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Grièges - Au Fornay


Le site de Grièges « Au Fornay » (Ain) est situé à 1,5 km de la rive gauche de la Saône, à la frontière des départements de l’Ain et de la Saône-et-Loire. Menée sur une superficie de 1 hectare, la fouille a révélé une occupation d’époque protohistorique, matérialisée par la présence de 21 fosses datées entre la fin de l’âge du Bronze et le début du premier âge du Fer. Cette occupation est localisée dans un secteur où l’organisation du territoire et du peuplement à cette époque charnière est largement méconnue et souffre, pour l’ensemble de la protohistoire, de données structurelles peu abondantes, alors que sa richesse archéologique est documentée par les nombreux objets découverts depuis le XIXe siècle dans le lit de la Sâone.
Les structures mises au jour se présentent sous la forme d’un alignement de fosses reconnu sur près de 70 m de long, situé dans la partie centrale de la surface prescrite et orienté selon un axe nord-ouest/sud-est. Les fosses, espacées de 0,20 à 2,60 m, dessinent en plan une organisation cohérente. La plupart sont regroupées en binôme. Elles présentent toutes une morphologie similaire, définie par un plan sub-rectangulaire aux angles arrondis, de 2 m de long par 1,20 m de large en moyenne, pour une profondeur de 0,30 m. Elles partagent également un remplissage identique, essentiellement composé d’une importante quantité de galets en quartzite calibrés et de petits blocs de grès calcaire épars. Ces éléments recouvrent des niveaux charbonneux très denses au sein desquels ont été mises en évidence des bûches carbonisées, présentes dans la plupart des fosses. Ces éléments utilisés pour alimenter la combustion, ainsi que les parois rubéfiées des fosses, indiquent que ces dernières ont été utilisées comme foyers. Les traces rouges et les fissures observées à la surface d’une majorité de galets, dont un grand nombre ont éclaté sous l’action du feu, permettent de classer ces foyers dans la catégorie des structures de combustion à pierres chauffantes. Les galets y sont utilisés pour leur capacité à accumuler la chaleur qui se dégage du feu, restituée ensuite durant la cuisson ; la présence de bûches carbonisées au fond des fosses plaide pour une combustion incomplète et indique que cette dernière a eu lieu en atmosphère confinée, selon le principe de la cuisson à l’étouffée, généralement retenu pour restituer le fonctionnement de ce type de structures.
Des protocoles spécifiques de traitement des structures et d’enregistrement des données ont été définis en amont de la fouille et mis en œuvre sur le terrain, afin de recueillir un maximum d’indices susceptibles de permettre la restitution des gestes qui ont régi l’aménagement et l’utilisation de ces foyers. Le recollage systématique des éclats de galets, effectué au sein de chaque structure et entre structures différentes, a notamment permis de mettre en évidence une utilisation diachronique des fosses, vraisemblablement concentrée dans un laps de temps court, au moins pour une partie des foyers, utilisés par groupe de deux ou de trois.
Aucun aménagement contemporain (niveau de sol, fosses détritiques, structures annexes…) n’a été observé à proximité de ces structures, qui semblent isolées de toute occupation durable du site.
Le mobilier découvert dans les niveaux d’utilisation des foyers est extrêmement rare. Ce constat s’applique particulièrement aux restes céramiques ; les deux fragments de vase susceptibles d’apporter des éléments chronologiques ne permettent pas de proposer une datation plus précise que la phase finale de l’âge du Bronze. Ils ne permettent pas non plus d’appréhender la fonction primaire des structures. Bien que peu nombreux, les restes fauniques mis en évidence dans les niveaux charbonneux de près de la moitié des structures constituent, en revanche, de précieux indices quant à leur fonction. Leur fragmentation très importante est caractéristique d’éléments exposés à des températures très élevées, suffisamment longtemps pour être réduits à l’état de cendres. Ils attestent vraisemblablement la cuisson de viande, dans le cadre d’une alimentation carnée fondée sur la consommation de mammifères (indéterminés) de taille moyenne (suidés, caprinés, cervidés, etc.). Un second ensemble, représenté par 5 structures, comprend des molaires inférieures de bœufs relativement jeunes. Non brûlés, ces éléments ont été observés systématiquement dans les couches de scellement des foyers, en contact direct avec les galets. Si d’autres ossements étaient présents, ils ont vraisemblablement été dissous par 11 l’acidité du sol. L’homogénéité de cet ensemble permet d’émettre l’hypothèse d’un apport volontaire, contemporain de l’abandon des foyers.
Les datations 14C réalisées permettent une attribution de sept fosses au premier âge du Fer, sur la base de séquences très larges dont les intervalles couvrent l’ensemble de la période, du Hallstatt C au Hallstatt D3 ; cinq autres dates sont comprise, quant à elles, dans un intervalle qui semble a priori antérieur et situent les structures à l’âge du Bronze final. Dans l’hypothèse d’une utilisation synchrone des foyers, il semble possible de proposer une datation de l’aménagement entre la fin de l’âge du Bronze et le début du Hallstatt.
Quelques indices ténus de fréquentation à des époques postérieures ont été mis en évidence. Il s’agit d’une fosse isolée et non datée en l’absence de mobilier, qui vient recouper l’une des structures de combustion. Le terrain est également traversé par un réseau de fossés, dont l’attribution chronologique demeure incertaine.
Le gisement de Grièges semble pouvoir se définir davantage par une fréquentation ponctuelle et/ou répétée dans le temps, que par une occupation pérenne. Il s’inscrit au sein d’un ensemble de sites dont la vocation exacte échappe encore à une compréhension globale, définis par des batteries de foyers qui semblent éloignées de la sphère domestique et privée.
A Grièges, la présence de restes fauniques semble indiquer que ces foyers ont été utilisés à des fins culinaires, pour la préparation et la cuisson de viande. Leur nombre important et leur organisation spatiale, la probabilité d’une utilisation dans un laps de temps court bien que strictement asynchrone, ainsi que leur isolement géographique par rapport à d’éventuels espaces domestiques, sont autant de critères qui autorisent à penser qu’ils sont le reflet d’un ou de plusieurs événements successifs ponctuels, qui auraient pu conditionner leur conception et leur utilisation. En regard de ces éléments et des travaux déjà réalisés sur ce type de vestiges, ils convient sans doute de les considérer comme les témoins d’une manifestation d’ordre social, collectif voire cérémoniel… à titre d’hypothèse, ces foyers pourraient constituer les vestiges de repas collectifs, dans le cadre de pratiques déjà mises en évidence au cours des dernières années.
Si ce type de structures est bien documenté dans les parties centrale et orientale de la France, dans les vallées du Rhône et de la Garonne, la place et la fonction que ces aménagements occupent dans le paysage social et économique de la fin du l’âge du Bronze et du premier âge du Fer sont encore loin d’être clairement établies. La diversité et l’originalité des observations effectuées sur le site de Grièges confèrent à cet ensemble exhaustif un intérêt particulier et viennent enrichir le dossier des batteries de structures de combustion à pierres chauffante, tout en ménageant de nouvelles perspectives de recherche.


Commune : Grièges

Adresse/lieu-dit : Au Fornay

Département/Canton : Ain

Année de fouille : 2008

Période principale d'occupation : Age du Bronze,Age du Fer

Responsable d'opération : Audrey PRANYIES

Aménageur : APRR

Raison de l'intervention : Aménagement routier

Référence bibliographique : Le Progrès 2008 : RODRIGUEZ E., Trois mille ans d'histoire dans le sol de Grièges, Le Progrès, p.10.