Archives de catégorie : chantiers

Nos fouilles en vidéo

Dans le courant de 2018, deux de nos opérations ont été filmées sur plusieurs mois, permettant d’observer la progression de la fouille sur le temps long.

Il s’agit de deux fouilles qui ont duré plus de six mois, avec à chaque fois de grandes équipes d’archéologues et de spécialistes, mais pour fouiller deux sites totalement opposés en terme de surface concernée, de type de vestiges, de chronologie et donc de méthodes.

La fouille d’un grand site gaulois

La première d’entre elle concerne la fouille d’un site d’habitat de l’âge du Bronze et de l’âge du Fer à Saint-Marcel (Saône et Loire). Ici, le décapage mécanique concerne une très grande superficie (plus de 40 000 m²) et les pelles mécaniques enlèvent la terre végétale sur l’ensemble de la surface. Par la suite les archéologues fouillent à la main des centaines de structures en creux, vestiges d’un habitat en terre et bois aujourd’hui disparu. La minipelle vient par la suite aider à la fouille des structures plus importantes tels le fossé d’enclos gaulois et les puits profonds.

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La fouille d’un cimetière dense médiéval et moderne

La seconde opération correspond à la fouille d’un enclos paroissial du XIVe siècle à Epagny-Metz-Tessy (Haute-Savoie). Ici, la surface concernée est beaucoup plus réduite (environ 1500 m²), mais son décapage a mis au jour quelques vestiges de l’église disparue et surtout plus de 400 sépultures provenant du cimetière médiéval et moderne attenant. La fouille de ces structures funéraires prend beaucoup de temps et on peut voir l’avancée des archéologues avec à nouveau l’aide d’une minipelle qui sert ici à redécaper certaines surfaces pour retrouver des sépultures plus profondes.

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Journées Européennes du Patrimoine 2019

Journées Européennes du Patrimoine 2019 : Archeodunum a le plaisir de vous convier à trois manifestations

Le 21 septembre, deux conférences et une visite archéologique seront animées par les archéologues d’Archeodunum. Ces actions fourniront l’opportunité de découvrir trois sites différents, ainsi que les facettes de notre discipline.

Etude de bâti en cours sur le rempart médiéval de Montbard (Côte-d'Or)

Parc Buffon à Montbard (Côte-d’Or): vieilles pierres et nouveaux regards

Dominant la cité de Montbard (21), le Parc Buffon combine les vestiges d’une puissante forteresse médiévale et les vastes aménagements botaniques réalisés par le grand naturaliste Buffon au XVIIIe siècle. Un ambitieux projet de réhabilitation du parc a débuté en 2015. En 2019, des travaux de sécurisation du rempart médiéval ont été engagés et bénéficient d’un accompagnement archéologique, pour mieux comprendre les riches heures de ce site prestigieux. Camille Collomb, archéologue spécialisée dans l’étude du bâti, présentera les premiers résultats de ses observations.

Horaire et adresse : 14h30, Tour de l’Aubespin, Parc Buffon, 21500 Montbard

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Aménageur : Mairie de Montbard

Le site de Montmarault en cours de fouille, avec successivement un silo, un grenier et un bâtiment d'habitation

Montmarault « Maselier » (Allier) : des maisons gauloises 100% naturelles

En novembre 2018, une exploitation agricole d’époque gauloise a été découverte à l’occasion de travaux d’aménagement routier sur la commune de Montmarault (03). Bien que révélés par des traces fugaces, les bâtiments et structures sont emblématiques de l’architecture de cette période et en offrent un bon aperçu du cadre de vie de nos ancêtres. A l’invitation de l’Association pour le Pays Montmaraultois, Jérôme Besson, responsable de la fouille, consacrera une conférence aux résultats de cette opération d’archéologie préventive.

Horaire et adresse : 14h30, ancienne Salle des Fêtes, Place Jean-Jaurès, 03390 Montmarault

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Aménageur : APRR

Vue de l'église Saint-Pierre de Jumièges (Seine-Maritime)

Abbaye de Jumièges (Seine-Maritime) : les secrets de l’église Saint-Pierre

De nouvelles recherches se déroulent dans le cœur historique de la prestigieuse abbaye de Jumièges (76). Grâce à des sondages archéologiques, il s’agit de mieux comprendre et restituer l’église primitive d’époque carolingienne. Dans ce cadre, David Jouneau, responsable des recherches, vous proposera des visites archéologiques de l’église Saint-Pierre, d’une durée de 30 à 40 minutes.

Horaire et adresse : 10h, 12h, 14h, 16h, Abbaye de Jumièges,

Retrouvez ici la plaquette du site ainsi qu’une notice décrivant les découvertes effectuées

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Aménageur : Département de Seine Maritime

Retour sur l’établissement antique de Vaulx-Milieu et ses nécropoles

Vue aérienne générale du secteur 3, au centre le bâtiment principal de l’exploitation antique (Cliché : Flore Giraud)
Vase en verre retrouvé intact dans une tombe à crémation
Tombe à inhumation en imbrex de périnatal
Tombe à inhumation en bâtière de périnatal
Balsamaire et petite cruche bichrome déposés dans une tombe à crémation

L’établissement rural et les nécropoles antiques de Vaulx-Milieu (Isère)

Présentation générale

L’opération de fouille préventive réalisée sur le site de Vaulx-Milieu – « Les Brosses et Les Croisettes » a été réalisée entre le 24 juillet et le 24 novembre 2017. Le rapport de fouille, en cours de finalisation, nous permet de revenir sur ce site antique et sur ses nécropoles associées.

Cette fouille a eu lieu dans le cadre d’un vaste projet d’aménagement lié à l’extension vers l’est de l’actuelle ZAC du Parc Technologique, à 5 km à l’ouest de Bourgoin-Jallieu et à proximité immédiate des anciens marais de La Verpillère. Bien que le potentiel archéologique de ce secteur soit connu depuis de nombreuses années, aucune fouille archéologique de cette envergure n’y avait encore été menée. L’emprise prescrite, encadrée au nord par l’autoroute A43 et par la route D1006 (ancienne RN6) au sud, a permis d’étudier une surface totale de 39 800 m² répartie en 5 secteurs distincts. Plusieurs indices d’occupations y ont été mis au jour. Les premières traces se rapportent à la fin de la Protohistoire (La Tène D2b) et correspondent à des ensembles de structures en creux (fosses et trous de poteau) pour lesquels il est difficile de proposer une organisation cohérente. Il semble en effet qu’une partie des vestiges ait été effacée par les installations postérieures.

L’établissement rural

L’essentiel des découvertes concerne l’Antiquité. Une première occupation, matérialisée par un petit bâtiment maçonné carré de 7 m de côté, a livré les traces d’une fréquentation au cours de la seconde moitié du Ier s. apr. J.‑C. Suite à son abandon et à sa démolition, un second édifice plus vaste (600 m²) est fondé à une vingtaine de mètres plus à l’ouest. Il prend la forme d’un grand rectangle comportant un ensemble de pièces et d’espaces disposés en périphérie d’une cour intérieure. Sa fouille a mis en évidence les indices d’une activité agricole importante avec notamment un vaste espace de stockage comportant un plancher disposé sur un vide sanitaire. On note également l’adjonction d’un espace sous appentis appuyé contre sa façade méridionale et abritant une forge. Cet établissement rural est occupé entre la fin du Ier s. apr. J.‑C. et le début du Ve s., il a connu au moins deux incendies au cours de son occupation.

Cette fouille a également permis la découverte de deux ensembles funéraires antiques pouvant être rattachés à l’établissement agricole : une première nécropole regroupant des sépultures secondaires à crémations (à 100 m au nord-ouest du bâtiment) et une seconde dédiée aux inhumations de périnataux (à 20 m au nord du bâtiment). L’organisation spatiale de ces différents éléments ainsi que leur chronologie sont en effet cohérentes et permettent d’appréhender la gestion des morts dans un contexte bien défini.

La nécropole à crémations : les adultes

La vingtaine de tombes qui compose cet espace funéraire est centrée sur la seconde moitié du IIe s. apr. J.‑C. La plus précoce (100‑150 apr. J.-C.) est une des plus richement dotées et appartient à un adolescent. Toutes les autres tombes sont celles d’individus de taille adulte.

Plusieurs éléments caractérisent cette nécropole et en font un cas original.

Toutes les tombes ont fait l’objet d’un dépôt des résidus de crémation directement dans la fosse. La majorité du mobilier mis au jour provient du bûcher et a souffert de l’exposition au feu. Il semble y avoir une bipartition de l’espace funéraire, entre est et ouest, vraisemblablement induite par une différence de statut social. Cela se traduit par la richesse et la quantité de mobilier (diversité des offrandes, phénomène de thésaurisation d’objets, présence de récipients en verre, en alliage cuivreux, offrandes alimentaires plus ou moins variées…) et par la morphologie de la sépulture (système d’alcôve latérale, dimensions).

Des analyses physicochimiques réalisées sur trois récipients en verre ont permis de dire que, dans deux cas au moins, ils avaient été déposés remplis dans la tombe. Un fort signal de raisin indique ainsi la présence de vin ou de vinaigre, mélangé à une huile végétale parfumée, et dans un cas à de la cendre végétale (préparation de type savon) et dans un autre à un corps gras animal (probablement un produit laitier). Ces mélanges sont étonnants d’autant qu’ils se retrouvent dans des récipients totalement différents, à savoir deux balsamaires et un modiolus, et dans deux tombes éloignées spatialement et chronologiquement.

L’utilisation de tuiles dans ces structures liées à la crémation est, à notre connaissance, également originale. Les imbrices notamment semblent avoir été utilisées comme réceptacles durant la cérémonie funéraire (pour y déposer des offrandes, de l’encens ?) avant d’être placées dans la tombe, mais sans codification particulière, leur position étant chaque fois différente.

La nécropole à inhumations : les périnataux

Les 24 inhumations recensées au sein de ce second espace funéraire se caractérisent par l’emploi systématique de tuiles, le plus souvent il s’agit d’une imbrex servant de réceptacle pour le corps, elle est parfois surmontée d’une seconde imbrex qui vient recouvrir le défunt. Une seule sépulture se caractérise par un dépôt en amphore. Une autre sépulture comprend une bâtière constituée de quatre tegulae et enfin deux tombes présentent des coffrages plus ou moins sommaires constitués de tuiles, de pierres et de galets.

En l’absence de mobilier, seules quelques tegulae et un récipient en céramique, offrent un TPQ au IIe siècle après J.-C. Cette datation et la localisation de la nécropole permettent d’établir sa contemporanéité avec l’occupation du bâtiment.

Jérôme Grasso et Marie-José Ancel

Modiolus déposé dans une tombe à crémation
Modiolus (cliché : D. Baldassari
Balsamaire et petite cruche bichrome (cliché : D. Baldassari)

Remise du prix Khaled Al-Asaad pour le chantier de Sainte-Colombe

Le chantier archéologique de Sainte-Colombe (France) – Le Bourg, dirigé par B. Clément pour la société Archeodunum et surnommé par la presse la « Petite Pompéi viennoise », a reçu vendredi 16 novembre 2018 l’International Archaeological Discovery Award « Khaled Al-Asaad », lors du XXIe congrès du Mediterranean Exchange of Archaeological Tourism, à Paestum (Italie).

Ce prix existe depuis 2015, en hommage à Khaled al-Asaad, conservateur du site de Palmyre, assassiné par Daech et il est remis pour récompenser les découvertes exceptionnelles de l’année autour de la Méditerranée (en savoir plus).

Cette année, outre le site de Sainte-Colombe, le prix reconnaît la découverte de quatre autres sites majeurs :

  • Le Gymnase hellénistique d’Al Fayoum (Egypte)
  • Le plus ancien port d’une ville sumérienne à Abu Tbeirah (Irak)
  • La domus du Centurion découverte sur le métro à Rome (Italie)
  • Une ville immergée dans le golfe d’Hammamet (Tunisie)

Le prix a été remis en présence de la directrice générale de L’UNESCO, Mme I. Bokova, du directeur de l’Institut National du Patrimoine de Tunisie, M. Ben Moussa, de la conseillère du Ministre de la Culture italien, Mme Sgarlata, du directeur de la Mission archéologique en Syrie de l’Univ. La Sapienza (Rome), P. Matthiae, du gouverneur de la province d’Homs (Syrie), T. al-Barazi et du fils du dernier conservateur du site de Palmyre, O. Assad.

Ce prix récompense le travail de toute une équipe d’Archeodunum qui a participé durant près de 10 mois à faire sortir de terre ce site exceptionnel par sa richesse et son état de conservation. Bravo à tous !

Retrouvez ici deux articles traitant de cette récompense :

Un grand site gaulois au sud de Chalon-sur-Saône

Vue aérienne du chantier (cliché Flore Giraud)
Vue aérienne des puits fouillés au cœur de l'enclos (cliché Flore Giraud)
Fouille du puits n°1
Cuvelage en chêne du puits n°1

Une vaste opération archéologique préventive conduite par une de nos équipes, sous la responsabilité d’Amaury Collet, s’est achevée le 19 octobre dernier sur la commune de Saint-Marcel (Saône-et-Loire). Cette fouille de près de six mois, qui concernait une surface 4,3 ha prescrite par le Service régional de l’Archéologie (DRAC Bourgogne-Franche-Comté), est intervenue préalablement à la création d’une zone de compensation environnementale par la DREAL dans le cadre des travaux de réaménagement de la Route Centre-Europe Atlantique (RCEA).

Les vestiges les plus anciens du site mettent en évidence plusieurs phases d’occupation durant l’âge du Bronze (Bronze final, XIVᵉ-IXᵉ s. avant J.-C.) et au cours du premier âge du Fer (Hallstatt D, VIIᵉ-Vᵉ siècle avant J.-C.). Ces installations sont notamment matérialisées par des alignements de trous de poteau dessinant des plans de bâtiments faits de terre et de bois ainsi que des palissades. Les activités quotidiennes sont représentées par de grandes fosses polylobées destinées à l’extraction d’argiles et des vases silos semi-enterrés servant au stockage des céréales. Les morts sont également présents à proximité de l’habitat au travers de quelques sépultures à crémation isolées.

C’est dans la deuxième moitié du IIIᵉ siècle av. J.-C. que s’installe une vaste ferme gauloise qui va rester en activité jusqu’à la fin du second âge du Fer (milieu du Iᵉʳ siècle av. J.-C.). Le site se développe alors à moins de 2,5 km au sud-est de Cabillonum (l’actuel Chalon-sur-Saône), reconnu comme le port principal du territoire Eduen et un centre majeur pour l’artisanat et le commerce au croisement de plusieurs itinéraires. Cette établissement rural se développe sur près de 20 000 m² et s’organise autour d’un vaste enclos quadrangulaire de 75 m de côté qui se poursuit à l’est en dehors de l’emprise de fouille. L’intérieur de l’enclos, séparé du reste du site par un fossé originellement associé à un talus, abrite plusieurs bâtiments sur poteaux porteurs et des fosses destinées à des usages variés. La présence dans le fossé et dans d’autres structures de nombreux fragments d’amphores à vin, produit coûteux importé d’Italie, ainsi que des restes d’armement et de parures témoignent du statut privilégié d’une partie des occupants du lieu.

La fouille a révélé la présence exceptionnelle au sein de l’enclos gaulois de trois puits d’une profondeur moyenne de 4,50 m, parmi lesquels deux présentaient un cuvelage en bois de chêne dont la partie inférieure nous est parvenue dans un parfait état de conservation. Ces deux cuvelages, qui ont pu être intégralement démontés et prélevés, étaient ainsi conservés depuis le fond des puits sur une hauteur de près de 1,20 m. Le premier puits disposait d’un cuvelage soigné composé de quatre poteaux d’angles rainurés entre lesquels avaient été glissés des planches horizontales superposées, tandis que le cuvelage du deuxième puits était constitué de poutres emboîtées et superposées horizontalement suivant la technique du « blockbau ». Le caractère peu régulier des bois de ce dernier, de même que la présence sur certaines poutres de mortaises, d’encoches et de clous sans fonctions apparentes, suggèrent que son cuvelage a été conçu à l’aide de pièces de bois réemployées.

Grâce au travail des archéologues, aidés d’engins mécaniques indispensables, la fouille minutieuse de ces puits a également permis de retrouver des éléments en matières organiques piégés et conservés en milieu humide au fond des comblements. On peut mentionner la présence dans le premier puits de plusieurs fragments d’une corde et d’une attache de sceau, tandis que le deuxième puits présentait un amas spectaculaire d’éléments en bois parfois brûlés ainsi qu’une amphore et plusieurs vases écrasés. Parmi les éléments déjà identifiés se distinguent notamment une probable faisselle composée d’un demi tronc de chêne évidé et perforé, un manche de herminette (outil utilisé pour le travail du bois),  ainsi que divers éléments architecturés. A ces objets s’ajoute la présence de nombreux autres restes organiques (fruits, feuilles, branchages, graines, microfaune, etc.) qui offrent de nombreuses perspectives d’analyses paléoenvironnementales pour mieux connaître le mode de vie de ces populations.

La fouille de ce grand site gaulois au sud de Chalon-sur-Saône a donc permis la mise au jour de vestiges encore rarement connus pour l’époque. Leur étude en laboratoire débute aujourd’hui et promet encore de riches découvertes.

Amaury Collet

Ce site était ouvert lors des dernières journées du Patrimoine et vous trouverez sur cette page le communiqué de presse et la plaquette de présentation du chantier.

Cuvelage en chêne du puits n°2
Récipient en bois découvert dans le puits n°2
Manche de herminette découvert dans le puits n°2

Quand l’eau courante est arrivée à Lyon

La datation du l’aqueduc du Gier enfin révélée ?

Résultats d’une fouille archéologique des piliers du pont siphon de Beaunant

Comme nous vous en avions parlé récemment (article en ligne), la dernière fouille menée par Archeodunum sous la direction de David Baldassari porte ses fruits notamment par les résultats obtenus sur les bois découverts.

L’aqueduc du Gier, qui alimentait en eau la ville antique de Lugdunum (Lyon), est l’un des plus longs et l’un des mieux conservés du monde romain (86 km). Cet édifice spectaculaire se singularise, entre autres, par l’utilisation à quatre reprises de la technique de la conduite forcée, qui permet à l’aqueduc de franchir les vallées encaissées. Le siphon de Beaunant, qui enjambe la vallée de l’Yzeron entre les communes de Chaponost et Sainte-Foy-Lès-Lyon, est le plus imposant de ces quatre ouvrages. Ce pont, dont le programme de restauration est soutenu par la Fondation du Patrimoine et la Mission Stéphane Bern, franchissait le fond de la vallée à 17 m de hauteur, sur 270 m de long, supporté par une succession de 29 piles.

La datation de la construction de l’aqueduc du Gier a suscité de nombreux débats au sein de la communauté scientifique. Deux datations étaient couramment avancées, l’une sous le règne de l’empereur Claude (41-54 ap. J.-C.), la seconde sous le règne de l’empereur Hadrien (117-138 ap. J.-C.). Cette question est essentielle pour la connaissance de l’approvisionnement en eau de la ville de Lugdunum et, plus généralement, du développement l’ingénierie hydraulique en Gaule.

Pour tenter de répondre à cet épineux problème, le pont-siphon de Beaunant a fait récemment l’objet d’une fouille d’archéologie préventive. L’opération, confiée à l’entreprise Archeodunum et réalisée sous la responsabilité scientifique de David Baldassari, a été menée sur trois piles du pont. Elle a dévoilé des découvertes inédites et jusqu’à présent insoupçonnées, au premier rang desquelles se trouve la mise au jour de planches en bois de sapin employées pour l’assemblage d’un coffrage de maçonnerie. Les analyses dendrochronologiques, réalisées par François Blondel (laboratoire CNRS Artehis – Dijon), ont révélé que l’abattage des arbres dont sont issues les planches s’est produit en 110 de notre ère. C’est donc sous le règne de l’empereur Trajan (97-117 ap. J.-C.) qu’a probablement débuté la construction de l’aqueduc du Gier, sans exclure cependant qu’il ait été achevé sous le règne de l’empereur Hadrien.

La fouille a également permis de mettre en lumière une technique de construction jusqu’alors ignorée dans l’édification de l’aqueduc du Gier. Les piles du pont qui se trouvaient dans le lit de la rivière reposaient, en effet, sur un soubassement de 2 m de hauteur construits avec des blocs de taille en grand appareil de calcaire. Les plus grands de ces blocs mesuraient jusqu’à 1,40 m de long et pesaient près de 3 tonnes.

Les résultats de cette fouille, offrent aujourd’hui, la possibilité d’enrichir considérablement la connaissance de l’aqueduc du Gier et plus largement de l’archéologie lyonnaise.

Journées Européennes du Patrimoine 2018

Trois chantiers exceptionnellement ouverts au public pour les Journées Européennes du Patrimoine

Dans le cadre des Journées Européennes du Patrimoine, nous avons le plaisir de vous convier, le samedi 15 septembre, à trois visites de chantier. Celles-ci vous permettront de découvrir les facettes de notre discipline, ainsi que trois sites bien différents.

A Saint-Marcel (71), sur le site du Champ du Four, les Gaulois sont dans la plaine à proximité de Chalon-sur-Saône ! Plus de 1600 vestiges rendent compte d’une fréquentation des lieux entre la fin de l’âge du Bronze et la fin de l’âge du Fer (de 1300 av. J.-C. au tournant de notre ère). Outre la visite du chantier, un village d’archéologues présentera des objets recueillis sur le site, les méthodes de travail des archéologues, ainsi que l’aménagement environnemental qui viendra investir les lieux une fois les fouilles terminées.

Adresse : 70 rue du Champ du Four, 71380 Saint-Marcel

Communiqué de presse

Aménageur : DREAL de Bourgogne-Franche-Comté

A Epagny Metz-Tessy (74), au Centre Hospitalier Annecy Genevois, dans le cadre de travaux futurs, une opération archéologique explore et étudie un cimetière médiéval et les bâtiments qui l’entourent. Ce chantier a mis au jour plusieurs centaines de tombes et documente les dernières traces d’une ancienne église, ainsi que l’histoire des bâtiments encore en place, dont un habitat nobiliaire datable du 15e ou du 16e siècle.

Adresse : 1 avenue de l’hôpital, 74 330 Epagny Metz-Tessy

Communiqué de presse

Aménageur : CHANGE

À Epagny Metz-Tessy encore, c’est un important projet immobilier qui a motivé des recherches sur un château tombé dans un oubli presque complet. Aujourd’hui enserré dans l’urbanisation très dense de l’agglomération d’Epagny Metz-Tessy, ce château entouré de douves était autrefois situé au cœur des zones marécageuses du fond de vallée.

Adresse : Lieu-dit Le Château, Rue des Lucioles, 74 330 Epagny Metz-Tessy

Communiqué de presse

Aménageur : Edifim et Sogimm

Nouvelles recherches sur l’aqueduc du Gier

Vue d'ensemble de la fouille (cliché J. Pesseas)
Vue d'ensemble de la fouille (cliché J. Pesseas)
Bloc effondré (cliché J. Pesseas)
Détail de l'opus reticule qui habille l'aqueduc (cliché J. Pesseas)
Vue des bois retrouvés à la base de la pile de l'aqueduc (Cliché Archeodunum)

Une fouille d’archéologie préventive, réalisée par la société Archeodunum SAS sous la direction de David Baldassari, se déroule actuellement sur la commune de Saint-Foy-Lès-Lyon (69). Cette opération s’inscrit dans le cadre de l’aménagement de protection contre les inondations du bassin-versant de l’Yzeron porté par le SAGYRC. La fouille prescrite par le Service régional de l’archéologie de la région Auvergne-Rhône-Alpes (Ministère de la Culture), concerne 3 des 29 piles du pont siphon de Beaunant qui supportait les conduites forcées acheminant l’eau de l’aqueduc du Gier à Lugdunum.

Les premières observations réalisées par les archéologues ont révélé que la pile n° 19, conservée sur 3,90 m d’élévation, reposait sur un soubassement constitué d’un assemblage de blocs de calcaire taillés en grand appareil. Les plus grands de ces blocs mesuraient 140 cm de long par 120 cm de large et 70 cm d’épaisseur. Par ailleurs, des pièces de bois ont été identifiées contre la maçonnerie de la fondation de la pile n° 18 conservée dans le lit actuel de la rivière. Ces éléments se composent d’un pieu planté à la verticale et de plusieurs fragments de planches. Les premières constatations indiquent que le bois employé pourrait être un résineux (sapin ou pin) et que ces éléments participaient à la mise en œuvre d’un coffrage associé à la construction de la maçonnerie de fondation de la pile. Cette découverte est inédite, car ces éléments, s’ils n’ont pas été trop dégradés par le temps, pourraient permettre, par le biais d’analyses dendrochronologiques ou d’analyses C14, d’obtenir de nouveaux éléments de datation pour la construction de l’aqueduc du Gier.

Rappelons que la datation de la construction de cet ouvrage majeur suscite encore aujourd’hui de nombreux débats au sein de la communauté scientifique. Deux datations sont couramment avancées, l’une sous le règne de l’empereur Claude (41-54 ap. J.-C.), la seconde sous le règne de l’empereur Hadrien (117-138 ap. J.-C) (cf. article Desbat 2011).

La fouille archéologique se déroulera jusqu’au 3 août 2018, permettant aux archéologues de collecter un maximum de données, qui après études et analyses, approfondiront les connaissances déjà acquises sur le pont siphon de Beaunant et plus généralement sur l’aqueduc du Gier.

David Baldassari

Notons que la société Archeodunum intervient depuis plus de 10 ans sur les aqueducs qui alimentaient Lugdunum, comme par exemple…

Retour sur le chantier de Saint-Aubin

Parures celtiques découvertes à Saint-Aubin (Aube) au sein des tombes de la “Gloriette”

Un torque exceptionnel orné de figures humaines (tombe féminine - 4e-3e s. av. J.-C.)
Paire de fibules en bronze ornée de corail
Détail d'un torque issu d'une tombe féminine datée du 4e s. av. J.-C.
Fibules en bronze dont une ornée de corail
Parure issue d'une tombe du 3e s. av. J.-C.

(Crédits photos : A. Mailler/Bibracte pour Archeodunum)

Monuments aux mort.e.s dans le Nogentais

En 2014, une équipe d’archéologues des entreprises Paléotime et Archeodunum a exploré un terrain de plus de deux hectares sur la commune de Saint-Aubin (Aube). Ces travaux se sont inscrits en préalable à l’extension d’un centre de traitement de déchets, pour le compte de la société SITA/Suez.

Le site occupe le flanc d’une petite colline nommée « La Gloriette », qui domine le cours de l’Ardusson, un affluent de la Seine. À cet emplacement, les archéologues ont eu la chance rare de fouiller la totalité d’une nécropole de la fin de l’âge du Bronze puis de l’âge du Fer (9e à 3e siècle av. J.-C.).

Les monuments de l’âge du Bronze et du Premier âge du Fer prennent la forme de vastes tertres circulaires, dont subsistent les fossés périphériques et des tombes à crémation.

Au Second âge du Fer, la pratique de l’inhumation prend le relais. La nécropole de « La Gloriette » abrite une quarantaine de tombes, regroupées en huit enclos quadrangulaires souvent marqués par un fossé. La plupart des défunts étaient inhumés avec de la parure et/ou des armes, dont la très grande qualité révèle le haut statut de leurs propriétaires.

Parmi ces objets, sept torques (tours de cou) en bronze sont des parures féminines. Toutes différentes, leurs ornementations sont d’une remarquable finesse. Plusieurs fibules (broches) associent le bronze et le corail. Nous présentons ici une sélection de cette joaillerie d’exception.

Bien plus tard, aux 9e et 10e siècles apr. J.-C. (époque carolingienne), à 150 m à l’est, un nouveau cimetière regroupe une douzaine d’inhumations. Aucun objet n’a été découvert dans les tombes.

Dans leur ensemble, les traces de ces monuments funéraires renvoient aux diverses manières dont les sociétés humaines se comportent à l’égard de leurs morts : crémations ou inhumations, grands monuments ou caveaux familiaux, abondance ou absence d’objets accompagnant les défunts, en sont quelques aspects.

Les grands monuments de l’âge du Bronze marquent durablement le paysage et semblent inaugurer et conférer, pour plusieurs siècles, un caractère funéraire au site. Peut-être renforcée par une occupation de même nature au sommet de la colline, la position privilégiée de ce petit cimetière structure le paysage, et affirme le prestige des vivants et leur domination sur les alentours.

Enfin, en dépit d’une très mauvaise conservation des squelettes, l’étude fine des ossements a notamment permis d’entrevoir la vie quotidienne. Dans ce domaine et pour la période gauloise, il faut signaler les traces répétées d’une usure atypique des dents, qui renvoie au travail des fibres ou du cuir.

Les élites celtiques de « La Gloriette », tant hommes que femmes, sont donc également (et peut-être avant tout) des artisans. Dans ce sens, il est plaisant de penser qu’à l’image de l’armement et de la joaillerie de qualité, parfois exceptionnelle, qui les accompagnent dans la mort, ces hommes et ces femmes ont été de leur vivant des maîtres dans leur spécialité.


Une sélection du mobilier issu du site de Saint-Aubin « La Gloriette » est présentée dans le cadre de l’exposition « Les Sénons » qui se tient du 19 mai au 29 octobre 2018 au Palais synodal de Sens et au musée des Beaux-Arts et d’Archéologie de Troyes. Articulée autour de cinq thèmes (1. Les Sénons avant les Sénons en Europe celtique ; 2. Les Sénons entrent dans l’Histoire ; 3. Croyances religieuses, monde des morts et société ; 4. Territoire, production et consommation ; 5. Les Sénons après la conquête), cette exposition exceptionnelle offre, pour la première fois, un panorama exhaustif sur l’un des peuples les plus fameux de la Gaule, que César classera « parmi les plus puissants et qui jouit parmi les autres d’une grande autorité ».

Commune: Saint-Aubin
Adresse / lieu-dit: La Gloriette
Département / Canton : Aube (10)
Pays: France

Date de l’intervention:
du 25/08/2014 au 31/10/2014

Période(s) concernée(s): Age du Bronze ; Age du Fer ; Moyen-Age ;

Raison de l’intervention:
Extension d’un centre de traitement des déchets

Responsable d’opération: Guillaume VARENNE (Paléotime)
Etude du mobilier métallique: Amaury Collet (Archeodunum)
Etude anthropologique: David Gandia (Archeodunum)


Suivi scientifique:
SRA Grand-Est
Aménageur: SITA Dectra/SUEZ

Carte

Une nécropole et des traces d’artisanat de l’âge du Fer mis au jour à Dax (Landes)

Vue aérienne du site (Cliché Sam John - Archeodunum)
Sépulture à crémation dans une urne du premier âge du Fer (cliché Archeodunum)
Grenier du premier âge du Fer (cliché Archeodunum)
Fragment de sole perforée de four retrouvée au fond d'une fosse (cliché Archeodunum)

La fouille de Dax, préalable à la construction du premier « village Alzheimer » de France, a débuté le 8 novembre 2017 et s’est achevée le 16 février 2018. Menée par huit archéologues, sous la direction de Alexandre Lemaire et Stéphany Lemaître, elle a offert un regard diachronique sur l’occupation rurale d’un secteur proche de la ville antique, à travers une fenêtre de 2,5 ha.

Les installations successives ont été conditionnées par la présence, dans l’axe médian de l’emprise de fouille, d’un fond de vallon qui draine encore aujourd’hui les eaux météoriques, conférant au secteur un caractère particulièrement humide tout au long de son histoire. Les vestiges s’étendent sur une aire chronologique qui débute à la période néolithique et s’achève à la période contemporaine, et soulignent les efforts ininterrompus des occupants pour drainer le site.

Deux ensembles fonctionnels se distinguent toutefois : à l’est du thalweg, une petite nécropole à crémations du premier âge du Fer (VIIème-VIème s. a.C.) témoigne probablement de la proximité de l’habitat d’une petite communauté (une quinzaine de tombes). A l’ouest du thalweg, les vestiges tendent à caractériser un secteur artisanal marqué par une demi-douzaine de fours démolis et par les ancrages des structures porteuses d’au moins quatre bâtiments édifiés en terre et bois, dont deux probables greniers. La chronologie et la contemporanéité des ces structures reste à établir, mais une partie des fours semble d’ores-et-déjà orienter l’activité vers la production de sel gemme (présence d’augets rectangulaires à pâte violacée par réaction chimique au contact du sel), susceptible d’ancrer l’origine des salines dacquoises dans une histoire bien plus ancienne que celle qui était jusque-là envisagée.

Alexandre Lemaire


Et retrouvez le reportage effectué pendant la fouille par la société Dia!Films pour la web-tv du département des Landes.