Archives de catégorie : Antiquité

Détail du sol de l'édifice en opus signinum

Résultats de la campagne de fouilles 2019 du sanctuaire romain de Montenero Sabino (Italie)

Résultats de la campagne de fouilles 2019 du sanctuaire romain de Montenero Sabino (Italie)

Vue du bourg médiéval de Montenero Sabino (Rieti, Italie)
Vue des tranchées ouvertes pour le chantier de fouille du sanctuaire de "Leone"
Vue des tranchées ouvertes pour le chantier de fouille du sanctuaire de "Leone"
Dégagement en cours du sol de l'édifice
Dégagement en cours du sol de l'édifice
Détail du sol de l'édifice en opus signinum
Détail du sol de l'édifice en opus signinum

Crédits photos Fouille de Montenero Sabino

Une première campagne de sondages, conduite du 15 juin au 15 juillet, sur le site antique de Montenero Sabino (Rieti), à une soixantaine de kilomètres au nord-est de Rome dans le Latium en Italie, a livré des résultats très encourageants : les vestiges et le mobilier découverts, en cours d’étude, permettent d’avancer plusieurs hypothèses concernant l’organisation spatiale, la fonction et la datation du site, qui déboucheront dès 2020 sur des fouilles plus extensives.

Ce nouveau chantier-école de l’Université Lumière Lyon 2, dont Archeodunum est partenaire, a mobilisé une douzaine d’étudiant.es du Master « Archéologie Sciences pour l’Archéologie » et de spécialistes en archéologie. Cette fouille est dirigée par Aldo Borlenghi et Matthieu Poux, enseignants-chercheurs à l’Université et membres du Laboratoire Archéologie et Archéométrie (CNRS / Université Lumière Lyon 2 / Université Claude Bernard Lyon 1), assistés de Clément Chavot, Camille Nouet et Elio Polo, salariés d’Archeodunum.

Un sanctuaire dédié à la déesse sabine Vacuna ?

Bien qu’identifié depuis des décennies par les prospecteurs/trices et les archéologues locaux/ales, le site archéologique situé au sein d’une vallée des Apennins rattachée au territoire des Sabins antiques, conquis par Rome dans la première moitié du IIIe siècle avant J.-C, n’avait jamais fait l’objet de recherches approfondies jusqu’à ce jour.

Une grande stèle inscrite de la deuxième moitié du Ier s. av. J.-C., découverte dans les années 1950, comporte une dédicace privée à Vacuna, déesse topique bien attestée en territoire sabin et assimilée par les Romains sous l’Empire principalement à la déesse Victoria. Cette dea Vacuna a des liens avec les cultes de la fertilité de la terre, ainsi qu’avec le culte de l’eau et ses vertus curatives ; elle est aussi la divinité qui permet de mener à bien un projet ou une action.

Un grand édifice maçonné d’époque républicaine

Entièrement recouvert par la végétation, le site occupe au moins trois niveaux de terrasses soutenues par des murs en pierre sèche affleurant à la surface de l’humus.

Le tiers occidental de la terrasse centrale est occupé par un ensemble bâti constitué de nombreuses structures maçonnées d’époque romaine : en particulier, plusieurs sols en opus signinum ornés de lignes de tesselles blanches, qui composent des décors caractéristiques de l’époque républicaine (IIIe ou IIe siècle avant J.-C.). Ces structures ont permis d’individualiser trois grandes pièces adjacentes précédées à l’est d’un large portique ou vestibule cloisonné qui semblent constitutives d’un seul et même bâtiment quadrangulaire. Une empreinte de demi-colonne visible sur le sol en face des trois pièces indiquerait la présence de colonnes qui en articulaient l’espace.

Ni l’organisation interne, ni la nature exacte de cet édifice n’ont pu être déterminées cette année. Malgré son plan asymétrique, il peut tout aussi bien correspondre à un temple de plan étrusco-italique ou apparenté, qu’à une maison à pastas avec des structures annexes comme une salle à banquets, liées au fonctionnement du culte tel que décrit dans les textes ou représenté sur un bas-relief.

Premiers indices d’un culte rendu à une divinité féminine

Le matériel récolté dans le bâtiment ou à ses abords immédiats est relativement abondant : en particulier, plusieurs ex-votos en terre cuite, de nombreux fragments de lampes, de céramiques à vernis noir, sigillées et communes, une monnaie grecque et des restes fauniques, couvrant une large période qui s’échelonne du IIIe siècle avant J.-C. à la première moitié du Ier siècle après J.-C.

Parmi les ex-votos anatomiques, se signale la présence d’au moins un utérus bien conservé et de plusieurs fragments, dont celui d’un pied : la partie du corps représentée et offerte à la divinité indique l’organe ou le membre pour lequel on demande et on obtient la guérison. Un visage fragmentaire en terre cuite, appartenant peut-être à une tête ou à une statue, pourrait également constituer un ex-voto ou un fragment de décor architectural.

La découverte d’un sanctuaire de la déesse Vacuna, qui sera le premier à bénéficier de fouilles extensives planifiées sur au moins trois ans (2020-2022), soulève de nombreuses questions, fondamentales pour appréhender l’organisation religieuse et politique du territoire sabin avant la conquête et sa romanisation au cours des derniers siècles qui ont précédé le changement d’ère.

Stèle inscrite, découverte dans les années 1950, avec une dédicace à Vacuna
Stèle inscrite, découverte dans les années 1950, avec une dédicace à Vacuna
Cratère miniature à vernis noir
Cratère miniature à vernis noir
Ex-voto anatomique représentant un utérus du type « a ciabatta »
Ex-voto anatomique représentant un utérus du type « a ciabatta »

Crédits photos Fouille de Montenero Sabino

Retour sur l’établissement antique de Vaulx-Milieu et ses nécropoles

Vue aérienne générale du secteur 3, au centre le bâtiment principal de l’exploitation antique (Cliché : Flore Giraud)
Vase en verre retrouvé intact dans une tombe à crémation
Tombe à inhumation en imbrex de périnatal
Tombe à inhumation en bâtière de périnatal
Balsamaire et petite cruche bichrome déposés dans une tombe à crémation

L’établissement rural et les nécropoles antiques de Vaulx-Milieu (Isère)

Présentation générale

L’opération de fouille préventive réalisée sur le site de Vaulx-Milieu – « Les Brosses et Les Croisettes » a été réalisée entre le 24 juillet et le 24 novembre 2017. Le rapport de fouille, en cours de finalisation, nous permet de revenir sur ce site antique et sur ses nécropoles associées.

Cette fouille a eu lieu dans le cadre d’un vaste projet d’aménagement lié à l’extension vers l’est de l’actuelle ZAC du Parc Technologique, à 5 km à l’ouest de Bourgoin-Jallieu et à proximité immédiate des anciens marais de La Verpillère. Bien que le potentiel archéologique de ce secteur soit connu depuis de nombreuses années, aucune fouille archéologique de cette envergure n’y avait encore été menée. L’emprise prescrite, encadrée au nord par l’autoroute A43 et par la route D1006 (ancienne RN6) au sud, a permis d’étudier une surface totale de 39 800 m² répartie en 5 secteurs distincts. Plusieurs indices d’occupations y ont été mis au jour. Les premières traces se rapportent à la fin de la Protohistoire (La Tène D2b) et correspondent à des ensembles de structures en creux (fosses et trous de poteau) pour lesquels il est difficile de proposer une organisation cohérente. Il semble en effet qu’une partie des vestiges ait été effacée par les installations postérieures.

L’établissement rural

L’essentiel des découvertes concerne l’Antiquité. Une première occupation, matérialisée par un petit bâtiment maçonné carré de 7 m de côté, a livré les traces d’une fréquentation au cours de la seconde moitié du Ier s. apr. J.‑C. Suite à son abandon et à sa démolition, un second édifice plus vaste (600 m²) est fondé à une vingtaine de mètres plus à l’ouest. Il prend la forme d’un grand rectangle comportant un ensemble de pièces et d’espaces disposés en périphérie d’une cour intérieure. Sa fouille a mis en évidence les indices d’une activité agricole importante avec notamment un vaste espace de stockage comportant un plancher disposé sur un vide sanitaire. On note également l’adjonction d’un espace sous appentis appuyé contre sa façade méridionale et abritant une forge. Cet établissement rural est occupé entre la fin du Ier s. apr. J.‑C. et le début du Ve s., il a connu au moins deux incendies au cours de son occupation.

Cette fouille a également permis la découverte de deux ensembles funéraires antiques pouvant être rattachés à l’établissement agricole : une première nécropole regroupant des sépultures secondaires à crémations (à 100 m au nord-ouest du bâtiment) et une seconde dédiée aux inhumations de périnataux (à 20 m au nord du bâtiment). L’organisation spatiale de ces différents éléments ainsi que leur chronologie sont en effet cohérentes et permettent d’appréhender la gestion des morts dans un contexte bien défini.

La nécropole à crémations : les adultes

La vingtaine de tombes qui compose cet espace funéraire est centrée sur la seconde moitié du IIe s. apr. J.‑C. La plus précoce (100‑150 apr. J.-C.) est une des plus richement dotées et appartient à un adolescent. Toutes les autres tombes sont celles d’individus de taille adulte.

Plusieurs éléments caractérisent cette nécropole et en font un cas original.

Toutes les tombes ont fait l’objet d’un dépôt des résidus de crémation directement dans la fosse. La majorité du mobilier mis au jour provient du bûcher et a souffert de l’exposition au feu. Il semble y avoir une bipartition de l’espace funéraire, entre est et ouest, vraisemblablement induite par une différence de statut social. Cela se traduit par la richesse et la quantité de mobilier (diversité des offrandes, phénomène de thésaurisation d’objets, présence de récipients en verre, en alliage cuivreux, offrandes alimentaires plus ou moins variées…) et par la morphologie de la sépulture (système d’alcôve latérale, dimensions).

Des analyses physicochimiques réalisées sur trois récipients en verre ont permis de dire que, dans deux cas au moins, ils avaient été déposés remplis dans la tombe. Un fort signal de raisin indique ainsi la présence de vin ou de vinaigre, mélangé à une huile végétale parfumée, et dans un cas à de la cendre végétale (préparation de type savon) et dans un autre à un corps gras animal (probablement un produit laitier). Ces mélanges sont étonnants d’autant qu’ils se retrouvent dans des récipients totalement différents, à savoir deux balsamaires et un modiolus, et dans deux tombes éloignées spatialement et chronologiquement.

L’utilisation de tuiles dans ces structures liées à la crémation est, à notre connaissance, également originale. Les imbrices notamment semblent avoir été utilisées comme réceptacles durant la cérémonie funéraire (pour y déposer des offrandes, de l’encens ?) avant d’être placées dans la tombe, mais sans codification particulière, leur position étant chaque fois différente.

La nécropole à inhumations : les périnataux

Les 24 inhumations recensées au sein de ce second espace funéraire se caractérisent par l’emploi systématique de tuiles, le plus souvent il s’agit d’une imbrex servant de réceptacle pour le corps, elle est parfois surmontée d’une seconde imbrex qui vient recouvrir le défunt. Une seule sépulture se caractérise par un dépôt en amphore. Une autre sépulture comprend une bâtière constituée de quatre tegulae et enfin deux tombes présentent des coffrages plus ou moins sommaires constitués de tuiles, de pierres et de galets.

En l’absence de mobilier, seules quelques tegulae et un récipient en céramique, offrent un TPQ au IIe siècle après J.-C. Cette datation et la localisation de la nécropole permettent d’établir sa contemporanéité avec l’occupation du bâtiment.

Jérôme Grasso et Marie-José Ancel

Modiolus déposé dans une tombe à crémation
Modiolus (cliché : D. Baldassari
Balsamaire et petite cruche bichrome (cliché : D. Baldassari)

Remise du prix Khaled Al-Asaad pour le chantier de Sainte-Colombe

Le chantier archéologique de Sainte-Colombe (France) – Le Bourg, dirigé par B. Clément pour la société Archeodunum et surnommé par la presse la « Petite Pompéi viennoise », a reçu vendredi 16 novembre 2018 l’International Archaeological Discovery Award « Khaled Al-Asaad », lors du XXIe congrès du Mediterranean Exchange of Archaeological Tourism, à Paestum (Italie).

Ce prix existe depuis 2015, en hommage à Khaled al-Asaad, conservateur du site de Palmyre, assassiné par Daech et il est remis pour récompenser les découvertes exceptionnelles de l’année autour de la Méditerranée (en savoir plus).

Cette année, outre le site de Sainte-Colombe, le prix reconnaît la découverte de quatre autres sites majeurs :

  • Le Gymnase hellénistique d’Al Fayoum (Egypte)
  • Le plus ancien port d’une ville sumérienne à Abu Tbeirah (Irak)
  • La domus du Centurion découverte sur le métro à Rome (Italie)
  • Une ville immergée dans le golfe d’Hammamet (Tunisie)

Le prix a été remis en présence de la directrice générale de L’UNESCO, Mme I. Bokova, du directeur de l’Institut National du Patrimoine de Tunisie, M. Ben Moussa, de la conseillère du Ministre de la Culture italien, Mme Sgarlata, du directeur de la Mission archéologique en Syrie de l’Univ. La Sapienza (Rome), P. Matthiae, du gouverneur de la province d’Homs (Syrie), T. al-Barazi et du fils du dernier conservateur du site de Palmyre, O. Assad.

Ce prix récompense le travail de toute une équipe d’Archeodunum qui a participé durant près de 10 mois à faire sortir de terre ce site exceptionnel par sa richesse et son état de conservation. Bravo à tous !

Retrouvez ici deux articles traitant de cette récompense :

Quand l’eau courante est arrivée à Lyon

La datation du l’aqueduc du Gier enfin révélée ?

Résultats d’une fouille archéologique des piliers du pont siphon de Beaunant

Comme nous vous en avions parlé récemment (article en ligne), la dernière fouille menée par Archeodunum sous la direction de David Baldassari porte ses fruits notamment par les résultats obtenus sur les bois découverts.

L’aqueduc du Gier, qui alimentait en eau la ville antique de Lugdunum (Lyon), est l’un des plus longs et l’un des mieux conservés du monde romain (86 km). Cet édifice spectaculaire se singularise, entre autres, par l’utilisation à quatre reprises de la technique de la conduite forcée, qui permet à l’aqueduc de franchir les vallées encaissées. Le siphon de Beaunant, qui enjambe la vallée de l’Yzeron entre les communes de Chaponost et Sainte-Foy-Lès-Lyon, est le plus imposant de ces quatre ouvrages. Ce pont, dont le programme de restauration est soutenu par la Fondation du Patrimoine et la Mission Stéphane Bern, franchissait le fond de la vallée à 17 m de hauteur, sur 270 m de long, supporté par une succession de 29 piles.

La datation de la construction de l’aqueduc du Gier a suscité de nombreux débats au sein de la communauté scientifique. Deux datations étaient couramment avancées, l’une sous le règne de l’empereur Claude (41-54 ap. J.-C.), la seconde sous le règne de l’empereur Hadrien (117-138 ap. J.-C.). Cette question est essentielle pour la connaissance de l’approvisionnement en eau de la ville de Lugdunum et, plus généralement, du développement l’ingénierie hydraulique en Gaule.

Pour tenter de répondre à cet épineux problème, le pont-siphon de Beaunant a fait récemment l’objet d’une fouille d’archéologie préventive. L’opération, confiée à l’entreprise Archeodunum et réalisée sous la responsabilité scientifique de David Baldassari, a été menée sur trois piles du pont. Elle a dévoilé des découvertes inédites et jusqu’à présent insoupçonnées, au premier rang desquelles se trouve la mise au jour de planches en bois de sapin employées pour l’assemblage d’un coffrage de maçonnerie. Les analyses dendrochronologiques, réalisées par François Blondel (laboratoire CNRS Artehis – Dijon), ont révélé que l’abattage des arbres dont sont issues les planches s’est produit en 110 de notre ère. C’est donc sous le règne de l’empereur Trajan (97-117 ap. J.-C.) qu’a probablement débuté la construction de l’aqueduc du Gier, sans exclure cependant qu’il ait été achevé sous le règne de l’empereur Hadrien.

La fouille a également permis de mettre en lumière une technique de construction jusqu’alors ignorée dans l’édification de l’aqueduc du Gier. Les piles du pont qui se trouvaient dans le lit de la rivière reposaient, en effet, sur un soubassement de 2 m de hauteur construits avec des blocs de taille en grand appareil de calcaire. Les plus grands de ces blocs mesuraient jusqu’à 1,40 m de long et pesaient près de 3 tonnes.

Les résultats de cette fouille, offrent aujourd’hui, la possibilité d’enrichir considérablement la connaissance de l’aqueduc du Gier et plus largement de l’archéologie lyonnaise.

Nouvelles recherches sur l’aqueduc du Gier

Vue d'ensemble de la fouille (cliché J. Pesseas)
Vue d'ensemble de la fouille (cliché J. Pesseas)
Bloc effondré (cliché J. Pesseas)
Détail de l'opus reticule qui habille l'aqueduc (cliché J. Pesseas)
Vue des bois retrouvés à la base de la pile de l'aqueduc (Cliché Archeodunum)

Une fouille d’archéologie préventive, réalisée par la société Archeodunum SAS sous la direction de David Baldassari, se déroule actuellement sur la commune de Saint-Foy-Lès-Lyon (69). Cette opération s’inscrit dans le cadre de l’aménagement de protection contre les inondations du bassin-versant de l’Yzeron porté par le SAGYRC. La fouille prescrite par le Service régional de l’archéologie de la région Auvergne-Rhône-Alpes (Ministère de la Culture), concerne 3 des 29 piles du pont siphon de Beaunant qui supportait les conduites forcées acheminant l’eau de l’aqueduc du Gier à Lugdunum.

Les premières observations réalisées par les archéologues ont révélé que la pile n° 19, conservée sur 3,90 m d’élévation, reposait sur un soubassement constitué d’un assemblage de blocs de calcaire taillés en grand appareil. Les plus grands de ces blocs mesuraient 140 cm de long par 120 cm de large et 70 cm d’épaisseur. Par ailleurs, des pièces de bois ont été identifiées contre la maçonnerie de la fondation de la pile n° 18 conservée dans le lit actuel de la rivière. Ces éléments se composent d’un pieu planté à la verticale et de plusieurs fragments de planches. Les premières constatations indiquent que le bois employé pourrait être un résineux (sapin ou pin) et que ces éléments participaient à la mise en œuvre d’un coffrage associé à la construction de la maçonnerie de fondation de la pile. Cette découverte est inédite, car ces éléments, s’ils n’ont pas été trop dégradés par le temps, pourraient permettre, par le biais d’analyses dendrochronologiques ou d’analyses C14, d’obtenir de nouveaux éléments de datation pour la construction de l’aqueduc du Gier.

Rappelons que la datation de la construction de cet ouvrage majeur suscite encore aujourd’hui de nombreux débats au sein de la communauté scientifique. Deux datations sont couramment avancées, l’une sous le règne de l’empereur Claude (41-54 ap. J.-C.), la seconde sous le règne de l’empereur Hadrien (117-138 ap. J.-C) (cf. article Desbat 2011).

La fouille archéologique se déroulera jusqu’au 3 août 2018, permettant aux archéologues de collecter un maximum de données, qui après études et analyses, approfondiront les connaissances déjà acquises sur le pont siphon de Beaunant et plus généralement sur l’aqueduc du Gier.

David Baldassari

Notons que la société Archeodunum intervient depuis plus de 10 ans sur les aqueducs qui alimentaient Lugdunum, comme par exemple…

Une maison néolithique et des vestiges gallo-romains à Ars-en-Saintonge (Charente)

Photo du site par drone. Au second plan, le château de la Maison Ferrand (© 3DRView / Archeodunum)
Bâtiment « naviforme » néolithique, vue par drone depuis le sud (© 3DRView / Archeodunum)
Bâtiment carré de l’angle sud-est de l’enclos principal, vue par drone depuis le sud (© 3DRView / Archeodunum)
Bâtiment rectangulaire sur tranchées plantées de poteaux, vue par drone depuis le sud (© 3DRView / Archeodunum)

La fouille de Ars, en Charente, près de Cognac, a été conduite à la fin de l’année 2016 par Alexandre Lemaire. Préalable à la construction d’un chai par la maison Ferrand, productrice de spiritueux, elle a permis d’ouvrir une fenêtre de 7000 m². Après la phase nécessaire d’étude, nous sommes heureux de pouvoir présenter les premiers résultats de cette fouille fructueuse, qui a notamment mis au jour une maison néolithique et un enclos rural du début du Haut-Empire (Ier s. p.C.), présentant deux états successifs associé à deux bâtiments.

La maison néolithique se situe au centre de l’emprise de fouille. Il s’agit d’un bâtiment « naviforme » de 13,90 m de longueur et 5,80 m de largeur maximale. Ce type d’édifice « naviforme » fondé sur poteaux et tranchées n’est pas sans évoquer les bâtiments « en amande » ou « piriformes » du Néolithique final et du Bronze ancien mis au jour ces dernières années en Bretagne et dans le Calvados . La datation radiocarbone d’un charbon prélevé dans l’un des deux poteaux de l’entrée du bâtiment tend à valider l’attribution au Néolithique final. Enfin, le matériel lithique collecté sur le site, majoritairement en position résiduelle au sein des structures plus récentes, présente une homogénéité forte et correspond à une industrie lithique de la fin du Néolithique Centre-Ouest (néolithique récent peu richardien ou néolithique final artenacien) qui détermine un contexte favorable à l’attribution chronologique de notre bâtiment.

L’occupation du Haut-Empire se signale par un enclos fossoyé quadrangulaire, presque carré, dont le fossé occidental se poursuit en direction du nord, au-delà de la limite d’emprise. La partie enclose s’inscrit dans un espace de 60 à 70 mètres de côté, fossés compris, délimitant une surface totale de 4043 m² et une surface utile d’environ 3685 m². Les tessons collectés au sein des fossés orientent une datation centrée sur la première moitié du Ier s. p.C.. Une partition interne, matérialisée par un tronçon de fossé d’à peine 10 m de longueur, orienté nord-sud et déconnecté des fossés de ceinture, marque une limite dans l’axe médian de l’enclos.

Dans l’angle sud-est de l’enclos, un premier bâtiment correspond à un ensemble presque carré de 7,5 m par 7,65 m, délimité par des tranchées de fondation probablement destinées à accueillir des séries de poteaux. Aucun mobilier n’y a été mis au jour, à l’exception d’un anneau en fer de datation ubiquiste. Les façades orientale et occidentale du bâtiment paraissent interrompues et peuvent déterminer des points d’accès ou, plus probablement, correspondre à des sections de cloisons non porteuses, fondées plus légèrement, dans une architecture à double pans. Cinq structures en creux de petit module ont été relevées à l’intérieur du bâtiment. Le lien entre cet espace bâti et des vidanges de foyers observées à son aplomb, dans les fossés de ceinture, témoigne d’une activité culinaire liée à une consommation de coquillages et tend à inscrire le bâtiment carré dans une activité domestique.

Un second aménagement pouvant servir à enclore un espace se superpose ensuite partiellement au premier. Il s’agit d’un ensemble de structures fossoyées, essentiellement linéaires, localisé au niveau de la moitié orientale de l’enclos principal, reprenant l’axe de l’ancien fossé de partition comme limite occidentale. Identifiées comme une série de tranchées ou de sections peu profondes de fossés, ces structures paraissent dessiner un fossé discontinu délimitant un espace de forme peu ou prou trapézoïdale d’environ 1800 m². Un lot de céramiques permet une datation assez précise de l’ensemble dès le milieu du Ier s. p.C.. La mise en place du système fossoyé secondaire marque l’abandon du premier, sans que l’on puisse déterminer s’il s’agit d’une simple rétractation de l’espace originel ou d’un changement de fonction du site, par exemple au profit d’une activité agro-pastorale dénuée d’occupation domestique.

Enfin, un dernier ensemble bâti longe à la fois le fossé de partition du premier enclos et la limite occidentale du deuxième système fossoyé. Très mal conservé, il ne subsiste que par des fonds de tranchées de sablières associés à quelques ancrages de poteaux. En l’état, ce bâtiment reste non daté, mais sa bonne insertion dans les plans des deux enclos du Haut-Empire peut plaider pour leur association.

L’espace doublement enclos contenait encore deux fosses de bonnes dimensions qui se rapportent à la période gallo-romaine. L’une d’entre elles a livré de nombreux restes de malacofaune, quelques restes de céramique et amphores, ainsi qu’une petite herminette en fer assez bien conservée. Enfin, un puits, profond de 2,80 m, occupe également l’espace deux fois enclos ; son comblement terminal peut être situé dans la deuxième moitié du Ier s. p.C. et il est probable que ce puits ait alimenté en eau les deux occupations successives du Haut-Empire.

Le développement de petits établissements inscrits dans le giron agro-pastoral au début du Haut-Empire ainsi que leur abandon assez rapide, avant le Bas-empire, est un phénomène courant qui a par exemple été observé en Picardie, dans le Berry ou encore en Beauce. C’est le cas à Ars, où l’abandon ou la restructuration du premier enclos intervient dès le milieu du Ier s. p.C. et où l’occupation du site ne semble pas perdurer dans le IIème s. p.C.. Les données sur le secteur sont encore trop lacunaires pour permettre d’intégrer le site à un schéma de développement des campagnes susceptible, par exemple, de relier l’abandon de petites fermes à la mise en place de plus grands établissements. Mais avec cinq autres enclos fossoyés repérés en prospection aérienne, la mention d’une « villa », et la proximité de la voie qui reliait Saintes à Périgueux, le territoire de la commune offre de bonnes perspectives pour l’exploitation de ces problématiques.

Alexandre Lemaire (coll. Bruno Bioul)