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Crissier - Les Têtes


Le projet d’un nouveau quartier d’habitation, sur une parcelle d’environ 3,5 ha située au nord du village de Crissier, a donné lieu à une opération d’archéologie préventive. 

En raison de la surface impactée par le projet et de la proximité de plusieurs régions archéologiques, une campagne de sondages préliminaires a été menée à la fin du mois de mars. Elle a mis en évidence une conduite d’eau en molasse grise attribuée à l’époque romaine, ainsi que deux concentrations de céramique protohistorique.

Les fouilles qui ont suivi, menées de juin à novembre, avaient pour objectif de suivre le tracé de la canalisation romaine et de caractériser l’occupation protohistorique. Par conséquent, deux zones de fouille d’environ 2000 m2 chacune ont été ouvertes autour des concentrations de mobilier. Elles ont révélé l’existence d’un habitat multiphasé matérialisé par environ 300 trous de poteau, quelques fosses et de rares foyers, recouverts par 2,5 m de colluvions. 

Les trous de poteau, dont la majorité est dépourvue de pierre de calage, présentent un diamètre moyen de 0.20 m et sont conservé sur des profondeurs comprises entre 0.10 et 0.30 m. Ils forment des axes parallèles composé de trois à cinq trous de poteau régulièrement espacés (1,5- 2 m), évoquant des plans de constructions. Les foyers sont matérialisés par des concentrations de cailloux rubéfiées et éclatés au feu. De forme ovale et peu profonds, ils semblent se situer à l’extérieur des bâtiments.

Le gisement archéologique s’inscrit au fond d’un vallon molassique d’axe nord-sud, où un sol enfoui, partiellement hydromorphe, est conservé. L’habitat se développe en bordure d’une zone humide, liée à la présence d’au moins une source, dont les environs ont été aménagés par un épandage de galets et l’accès pourvu d’un passage empierré. Cette zone a également servi de dépotoir, comme en témoignent une pointe de flèche à ailerons en bronze, une centaine de tessons, ou encore des ossements d’animaux, retrouvés parmi les galets. Ces éléments suggèrent que les abords du marais ont été occupés durant le Bronze moyen–Récent et final. 

Des objets plus anciens, comme une hache en pierre polie, ainsi que des nucleus et des éclats de taille de silex, montrent cependant que la première fréquentation du site remonte au Néolithique. 

Les datations au radiocarbone de plusieurs structures, pour la plupart dépourvues de mobilier, ont confirmé la chronologie des niveaux documentés. 

On relèvera encore que la découverte d’un nouveau site pré- et protohistorique dans la région lémanique, à près de 5 km des rives du lac, apporte une contribution importante à la connaissance du peuplement du plateau subjurassien, dont l’étendue et l’ampleur demeurent encore peu documentées.

La conduite d’eau, documentée sur environ 115 m de long, est bâtie en blocs de molasse grise de grand module (1.10 x 0.45 x 0.25 m) entaillés d’un canal central, qui ont été soigneusement juxtaposés et jointoyés au mortier de tuileau. La couverture est réalisée au moyen de dalles et de blocs assez grossiers. Si la technique de construction est typiquement romaine, notamment en ce qui concerne l’utilisation de mortier de tuileau, le rare mobilier associé est exclusivement d’époque moderne, de même que plusieurs tuiles disposées en couverture. Le dernier tronçon (environ 11 m) est réalisé au moyen de tuyaux en bois, dont seule la trace au sol est conservée, assemblées par des frettes en fer régulièrement espacées. La conduite constitue vraisemblablement une amenée d’eau depuis une source située au nord-est de la parcelle, encore captée aujourd’hui.

La présence de deux fossés ainsi que de très nombreux drains attestent en outre la volonté d’assécher le périmètre à l’époque romaine à des fins agricoles. Une dizaine de trous de poteau et trois foyers complètent encore le cadre de l’occupation antique.



Commune : Crissier

Adresse/lieu-dit : Les Têtes

Département/Canton : Vaud

Année de fouille : 2019

Période principale d'occupation : Néolithique,Age du Bronze,Antiquité

Autres périodes représentées : Période moderne

Responsable d'opération : BOLLIGER Sandro

Raison de l'intervention : Construction d'un quartier d'habitation

Type de chantier : Sédimentaire (Fouille préventive)