Plaisance-du-Touch, Dumaine (Haute-Garonne, 31)

Une occupation rurale de la fin de l’âge du Fer à Plaisance-du-Touch

Outre des indices ponctuels de fréquentation durant le Paléolithique inférieur (industrie lithique acheuléenne éparse), le Néolithique récent (un foyer à galets chauffés) et le Bas-Empire (une fosse à combustion), ainsi que deux fossés de parcellaire moderne, le site de Dumaine, à Plaisance-du-Touch, a livré de précieux indices relatifs à l’occupation rurale du secteur à la fin de l’âge du Fer.

Intervenue en amont de l’aménagement d’un parc d’activités par la Société Foncière Toulouse Ouest, la fouille préventive réalisée durant le mois de décembre 2012 par la société Archeodunum a révélé trois enclos fossoyés contemporains juxtaposés, datables du dernier tiers du IIe s. a.C.

Le premier enclos, orienté N11/12°E, est délimité par un fossé presque carré de 43 à 44 m de côté. A l’est, une interruption d’environ 3,70 m de longueur génère un accès non aménagé vers l’intérieur de l’espace enclos. L’ouvrage ne livre aucun caractère défensif, ni palissade ni talus, et se présente comme un fossé ouvert destiné à délimiter un espace d’occupation. Dans l’aire circonscrite par les fossés, deux surfaces bâties ont été repérées, malgré la disparition des sols, grâce aux ancrages de leurs poteaux qui ont impacté la terrasse fluviatile. La première, située dans l’angle nord-ouest, correspond à un grenier sur quatre poteaux de 4 m de côté. La seconde, immédiatement au nord de l’entrée de l’enclos, est une aire d’habitation qui peut coïncider soit avec deux petits bâtiments juxtaposés de six à huit poteaux chacun, couvrant des surfaces de 14 et 10 m², soit avec un grand bâtiment rectangulaire de 35 m² à parois fondées sur sablières basses renforcées aux angles par des poteaux. Enfin, dans l’angle sud-ouest de l’enclos, une surface d’un peu plus de 200 m² dont l’accès peut être contrôlé par un système de fermeture, est isolée par un fossé de partition formant un angle légèrement obtus. Aucun élément mobilier ou immobilier ne permet d’en déterminer la fonction, mais il n’est pas incongru dans ce contexte d’envisager une aire de parcage des animaux ou liée à une mise en culture particulière. Si la perception du faciès mobilier est amputée par la disparition des ossements et des objets métalliques, l’ensemble de la céramique collectée au sein de l’enclos, principalement dans les fossés, renvoie à une occupation domestique assez modeste. Outre les amphores qui dominent largement le corpus céramique comme sur tous les sites contemporains de la région, les importations sont quasiment inexistantes et la vaisselle est essentiellement représentée par des vases de cuisine et de consommation courante, tournés ou non. L’ensemble du mobilier permet de confirmer la courte durée d’occupation du site, pressentie par l’analyse des dynamiques de comblement des fossés, centrée sur le dernier tiers du IIe s. a.C.

Immédiatement à l’est de l’enclos principal, deux enclos juxtaposés de très faibles dimensions ont été mis au jour. L’Enclos 2 est matérialisé par un fossé carré de 10 m de côté qui délimite un espace d’environ 72 m² occupé par quatre petites fosses peu ou prou circulaires. Le comblement de deux d’entre elles livre des traces de charbon et une seule contient du mobilier contemporain des fossés. A moins de trois mètres à l’est, l’Enclos 3 s’inscrit dans un rectangle irrégulier d’environ 10 m x 6 m. Le degré d’arasement y est tel qu’aucune structure n’a pu être repérée à l’intérieur et que des doutes subsistent quant à la présence d’une entrée au niveau de son angle sud-ouest. Malgré tout, le parfait alignement des deux enclos entre eux, bien que légèrement désaxés par rapport l’Enclos 1 (N3/4°E), leurs dimensions proches, la dynamique très rapide du comblement de leur fossé ainsi que les particularités communes de leur mobilier incitent à évoquer une fonction identique pour les deux enclos. La céramique y est en effet uniquement représentée par des tessons amphores dont le taux de fragmentation est deux fois supérieur à celui observé au sein de l’Enclos 1, et une proportion notable de ces tessons présente des traces de calcination. Si le contexte n’est ici clairement pas domestique, en l’absence d’ossements et de métal, il est difficile d’avancer très loin la réflexion. Pour autant, les très nombreux comparatifs disponibles à l’échelle à la Gaule concourent tous à relier les enclos de très petite taille à la sphère cultuelle ou funéraire, tout au long de l’âge du Fer. Compte tenu du caractère modeste de l’habitat, qui ne présente aucun élément de prestige mobilier ou immobilier, il semble peu probable qu’il s’agisse d’enclos cultuels et la configuration couplée des deux enclos, le long du chemin d’accès à la zone domestique, pourrait plaider en faveur de l’hypothèse funéraire. Toutefois, en raison de la portée qu’aurait une telle interprétation dans la difficile problématique des modes funéraires en usage dans la région toulousaine au IIe s. a.C., il est important de garder à l’esprit qu’aucun élément ne permet de qualifier la fonction de ces deux petits enclos de manière certaine.

Quoi qu’il en soit, l’ensemble des données collectées met en scène un établissement rural assez typique sous la forme d’une aire domestique intégrée à la sphère agro-pastorale, enclose par des fossés, accompagnée de deux petits enclos annexes probablement à fonction cultuelle ou funéraire. La taille réduite de l’espace domestique enclos comme sa faible densité de structuration interne suggèrent la place secondaire que devait occuper le site dans la hiérarchie des établissements ruraux de La Tène finale.

Alexandre LEMAIRE

Commune: Plaisance-du-Touch
Adresse / lieu-dit: Dumaine
Département / Canton : Haute-Garonne (31)
Pays: France

Date de l’intervention:
du 20/11/2012 au 19/12/2012

Période(s) concernée(s): Age du Fer

Raison de l’intervention:
Aménagement de ZAC

Responsable d’opération: Alexandre LEMAIRE
Suivi scientifique:
SRA Languedoc-Roussillon-Midi-Pyrénées
Aménageur: Société Foncière Toulouse Ouest

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