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Craponne - Les Tourillons, Voie romaine


Étude du bâti des deux piles centrales des rampants du double siphon de l’aqueduc de l’Yzeron.

L’étude du bâti des deux piles des Tourillons a été conduite conjointement aux travaux de restauration de l’édifice engagés par la ville de Craponne. L’opération, étalée entre le 15 avril et le 21 juin 2019, était divisée en deux phases. La première a consisté en une surveillance des travaux préalable à la pose des échafaudages, assortis du creusement d’un sondage en vue de vérifier l’état sanitaire de la maçonnerie de fondation de la pile située à l’est. La seconde a été consacrée à l’examen des élévations des deux piles.
Les deux piles possèdent des fondations dont la largeur est supérieure de 70 à 92 cm par rapport aux élévations. Leurs arases se situent à 289, 05 m NGF et 289,17 m NGF.


La pile A, à l’est, conservée sur 11,97 m de hauteur, possède un plan carré imparfait de 4,37 m de côté. La pile B, distante de 2,63 m à l’ouest, est conservée sur 11,70 m et s’élève sur un plan rectangulaire de 4,37 m dans le sens transversal et 3,73 m dans le sens longitudinal de l’édifice. Cette pile possède deux départs de voûtes situés à 6,60 m de hauteur, au-dessus desquelles l’élévation de la pile se poursuit et se rétrécit à 2,80 m de large dans le sens longitudinal.
Les élévations sont pleines et constituées d’un blocage de maçonnerie dont l’originalité du procédé de mise en œuvre se caractérise par une succession d’assises de moellons posés et scellés sur et par des lits de mortier garnis de fragments et d’éclats de taille de gneiss.
Concernant le mortier de construction des piles, une étude macroscopique a porté sur dix échantillons prélevés sur les deux piles. Cette étude a permis de caractériser le mortier et surtout de conclure à sa parfaite homogénéité dans la construction des deux piles.
Les parements, en opus vittatum, sont composés avec un petit appareil régulier de moellons de gneiss équarris sur leurs faces de parement de formes plus ou moins rectangulaires. Les angles sont montés avec des moellons de plus grande longueur posés à plat en panneresse et superposés en alternances, offrant l’effet esthétique d’un chaînage d’angle sans pour autant en posséder la fonction structurelle. Les joints, bien qu’ils soient la plupart du temps très érodés, sont épais, pleins et parfois légèrement débordants. Là où il est le moins dégradé, le mortier semble avoir été tassé dans le joint d’un coup de truelle légèrement oblique.

La pile A comporte une double arase de briques traversante au cœur de la fourrure établie à 1,30 m au-dessus de l’arase de la fondation.
Les voûtes de la pile B sont construites en maçonnerie concrète et chargées par un blocage de maçonnerie s’élevant jusqu’à 1,87 m au-dessus de leur plan de naissance. Les arcs de tête ont disparu. Cependant, une des piles du rampant oriental, dont les vestiges sont visibles dans une parcelle voisine, comporte le départ d’une voûte dont le parement de l’arc de tête est encore conservé. Les moellons, soigneusement parementés, sont équarris et peuvent mesurer jusqu’à 50 cm de longueur.
Une centaine de trous de boulins au total a été identifiée sur les faces des deux piles. Il s’agit sans exception de trous de boulins maçonnés borgnes. Les dimensions de leurs ouvertures sont relativement homogènes se situant en moyenne à 14,4 cm de haut et 12,8 cm de large. Les longueurs de leurs fourreaux, moins homogènes, en revanche, sont comprises dans un intervalle de 25 cm à 79 cm. Dans la plupart des cas, les trous de boulins ont été ménagés perpendiculairement aux parements des piles et, à de rares exceptions, en biais. L’organisation horizontale et verticale est relativement homogène et systématique. La pile A comporte 7 niveaux de 3 trous de boulins à l’exception de la face nord qui, bien que dégradée, comporte 2 niveaux de 2 trous de boulins. La pile B possède 6 niveaux majoritairement de 2 trous de boulins s avec, cependant, un niveau de 3 trous sous la naissance de la voûte de la face ouest et également sur les faces est et ouest de la partie supérieure de l’élévation. L’entraxe moyen des trous de boulins est de 1,66 m lorsque le niveau possède 2 trous de boulins, et de 1,32 m lorsqu’il y en a 3. Sur la pile A comme sur la pile B, les niveaux de trous de boulins se succèdent avec un écart moyen de 1,51 m de hauteur. La pile B fait cependant exception avec des niveaux distant de 1,81 m de haut sur ses faces nord et sud à partir de la naissance des voûtes.
L’organisation horizontale et verticale des trous de boulins est révélatrice des différentes solutions employées pour le montage des échafaudages qui ont été nécessaires à la construction des piles de l’édifice des Tourillons. La présence et la typologie des trous de boulins borgnes ainsi que l’homogénéité de leur organisation verticale manifeste la mise en œuvre généralisée d’un échafaudage encastré à un rang de perches. Les quelques disparités identifiées dans l’organisation des trous de boulins incitent à imaginer que des échafaudages à bascule ont pu ponctuellement être employés.
Les analyses 14C de quatre échantillons de charbons prélevés dans le mortier de construction des deux piles offrent des résultats dont la corrélation des âges calibrés couvre une période chronologique qui pourrait être située entre 0 et 20 apr. J.-C.
L’analyse des données acquise au cours de cette étude du bâti autorise à formuler deux affirmations. D’une part, les deux piles sont construites de manière totalement identique sans que rien ne puisse les différencier du point de vue des techniques et des matériaux de construction employés et mis en œuvre, à l’exception de la double arase de briques insérée dans la maçonnerie de la pile A. D’autre part, s’il est indéniable que la pile B a supporté deux voûtes, la parfaite homogénéité du parement de la face ouest de la pile A exclut que cette pile, dans cet état, ait reçu la retombée d’une voûte. L’édifice des Tourillons semble, par conséquent, comporter plusieurs états de constructions. Cependant, l’homogénéité des techniques et des matériaux plaident en faveur de l’unité du chantier de construction. Et les seules informations concernant ces deux piles sont, en revanche, insuffisantes pour discerner les motifs et la chronologie relative de ces différents états.


Commune : Craponne

Adresse/lieu-dit : Les Tourillons, Voie romaine

Département/Canton : Rhône

Année de fouille : 2019

Période principale d'occupation : Antiquité

Responsable d'opération : BALDASSARI David

Aménageur : Ville de Craponne

Raison de l'intervention : Restauration

Type de chantier : Sédimentaire/Etude du bâti (Fouille préventive)