations de périnataux (à 20 m au nord du bâtiment). L’organisation spatiale de ces différents éléments ainsi que leur chronologie sont en effet cohérentes et permettent d’appréhender la gestion des morts dans un contexte bien défini.

La nécropole à crémations : les adultes

La vingtaine de tombes qui compose cet espace funéraire est centrée sur la seconde moitié du IIe s. apr. J.‑C. La plus précoce (100‑150 apr. J.-C.) est une des plus richement dotées et appartient à un adolescent. Toutes les autres tombes sont celles d’individus de taille adulte.

Plusieurs éléments caractérisent cette nécropole et en font un cas original.

Toutes les tombes ont fait l’objet d’un dépôt des résidus de crémation directement dans la fosse. La majorité du mobilier mis au jour provient du bûcher et a souffert de l’exposition au feu. Il semble y avoir une bipartition de l’espace funéraire, entre est et ouest, vraisemblablement induite par une différence de statut social. Cela se traduit par la richesse et la quantité de mobilier (diversité des offrandes, phénomène de thésaurisation d’objets, présence de récipients en verre, en alliage cuivreux, offrandes alimentaires plus ou moins variées…) et par la morphologie de la sépulture (système d’alcôve latérale, dimensions).

Des analyses physicochimiques réalisées sur trois récipients en verre ont permis de dire que, dans deux cas au moins, ils avaient été déposés remplis dans la tombe. Un fort signal de raisin indique ainsi la présence de vin ou de vinaigre, mélangé à une huile végétale parfumée, et dans un cas à de la cendre végétale (préparation de type savon) et dans un autre à un corps gras animal (probablement un produit laitier). Ces mélanges sont étonnants d’autant qu’ils se retrouvent dans des récipients totalement différents, à savoir deux balsamaires et un modiolus, et dans deux tombes éloignées spatialement et chronologiquement.

L’utilisation de tuiles dans ces structures liées à la crémation est, à notre connaissance, également originale. Les imbrices notamment semblent avoir été utilisées comme réceptacles durant la cérémonie funéraire (pour y déposer des offrandes, de l’encens ?) avant d’être placées dans la tombe, mais sans codification particulière, leur position étant chaque fois différente.

La nécropole à inhumations : les périnataux

Les 24 inhumations recensées au sein de ce second espace funéraire se caractérisent par l’emploi systématique de tuiles, le plus souvent il s’agit d’une imbrex servant de réceptacle pour le corps, elle est parfois surmontée d’une seconde imbrex qui vient recouvrir le défunt. Une seule sépulture se caractérise par un dépôt en amphore. Une autre sépulture comprend une bâtière constituée de quatre tegulae et enfin deux tombes présentent des coffrages plus ou moins sommaires constitués de tuiles, de pierres et de galets.

En l’absence de mobilier, seules quelques tegulae et un récipient en céramique, offrent un TPQ au IIe siècle après J.-C. Cette datation et la localisation de la nécropole permettent d’établir sa contemporanéité avec l’occupation du bâtiment.

Jérôme Grasso et Marie-José Ancel

Modiolus déposé dans une tombe à crémation
Modiolus (cliché : D. Baldassari
Balsamaire et petite cruche bichrome (cliché : D. Baldassari)

Remise du prix Khaled Al-Asaad pour le chantier de Sainte-Colombe

Le chantier archéologique de Sainte-Colombe (France) – Le Bourg, dirigé par B. Clément pour la société Archeodunum et surnommé par la presse la « Petite Pompéi viennoise », a reçu vendredi 16 novembre 2018 l’International Archaeological Discovery Award « Khaled Al-Asaad », lors du XXIe congrès du Mediterranean Exchange of Archaeological Tourism, à Paestum (Italie).

Ce prix existe depuis 2015, en hommage à Khaled al-Asaad, conservateur du site de Palmyre, assassiné par Daech et il est remis pour récompenser les découvertes exceptionnelles de l’année autour de la Méditerranée (en savoir plus).

Cette année, outre le site de Sainte-Colombe, le prix reconnaît la découverte de quatre autres sites majeurs :

  • Le Gymnase hellénistique d’Al Fayoum (Egypte)
  • Le plus ancien port d’une ville sumérienne à Abu Tbeirah (Irak)
  • La domus du Centurion découverte sur le métro à Rome (Italie)
  • Une ville immergée dans le golfe d’Hammamet (Tunisie)

Le prix a été remis en présence de la directrice générale de L’UNESCO, Mme I. Bokova, du directeur de l’Institut National du Patrimoine de Tunisie, M. Ben Moussa, de la conseillère du Ministre de la Culture italien, Mme Sgarlata, du directeur de la Mission archéologique en Syrie de l’Univ. La Sapienza (Rome), P. Matthiae, du gouverneur de la province d’Homs (Syrie), T. al-Barazi et du fils du dernier conservateur du site de Palmyre, O. Assad.

Ce prix récompense le travail de toute une équipe d’Archeodunum qui a participé durant près de 10 mois à faire sortir de terre ce site exceptionnel par sa richesse et son état de conservation. Bravo à tous !

Retrouvez ici deux articles traitant de cette récompense :