Fig. 2 : Restes organiques dans un paléochenal

Et au milieu coulait une rivière

Et au milieu coulait une rivière.

Des Gaulois et des Romains dans la plaine des Tilles.

Au cours de l’été 2020, l’entreprise Archeodunum a réalisé une fouille archéologique au lieu-dit « les Grands Pâtis », sur la commune de Champdôtre (21). Cette opération, prescrite par le Service régional de l’archéologie de Bourgogne-Franche-Comté, était un préalable à l’extension d’une carrière de sable exploitée par la société Maggioni SA. Sur 15 000 m2 au cœur de la plaine des Tilles, Elio Polo et son équipe ont exploré les traces de communautés agricoles gauloises et romaines installées de part et d’autre d’un cours d’eau disparu.

Une rivière disparue, mine de données pour les scientifiques

Bien avant les occupations gauloises et antiques, le site est traversé par une rivière qui semble active vers 10 000 avant J.-C. (fin du Tardigalciaire / début de l’Holocène) (fig. 1). Ce cours d’eau serpentait dans le vaste couloir alluvial actuellement parcouru par la Tille et l’Ouche. Son passage a creusé de nombreux sillons entre des buttes situées au nord et au sud du site.
Une fois colmatés, les anciens chenaux sont restés très humides. Leur comblement tourbeux a piégé et conservé énormément de restes organiques, bois, graines et pollens, qui livrent de précieux renseignements sur l’environnement et le climat (fig. 2). Pour approfondir l’analyse, une collaboration a été mise en place avec le laboratoire Chrono-Environnement de l’Université de Besançon (fig. 3).

Fig. 1 : Vue aérienne de la fouille.
Fig. 1 : Vue aérienne de la fouille.
Fig. 2 : Restes organiques dans un paléochenal
Fig. 2 : Restes organiques dans un paléochenal
Fig. 3 : Le laboratoire Chrono-Environnement de Besançon au travail
Fig. 3 : Le laboratoire Chrono-Environnement de Besançon au travail

Les Gaulois puis les Romains sont dans la plaine

Hormis quelques indices du Néolithique (5000-2000 av. J.-C.), une première fréquentation des lieux semble intervenir à la fin de l’Âge du Bronze (1000-800 av. J.-C.), au sud de la fouille, sous la forme d’un fossé de plan courbe – peut-être un enclos circulaire ?
Ensuite, c’est à la fin de la période gauloise et principalement à l’époque romaine que l’on retrouve des occupants au contact de la zone humide (fig. 6) .
Au Ier siècle avant J.-C., des fosses sont ainsi creusées dans un des bras de l’ancienne rivière – peut-être pour en extraire de la tourbe ? Un fer de hache y a été trouvé (fig. 4).

Fig. 4 : Fer de hache
Fig. 4 : Fer de hache
Fig. 5 : Squelette de chien
Fig. 5 : Squelette de chien
Fig. 6 : Plan général des vestiges.
Fig. 6 : Plan général des vestiges.

Au nord, des enclos pour le bétail 

Au début de l’époque romaine (Ier siècle après J.-C.), un chemin relie le paléochenal à un réseau de fossés situés au nord de la fouille. Ceux-ci dessinent de vastes enclos, que l’on pense destinés au bétail. À l’intérieur, des empreintes de poteaux évoquent des clôtures, des palissades ou des bâtiments. Plusieurs dizaines de fosses émaillent la zone, creusées dans le sable et le gravier. L’une d’elles contenait le squelette d’un chien (fig. 5).

Franchir l’ancienne rivière

Entre la fin du Ier siècle et le début du IIe siècle de notre ère, un nouveau chemin traverse le chenal principal. Large de près de 6 mètres, il est bordé par deux grands fossés, dont l’un renvoie les eaux vers l’ouest. De nombreux objets en poterie et en métal en sont issus (fig. 7).
Plus tard, un apport massif de graviers comble les fossés et le chemin. Pour Elio et son équipe, il s’agit d’opérations d’assainissement facilitant le franchissement de la zone humide.
Ici également, le contexte est favorable à la conservation d’objets, qui ailleurs n’auraient pas résisté aux outrages du temps : éléments organiques (noisettes, glands…), ou témoins des activités humaines, tels que des fragments de pieux (fig. 8) ou une semelle en cuir encore munie de ses clous (fig. 9).

Fig. 7 : Fibule en bronze
Fig. 7 : Fibule en bronze
Fig. 8 : Fragment de pieu
Fig. 8 : Fragment de pieu
Fig. 9 : Fragment de semelle en cuir encore munie de ses clous
Fig. 9 : Fragment de semelle en cuir encore munie de ses clous

Au sud, des puits et un habitat ?

Au sud de l’ancien cours d’eau, nulle trace de chemin, mais un enclos quadrangulaire, qui s’implante sur le fossé de l’Âge du Bronze. On retrouve comme au nord des groupes de poteaux et des fosses, mais en plus grand nombre. L’équipe suppose que c’est ici, ou à proximité, qu’habitaient les gens qui exploitaient ce secteur de la plaine. Un élément qui nourrit cette hypothèse est la présence d’une vingtaine de puits, des fosses circulaires larges de 1,70 m et profondes de 1,80 m (fig. 10). Au fond d’un de ces ouvrages rudimentaires, l’équipe a trouvé un pot complet (fig. 11) et des lames de forces à tondre. Ces objets viennent compléter les éléments de vie quotidienne, mais aussi l’outillage agricole ou artisanal (ciseaux à bois, pierre à aiguiser), recueillis ailleurs sur le site.

Fig. 10 : Un puits vu en coupe
Fig. 10 : Un puits vu en coupe
Fig. 11 : Pot en cours de fouille en laboratoire
Fig. 11 : Pot en cours de fouille en laboratoire

Et maintenant ?

À l’issue du chantier, le terrain sera exploité en carrière. Côté archéologie, nos experts étudieront l’ensemble des données recueillies (photos, dessins, objets, etc.) afin de comprendre au mieux comment on a vécu dans ce secteur de la plaine des Tilles entre le Ier siècle avant J.-C. et le IIIe siècle après J.-C. Plus particulièrement, les données paléo-environnementales alimenteront l’analyse du climat et du paysage sur le temps long. Tous les résultats seront synthétisés dans un rapport de fouille abondamment documenté.

 

Opération d’archéologie préventive conduite en été 2020 sur la commune de Champdôtre, en préalable à une extension de carrière

Prescription et contrôle scientifique : Service Régional de l’Archéologie de Bourgogne Franche-Comté

Maîtrise d’ouvrage : Ets L. Maggioni SA

Opérateur archéologique : Archeodunum (Responsable : Elio Polo)