Saint-Laurent-sur-Manoire, Grand-Font, Le Maine (Dordogne, 24)

Découverte d’un habitat du haut Moyen-âge au bord du Manoire

Le projet d’aménagement d’un giratoire sur la N221 au lieu-dit Grand Font, à 1 km au nord-ouest de Saint- Laurent-sur-Manoire, a donné lieu à un diagnostic qui a permis d’identifier trois périodes d’occupation, Néolithique, Protohistoire et haut Moyen Âge. L’opération de fouille préventive qui a suivi s’est portée sur une superficie de 2000 m² sur la rive gauche de la rivière du Manoire. Si la fouille n’a pas permis de confir- mer l’occupation Néolithique, un certain nombre de structures de la Protohistoire et du haut Moyen Âge a en revanche été mis au jour.
La période ancienne identifiée sur le site correspond à la Protohistoire (Bronze final, premier âge du fer ?). Les vestiges mis au jour se limitent à un lambeau de sol de quelques mètres carrés, caractérisé par la présence de tessons de céramique. Ce reste de sol était associé à deux foyers à galets, dont un était aménagé dans une céramique tronquée disposée dans une petite fosse de sa taille.
La seconde période d’occupation fait référence au haut Moyen Âge (VIIe-Xe siècles AD). La répartition des structures dans l’emprise de fouille forment trois ensembles distincts. Le premier se compose de dix trous de poteaux supposant un bâtiment de plan régulier dont l’organisation en « L» suggère un réaménagement, une extension ou plusieurs états successifs. Le second ensemble correspond à un semis de trous de poteaux, de petites fosses et une batterie de six silos. Plusieurs fosses renfermaient des petites scories de forge, quelques objets en fer mais très peu de mobilier céramique. Le comblement des silos était pauvre en mobilier. Ces deux bâtiments renvoient à des unités d’habitat rural.
Les ensembles de structures évoqués ci-dessus ont subi une forte érosion, due à une implantation dans la pente au pied d’un talweg et donc soumis à d’importants colluvionnements. Le dernier ensemble est moins arasé. Il consiste en un petit ensemble de production métallurgique avec au centre les vestiges d’un bas four- neau dans un état de conservation exceptionnel pour cette période (les exemples de structures métallurgiques mérovingien et carolingien fouillés étant rares et très mal connus). De plan circulaire, la cuve du bas fourneau (espace de réduction du minerai de fer) surprend par sa petite dimension qui n’atteint que 30 cm de diamètre. Cette cuve était en parti excavée dans le sol ce qui explique la préservation unique des parois sur près de 50 cm de profondeur. Ouverte en deux endroits, la cuve communiquait avec deux fosses. La première correspond à la fosse de coulée, contenant les derniers rejets de réduction à savoir des scories cordées et des cendres. La seconde est la fosse d’installation du soufflet pour alimenter en oxygène le bas fourneau par une tuyère dont l’emplacement est conservé. Une fosse circulaire, peu profonde et aux parois légèrement rubéfiées, est aussi associée à l’ensemble. Elle pouvait servir au grillage du minerai (préparation du minerai avant d’être réduit) ou alors à battre le massiot (la masse de fer obtenu après réduction du minerai dans le bas fourneau). Les struc- tures de cette unité de production métallurgique, réduite au minimum, étaient comprises dans un petit bâtiment comme l’atteste les six trous de poteaux qui ceinturent en partie l’ensemble.
D’autres fosses sont aussi probablement à rattacher à la production métallurgique. La première, à 2 m du bas fourneau, renfermait des scories de forge en quantité et notamment des culots de forge. Quelques mètres plus loin, une autre fosse a permis la mise au jour de plusieurs objets en fer : un couteau, un talon de marteau et deux petites barres. Des analyses archéométriques et physico chimiques sur les déchets de réduction, de forge et le mobilier métallique se poursuivront après le rendu du rapport. Ces analyses sont à définir, mais d’ores et déjà les vestiges archéologiques encouragent des études pour comprendre la véritable fonction de ce petit fourneau. Etait-il réellement destiné à la réduction du minerai ou plutôt à l’épuration de minerai déjà réduit. En outre, les analyses seraient l’occasion de vérifier si nous sommes en présence d’une chaine opératoire allant de la réduction du fer à la confection de produits finis manufacturés.
Les charbons issus de la fosse de coulée font l’objet d’une série d’analyses. Plusieurs datations sont effec- tuées afin de confirmer et de préciser la fourchette chronologique dans laquelle le bas fourneau s’inscrit. Ces datations permettront d’attester ou non la contemporanéité du bas fourneau avec les deux unités d’habitat à proximité. En outre, des analyses anthracologiques sont menées sur ces charbons dans le but de compléter la compréhension du fonctionnement du bas fourneau.
L’opération de Grand Font enrichit les connaissances sur l’occupation de la vallée de Manoire pour les périodes protohistoriques et alto médiévales. Dans la vallée, ces périodes sont peu représentées en comparai- son du Paléolithique supérieur et de la période gallo romaine. La découverte d’un habitat rural du haut Moyen Âge et en particulier le bas fourneau présentent sans aucun conteste des intérêts scientifiques qui dépassent le cadre périgourdin. Cela renseigne sur les modes de production métallurgique au haut Moyen Âge, période très mal documentée dans ce domaine. Au vu du caractère exceptionnel du bas fourneau, un moulage de la cuve a été effectué et sera présenté prochainement sur le site de Savignac-Lédrier.

Thibault LASNIER

Commune: Saint-Laurent-sur-Manoire
Adresse / lieu-dit: Grand-Font, Le Maine
Département / Canton : Dordogne (24)
Pays: France

Date de l’intervention:
du 02/11/2011 au 02/12/2011

Période(s) concernée(s): Moyen-Age

Raison de l’intervention:
Aménagement routier

Responsable d’opération: Thibault LASNIER
Suivi scientifique:
SRA Nouvelle-Aquitaine
Aménageur: DREAL Aquitaine

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