Archives de l’auteur : Clement Moreau

Information Covid-19

Information Coronavirus COVID-19

En application des mesures définies par le gouvernement, nos chantiers sont actuellement arrêtés et nos bureaux fermés. Toutes nos équipes travaillent à domicile.

Nous continuons à répondre aux consultations. N’hésitez pas à nous contacter !

  • Par mail, sur l’adresse générale info@archeodunum.fr et sur l’adresse mail professionnelle de nos collaborateurs
  • Par téléphone, au 06 30 32 63 25 (standard téléphonique), ou sur les téléphones professionnels de nos collaborateurs

Archeodunum s’inscrit pleinement dans la démarche de solidarité nationale et de confinement.

Nous savons pouvoir compter sur votre soutien et votre compréhension face à ces difficultés inédites.

Nous vous tiendrons informés des différentes évolutions susceptibles d’impacter vos dossiers.

Prenez soin de vous et de vos proches.

Nouveau recrutement

Dans le cadre du développement de sa base sud-ouest à Colomiers (31), Archeodunum SAS recrute :

– Un responsable d’opération médiéviste – Poste en CDI à pourvoir de suite (Offre d’emploi)

– Un responsable d’opération en archéologie du bâti – Poste en CDI à pourvoir de suite (Offre d’emploi)

N’hésitez pas à postuler sur cette page jusqu’au 30 avril 2020, date limite de dépôt des candidatures (la date initiale du 31 mars a été repoussée au regard des circonstances exceptionnelles de confinement)

 

Par ailleurs, nous sommes toujours à la recherche d’un responsable d’opération protohistorien en CDI à pourvoir de suite pour la base de Nantes (Offre d’emploi).

Egalité professionnelle

egalite_visuel1

Index de l’égalité professionnelle entre les hommes et les femmes

La loi du 5 septembre 2018 « pour la liberté de choisir son avenir professionnel » instaure une obligation de résultats sur l’égalité salariale entre les femmes et les hommes, mesurée par un index.

Pour les entreprises d’au moins 50 salariés, comme ARCHEODUNUM SAS, c’est une nouveauté à mettre en place dès 2020.

Ainsi, chaque année avant le 1er mars, ARCHEODUNUM SAS devra calculer et publier le résultat de l’index. Sur 100 points, il se calcule à partir de quatre indicateurs :

  • L’écart de rémunération femmes-hommes,
  • L’écart de répartition des augmentations individuelles,
  • Le nombre de salariées augmentées à leur retour de congé de maternité,
  • La parité parmi les 10 plus hautes rémunérations.

En cas d’index inférieur à 75 points, des mesures correctives devront être mises en place pour atteindre au moins 75 points dans un délai de 3 ans. Dans le cas contraire, l’entreprise s’exposerait à une pénalité financière jusqu’à 1% de sa masse salariale annuelle.

La valeur de l’index d’ARCHEODUNUM SAS 2020 sur les données de l’exercice 2019 est de 94 points / 100.

Ce résultat témoigne de l’attention portée par notre entreprise à l’égalité professionnelle entre les femmes et les hommes.

Une nouvelle prestation disponible : la paléopathologie

Notre anthropologue David Gandia est spécialiste des identifications des traces de maladies sur les restes humains “anciens”. Nous sommes donc heureux de vous proposer une nouvelle possibilité de prestation pour les études paléopathologiques.

Si vous avez besoin de telles analyses, n’hésitez pas à visiter notre page de présentation de la discipline. Rendez-vous également sur ce formulaire pour toute demande de devis.

Lésion tumorale sur un crâne médiéval du Camp du Château à Salins-les-Bains (Jura)

Conférence à Sainte-Foy-lès-Lyon (Rhône)

Le clocher roman restauré
Le clocher roman restauré
Surveillance archéologique en cours
Surveillance archéologique en cours
Le parement nord du rempart échafaudé
Le parement nord du rempart échafaudé

Le clocher de Sainte-Foy-lès-Lyon et ses abords du XIe au XXIe siècle : lecture archéologique des vestiges

Conférence grand public jeudi 13 février à 19h.

Espace culturel Jean Salles – 20 rue Châtelain, Sainte-Foy-lès-Lyon

Les travaux de restauration de l’église Sainte-Foy (XIXe siècle), qui ont débuté au printemps 2019 à l’initiative de la Mairie de Sainte-Foy-lès-Lyon, ont été l’occasion de mener une étude des vestiges archéologiques alentours suivant une prescription du Service Régional de l’Archéologie (DRAC Auvergne – Rhône-Alpes).

Notre intervention a principalement concerné les élévations du clocher-porche de l’ancienne église disparue, dont la forme et le décor en bichromie de pierres et de briques permettent de l’inscrire dans une tradition caractéristique de l’époque romane. La restauration de l’unique portion du rempart médiéval conservée en élévation a été également l’occasion d’en étudier la mise en œuvre et de remarquer la présence de reprises postérieures, en lien avec la restructuration du secteur. Enfin, une surveillance de tranchée réalisée le long du mur gouttereau ouest de l’église actuelle a révélé des vestiges de maçonneries, ainsi que des sépultures que l’on suppose appartenir à l’ancien cimetière. On sait que ce dernier était utilisé jusqu’au milieu du XVIIe siècle, date à laquelle l’espace d’inhumation paroissial a été déplacé autour de l’ancienne église.

Cette opération archéologique a permis d’étoffer nos connaissances du bâti ancien de la paroisse de Sainte-Foy, en apportant des éléments de restitution mais aussi de datation grâce à des analyses radiocarbone. Ce sont ces résultats que nous présenterons lors de la conférence du 13 février.

Camille Collomb

Relevé archéologique phasé de la façade nord du clocher
Relevé archéologique phasé de la façade nord du clocher

Portes ouvertes à Segonzac (Charente)

Vue d’ensemble de la zone en cours de fouille. © 3DR View pour Archeodunum
Vue d’ensemble de la zone en cours de fouille. © 3DR View pour Archeodunum
Fouille en cours
Fouille en cours
Fouille d’un trou de poteau.
Fouille d’un trou de poteau.
Vase de stockage en place au fond d’une fosse.
Vase de stockage en place au fond d’une fosse.

Venez rencontrer une équipe de fouille en cours de découverte d’un village du Néolithique et de l’âge du Bronze

Les visites guidées auront lieu le mercredi 22 janvier 2020 de 14h à 17h.

Rendez-vous au lieu-dit “les Marcioux” à la sortie nord-ouest de Segonzac (16), au sud de la D24 (Localisation)

Entrée libre, visites commentées par les archéologues de l’équipe de fouille

Prévoir de bonnes chaussures et une tenue adaptée à la météorologie 😉

Segonzac « Les Marcioux » (16)

Un village du 2e millénaire avant J.-C.

Une opération d’archéologie préventive conduite par Archeodunum s’est déroulée entre novembre 2019 et janvier 2020 sur la commune de Segonzac (Charente), au lieu-dit « Les Marcioux ». Prescrite par le Service Régional de l’Archéologie de Nouvelle Aquitaine, cette fouille de 30 000 m2 visait à étudier des vestiges du Néolithique et de l’âge du Bronze, en préalable à l’installation du lotissement « Nouveau Quartier », réalisé par la commune.

Près de 1000 vestiges de l’âge du Bronze

Le décapage mécanique a permis d’ôter 0,30 à 0,70 m de terre végétale. Environ 1000 structures sont apparues. Elles se distinguent sur le calcaire blanc par un comblement sombre. Pour l’essentiel, elles correspondent à des fosses d’ancrage de poteau, initialement destinées à recevoir des pieux de bois. Plusieurs alignements de ces trous de poteau permettent de restituer différents plans de bâtiments, tous à ossature de bois.

Le mobilier recueilli (poterie et silex) renvoie à deux grandes phases d’occupation : un habitat de l’âge du Bronze ancien au sud-est de l’emprise, et un habitat de l’âge du Bronze final au nord-ouest. Après la période du Néolithique, qui a vu la sédentarisation des sociétés humaines et le développement de l’agriculture, l’âge du Bronze correspond à la découverte et à la maîtrise des alliages à base de cuivre. Il est suivi par l’âge du Fer.

Un habitat ouvert de l’âge du Bronze ancien (2200-1600 avant J.-C.)

Plusieurs plans de bâtiments peuvent être attribués à l’âge du Bronze ancien. Deux édifices à 4 poteaux ont été identifiés à l’est de l’emprise. Leur forme carrée et leurs dimensions modestes incitent à y voir des greniers surélevés. La fonction des deux bâtiments rectangulaires à une nef, constitués de 6 ou 8 poteaux, est plus difficile à cerner : habitation, stockage, lieu d’activité agricole, artisanale ? Au sud-est, un édifice quadrangulaire à 2 nefs, de 6 x 5,40 m, pourrait être une habitation. Cet habitat de l’âge du Bronze ancien semble donc ouvert et structuré, avec des zones liées aux activités (sans doute agropastorales) et des zones domestiques.

Des aménagements de l’âge du Bronze final (1400-800 avant J.-C.)

Au nord de l’emprise, plusieurs aménagements marquent l’emplacement d’un habitat de l’âge du Bronze final. Il s’agit notamment d’une palissade sur poteau, orientée est/ouest, et de plusieurs fosses ayant servi de dépotoir. Ces dernières contenaient de grandes quantités de poterie, dont certaines ornées de décors typiques de la fin de l’âge du Bronze.

Dans le même secteur, un bâtiment à 4 poteaux peut être interprété comme un grenier, mais aucun élément ne permet à ce stade de le dater. Il en va de même d’un long fossé curviligne tout proche. Conservé sur seulement 0,05 à 0,15 m d’épaisseur, ce fossé n’a livré que de rares fragments de poterie peu caractéristiques. Sa position, son orientation et sa courbure nous incitent néanmoins à l’associer aux structures précédemment évoquées.

Après la fouille …

Au terme de l’intervention de terrain, les investigations se poursuivront. Un important travail d’étude sera réalisé par les archéologues et les spécialistes de manière à obtenir le maximum d’information. Des datations par le radiocarbone permettront d’affiner la chronologie des différents contextes. Un rapport sera finalement rédigé pour synthétiser l’ensemble des résultats de cette opération.

Audrey Blanchard

Téléchargez la plaquette de présentation du site

Fouille des sépultures en cours

Les preuves de la Peste noire à Toulouse

Vue du charnier 3408 : 142 individus
Vue du charnier 3408 : 142 individus
Vue du charnier 1771 : 100 individus
Vue du charnier 1771 : 100 individus
Détail du charnier 3408
Détail du charnier 3408
Détail d'une sépulture multiple
Détail d'une sépulture multiple

L’un de nos chantiers qui s’est déroulé en 2014 à Toulouse fait actuellement la Une de l’actualité scientifique par les témoignages qu’il donne de la dispersion du bacille de la Peste. L’occasion pour nous de revenir sur cette fouille exceptionnelle de la rue des 36 Ponts.

Du mois de mai au mois de novembre 2014, l’opération d’archéologie préventive réalisée au 16, rue des Trente-Six Ponts à Toulouse a mis en évidence plusieurs occupations humaines depuis l’antiquité jusqu’à nos jours. Ces découvertes, associées aux fouilles plus anciennes, permettent de préciser la connaissance de ce secteur périurbain de Toulouse.

Parmi ces vestiges, ceux appartenant au Moyen Âge sont les plus nombreux. Ils ont la particularité d’être relié directement à la seconde pandémie de peste, la peste noire, qui toucha Toulouse à partir de 1348.

Ainsi, le XIIIe et le XIVe s. correspondent à la principale phase d’occupation du site, tant par la densité que par la nature des vestiges. Dans un premier temps, durant le XIIIe s., le nord du site est occupé par deux ensembles, l’un à sol excavé et le second sur poteaux porteurs, probablement en lien avec une activité artisanale. Ces ensembles sont détruits et abandonnés à la fin du XIIIe s. Durant le XIVe s. d’autres ensembles à vocation artisanale s’implantent sur le site. Certains sont en lien avec le traitement de carcasses équines, d’autres avec la tabletterie et enfin le dernier ensemble est lié à la métallurgie du bronze et plus particulièrement la fonte de cloches. Cette occupation artisanale est contemporaine du cimetière de crise mis au jour dans la partie méridionale du site.

Ce cimetière se caractérise par la présence de 109 sépultures dont 80 sépultures simples et 29 sépultures plurielles (doubles, triples et quadruples) dont trois charniers. Ces sépultures renfermaient 452 individus (incluant les individus mis au jour durant le diagnostic) dont 311 inhumés dans les trois charniers. De nombreux éléments nous permettent d’attribuer la plupart de ces sépultures à l’épisode de peste ayant touché l’Europe occidentale à partir de 1347. La présence dans certaines sépultures d’émissions monétaire datant de 1347-1348 et plusieurs datations radiocarbones indiquent clairement le lien existant entre ces sépultures, qu’elles soient individuelles ou plurielles, et la pandémie du XIVe s. En outre, l’identification du bacille de la peste (Yersinia pestis) dans l’une des sépultures double permet à la fois de relier ces sépultures directement à la seconde pandémie de peste mais permet également de mieux cerner l’évolution du génome de la peste (son ADN) et de la pandémie (dispersion géographique et « chemins empruntés »). Un article est récemment paru dans la revue Nature Communication. L’étude présentée est le fruit d’une collaboration multinationale permettant de mieux comprendre la dispersion géographique et génomique du bacille de la peste durant la seconde pandémie (en anglais, http://www.nature.com/articles/s41467-019-12154-0).

            Ces différentes sépultures, simples comme multiples, nous permettent de comprendre comment les communautés médiévales ont fait face à la peste et comment elles ont enterré leurs défunts.

            Les grandes sépultures multiples, ou charniers, contiennent un très grand nombre d’individus (entre 69 et 141 individus). Cette disposition va à l’encontre des canons d’inhumation médiévaux. En effet, durant le Moyen Âge les sépultures sont le plus souvent individuelles avec parfois des regroupements familiaux notamment par le biais des caveaux. Mais ici, la présence d’autant d’individus montre le trop grand afflux de défunts. Cet afflux est trop important pour être « géré » selon les canons en vigueur hors temps de crise. Les contemporains de l’épidémie se sont donc adaptés afin d’inhumer rapidement l’ensemble des défunts. Un souci particulier est cependant accordé à ces morts. Ils ne sont pas jetés ou disposés anarchiquement dans les fosses. Au contraire, ils sont disposés soigneusement tête-bêche. Certains défunts ont été inhumés dans un linceul, ce qui ne semble pas être le cas de tous. Plusieurs défunts ont été inhumés avec des objets leur appartenant (boucle, bague, monnaie, vêtement, ceinture, etc). Cela pourrait indiquer soit la peur du corps défunt et contagieux soit la peur/ le dégoût de corps en trop mauvais état pour être dépouillé. En effet, durant le Moyen Âge, on inhume les défunts sans aucun objet ou vêtement afin de se rapprocher de l’état de pauvreté des apôtres et du christ.

            Les petites sépultures multiples (entre 2 et 5 individus) comme les sépultures individuelles montrent le même respect des défunts en adaptant les techniques d’inhumations à l’urgence de la situation.

            La découverte d’un cimetière dédié aux pestiférés est un fait relativement rare pour être souligné. D’autant que les données archéologiques permettent de dater précisément ces inhumations des années 1348-1350. La découverte de charniers est une première en France pour cette période. Auparavant, on ne connaissait des exemples aussi bien documenté qu’en Angleterre. Le nombre de sépultures et d’individus mis au jour sur le site en fait le troisième corpus européen ayant trait à l’inhumation de pestiférés.

La fin du XIVe s. marque l’arrêt des occupations artisanales et funéraires du site. Les vestiges des XVe et XVIe s. confirment la nette déprise de l’occupation de ce secteur du faubourg Saint-Michel. Le mobilier céramique de la première moitié du XVe s. est d’ailleurs absent alors que le XIVe s. a fourni le lot le plus important.

Ce n’est qu’à partir du XVIIe s. que l’on observe une reprise de l’occupation. Celle-ci correspond aux premières constructions en briques donnant sur la rue du Sauzat. Leur présence traduit à la fois l’expansion démographique de la ville et la pression foncière de plus en plus importante au sein du faubourg Saint-Michel. Les abords immédiats de la ville étant lotis, les constructions sont alors réalisées de plus en plus loin des accès à la ville. C’est une période de densification de l’espace bâti. Ce phénomène se fait d’abord à proximité de la rue, sur les espaces disponibles ou en réaménageant des espaces déjà bâti. Cette densification se réalise alors en direction du cœur de l’îlot ou occupé essentiellement par des jardins et vergers.

Enfin, l’érection progressive du groupe scolaire Montalembert Notre-Dame depuis la fin du XIXe s. jusqu’au premières années du XXIe s. marque les derniers vestiges de l’occupation du site.

Mickaël Gourvennec

Fouille manuelle du riche dépotoir de la seconde moitié du XVIe siècle, au niveau du rez-de-cour de la tour

Recherches archéologiques au château de la Groulais à Blain

Recherches archéologiques au château de la Groulais à Blain

Vue générale de la tour d’artillerie et du chantier en cours (Ukko / Archeodunum)
Vue générale de la tour d’artillerie et du chantier en cours (Ukko / Archeodunum)
Vue verticale de la tour en cours de fouille (Ukko / Archeodunum)
Vue verticale de la tour en cours de fouille (Ukko / Archeodunum)
Fouille mécanique des couches supérieures moins sensibles
Fouille mécanique des couches supérieures moins sensibles
Fouille manuelle du riche dépotoir de la seconde moitié du XVIe siècle, au niveau du rez-de-cour de la tour
Fouille manuelle du riche dépotoir de la seconde moitié du XVIe siècle, au niveau du rez-de-cour de la tour

Entre avril et octobre 2019, les archéologues d’Archeodunum ont investi le château de la Groulais à Blain (Loire-Atlantique) pour réaliser des recherches archéologiques dans le cadre de la restauration de la tour d’artillerie sud-est, un imposant ouvrage construit vers 1500. En complément, une fouille a été réalisée aux abords du pont d’accès à la forteresse. Cette dernière phase de travaux  commandée par la Ville de Blain, accompagnée par la DRAC des Pays de la Loire, a complété les résultats d’une précédente campagne menée en 2015.

La fouille des sédiments de la tour

Dans un premier temps, l’intervention a consisté à la fouille de l’intérieur de la tour d’artillerie, laquelle avait été remblayée au fil des siècles. Ainsi, ce sont plus de 7 m de sédiments qui ont été étudiés par les archéologues pour atteindre la base des fondations de l’ouvrage défensif. Au cours de la fouille, plusieurs niveaux de rejets ont été traversés. L’un d’eux est à mentionner, car il a livré un nombre impressionnant d’artefacts témoignant de la grande richesse des occupants des lieux. La datation de cette couche a permis de déterminer qu’il s’agissait vraisemblablement des « poubelles » des Rohan, puissante famille bretonne, rejetée dans la seconde moitié du XVIe siècle. Les objets découverts permettront d’avoir une vision complète des consommations matérielle (vaisselier en céramique et en verre notamment) et alimentaire (ossements d’animaux, arêtes de poissons et coquillages). Il est également à noter qu’un canon portatif, accompagné de ses balles en plomb et du moule servant à les fabriquer a été retrouvé dans ce dépotoir. Il s’agit d’une découverte archéologique de premier plan, car peu d’armes anciennes ont été découvertes en contexte, qui plus est accompagnées de leurs munitions et du moule. L’arme est en cours de traitement au laboratoire Arc’antique (Nantes). Son étude prochaine nous permettra de déterminer le type de canon (couleuvrine à main ? haquebute ?) ainsi que sa chronologie.

L’étude des fortifications

En complément de la fouille de la tour d’artillerie, une étude du bâti a été effectuée sur l’ensemble de ses élévations, intérieures et extérieures. Cette étude a permis de mettre en évidence plusieurs phases de chantier liées à la construction de ce puissant ouvrage aux murs atteignant jusqu’à 8 m d’épaisseur. Quelques reprises ponctuelles ont également été mises en évidence sur certaines parties de la tour (modifications de baies, reprises de parement…). Cette intervention permettra à terme de compléter nos connaissances sur les fortifications bretonnes de la fin du Moyen Âge, particulièrement dans le contexte des campagnes menées par Jean II de Rohan à la charnière des années 1500.

Une étude du bâti a également été réalisée sur une tour médiévale, la tour des Prisons. Cette construction, datée du XIVe siècle, a été intégrée dans la puissante tour d’artillerie au moment de son édification. Cette phase de l’intervention a permis de mieux comprendre les modifications qui ont affecté cet angle du château entre le XIVe siècle et la période contemporaine. Elle a démontré que le programme architectural d’origine de la tour des Prisons est particulièrement bien conservé. Ainsi, plusieurs aménagements (cheminées, baies, latrines) sont encore en place et permettent de mieux comprendre comment cette construction s’insérait dans le château du XIVe siècle, lequel demeure relativement bien conservé à Blain.

Le pont d’accès

Enfin, dans un dernier temps, les archéologues sont intervenus aux abords du pont d’accès de la résidence seigneuriale. Ici, ce sont principalement les aménagements modernes mis en place dans le fond des douves qui ont été appréhendés. En effet, au cours des XVIIe-XVIIIe siècles, cet espace sert de lieu d’agrément et de lieu de promenade ce qui a conduit à la mise en place de terrasses au pied des remparts et de la contrescarpe des douves pour pouvoir y circuler au sec. En complément, cette intervention a permis de dégager la base de la tour du Pont-Levis, ouvrage de la seconde moitié du XIVe siècle. L’exutoire des latrines a notamment été retrouvé lors de ces terrassements.

Un important travail d’étude reste à mener à la suite de cette opération, mais nous pouvons d’ores et déjà dire qu’elle apportera des informations de premier ordre sur les consommations de la haute aristocratie bretonne de la fin du Moyen Âge. Les données relatives au bâti permettront quant à elles de compléter nos connaissances sur les travaux menés par les familles de Clisson et de Rohan à Blain. À l’échelle régionale, cette opération permettra d’aborder le rôle important joué par Jean II de Rohan dans la fortification de plusieurs places-fortes bretonnes à la charnière des années 1500 (comme Pontivy ou la Roche-Maurice).    

Fabien Briand

Canon portatif découvert dans les sédiments de la tour (Jean-Gabriel Aubert, Arc'Antique / Archeodunum)
Canon portatif découvert dans les sédiments de la tour (Jean-Gabriel Aubert, Arc'Antique / Archeodunum)
Fermoir métallique décoré
Fermoir métallique décoré
Cheminée de la salle du rez-de-cour, après sa découverte
Cheminée de la salle du rez-de-cour, après sa découverte
Détail du sol de l'édifice en opus signinum

Résultats de la campagne de fouilles 2019 du sanctuaire romain de Montenero Sabino (Italie)

Résultats de la campagne de fouilles 2019 du sanctuaire romain de Montenero Sabino (Italie)

Vue du bourg médiéval de Montenero Sabino (Rieti, Italie)
Vue des tranchées ouvertes pour le chantier de fouille du sanctuaire de "Leone"
Vue des tranchées ouvertes pour le chantier de fouille du sanctuaire de "Leone"
Dégagement en cours du sol de l'édifice
Dégagement en cours du sol de l'édifice
Détail du sol de l'édifice en opus signinum
Détail du sol de l'édifice en opus signinum

Crédits photos Fouille de Montenero Sabino

Une première campagne de sondages, conduite du 15 juin au 15 juillet, sur le site antique de Montenero Sabino (Rieti), à une soixantaine de kilomètres au nord-est de Rome dans le Latium en Italie, a livré des résultats très encourageants : les vestiges et le mobilier découverts, en cours d’étude, permettent d’avancer plusieurs hypothèses concernant l’organisation spatiale, la fonction et la datation du site, qui déboucheront dès 2020 sur des fouilles plus extensives.

Ce nouveau chantier-école de l’Université Lumière Lyon 2, dont Archeodunum est partenaire, a mobilisé une douzaine d’étudiant.es du Master « Archéologie Sciences pour l’Archéologie » et de spécialistes en archéologie. Cette fouille est dirigée par Aldo Borlenghi et Matthieu Poux, enseignants-chercheurs à l’Université et membres du Laboratoire Archéologie et Archéométrie (CNRS / Université Lumière Lyon 2 / Université Claude Bernard Lyon 1), assistés de Clément Chavot, Camille Nouet et Elio Polo, salariés d’Archeodunum.

Un sanctuaire dédié à la déesse sabine Vacuna ?

Bien qu’identifié depuis des décennies par les prospecteurs/trices et les archéologues locaux/ales, le site archéologique situé au sein d’une vallée des Apennins rattachée au territoire des Sabins antiques, conquis par Rome dans la première moitié du IIIe siècle avant J.-C, n’avait jamais fait l’objet de recherches approfondies jusqu’à ce jour.

Une grande stèle inscrite de la deuxième moitié du Ier s. av. J.-C., découverte dans les années 1950, comporte une dédicace privée à Vacuna, déesse topique bien attestée en territoire sabin et assimilée par les Romains sous l’Empire principalement à la déesse Victoria. Cette dea Vacuna a des liens avec les cultes de la fertilité de la terre, ainsi qu’avec le culte de l’eau et ses vertus curatives ; elle est aussi la divinité qui permet de mener à bien un projet ou une action.

Un grand édifice maçonné d’époque républicaine

Entièrement recouvert par la végétation, le site occupe au moins trois niveaux de terrasses soutenues par des murs en pierre sèche affleurant à la surface de l’humus.

Le tiers occidental de la terrasse centrale est occupé par un ensemble bâti constitué de nombreuses structures maçonnées d’époque romaine : en particulier, plusieurs sols en opus signinum ornés de lignes de tesselles blanches, qui composent des décors caractéristiques de l’époque républicaine (IIIe ou IIe siècle avant J.-C.). Ces structures ont permis d’individualiser trois grandes pièces adjacentes précédées à l’est d’un large portique ou vestibule cloisonné qui semblent constitutives d’un seul et même bâtiment quadrangulaire. Une empreinte de demi-colonne visible sur le sol en face des trois pièces indiquerait la présence de colonnes qui en articulaient l’espace.

Ni l’organisation interne, ni la nature exacte de cet édifice n’ont pu être déterminées cette année. Malgré son plan asymétrique, il peut tout aussi bien correspondre à un temple de plan étrusco-italique ou apparenté, qu’à une maison à pastas avec des structures annexes comme une salle à banquets, liées au fonctionnement du culte tel que décrit dans les textes ou représenté sur un bas-relief.

Premiers indices d’un culte rendu à une divinité féminine

Le matériel récolté dans le bâtiment ou à ses abords immédiats est relativement abondant : en particulier, plusieurs ex-votos en terre cuite, de nombreux fragments de lampes, de céramiques à vernis noir, sigillées et communes, une monnaie grecque et des restes fauniques, couvrant une large période qui s’échelonne du IIIe siècle avant J.-C. à la première moitié du Ier siècle après J.-C.

Parmi les ex-votos anatomiques, se signale la présence d’au moins un utérus bien conservé et de plusieurs fragments, dont celui d’un pied : la partie du corps représentée et offerte à la divinité indique l’organe ou le membre pour lequel on demande et on obtient la guérison. Un visage fragmentaire en terre cuite, appartenant peut-être à une tête ou à une statue, pourrait également constituer un ex-voto ou un fragment de décor architectural.

La découverte d’un sanctuaire de la déesse Vacuna, qui sera le premier à bénéficier de fouilles extensives planifiées sur au moins trois ans (2020-2022), soulève de nombreuses questions, fondamentales pour appréhender l’organisation religieuse et politique du territoire sabin avant la conquête et sa romanisation au cours des derniers siècles qui ont précédé le changement d’ère.

Stèle inscrite, découverte dans les années 1950, avec une dédicace à Vacuna
Stèle inscrite, découverte dans les années 1950, avec une dédicace à Vacuna
Cratère miniature à vernis noir
Cratère miniature à vernis noir
Ex-voto anatomique représentant un utérus du type « a ciabatta »
Ex-voto anatomique représentant un utérus du type « a ciabatta »

Crédits photos Fouille de Montenero Sabino

Relevé de l'église Saint-Christophe de Vienne (Isère)

L’archéologie du bâti aujourd’hui et demain à Archeodunum

L’archéologie du bâti aujourd’hui et demain à Archeodunum

Peinture murale de Saint-Christophe à Vienne (Isère)
Peinture murale de Saint-Christophe à Vienne (Isère)
Vue de la grande bonde normalement immergée au fond de l'étang de Montjoux à Saint-Jean-de-Bournay (Isère)
Vue de la grande bonde normalement immergée au fond de l'étang de Montjoux à Saint-Jean-de-Bournay (Isère)

L’archéologie ne se limite pas au sous-sol et à la « frontière du bitume », mais elle s’intéresse aussi aux élévations et aux vestiges bâtis, du modeste au monumental. Les archéologues d’Archeodunum mènent ce type d’opérations sur prescription des services régionaux de l’archéologie ou sur demande des Monuments historiques.

L’archéologie du bâti est une discipline en constante évolution dont la diversité des méthodes a fait l’objet d’un colloque récent. Cette réunion scientifique, intitulée « L’archéologie du bâti aujourd’hui et demain »  s’est tenue à Auxerre du 10 au 12 octobre 2019, et elle a été l’occasion aux équipes d’Archeodunum de présenter plusieurs de leurs opérations.

Les quatre posters proposés ici , à travers un nombre limité d’exemples, dressent donc un panorama des missions d’archéologie du bâti mené au sein d’Archeodunum ces dernières années.

Vue d'ensemble du Château de la Groulais à Blain (Loire-Atlantique)
Vue d'ensemble du Château de la Groulais à Blain (Loire-Atlantique)
Charpente peinte de l'église de l'Annonciade à Bourges (Cher)
Charpente peinte de l'église de l'Annonciade à Bourges (Cher)