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Vienne - Temple d'Auguste et Livie


En 2010, un projet de restauration du temple d’Auguste et de Livie à Vienne prévoyait d’échafauder la façade est afin de consolider les parties sculptées et de poser une feuille de zinc sur les parties saillantes des chapiteaux. A la demande du Service Régional d’Archéologie a été menée une étude des parties externes (chapiteaux et entablement). L’intervention archéologique a été confiée à la société Archeodunum SA et s’est déroulée en deux temps : une phase d’acquisition des données en novembre 2010 et une phase de traitement de la documentation réalisée entre le 15 avril et le 30 mai 2011. L’objectif était d’une part de documenter l’ensemble des chapiteaux du temple afin d’en réaliser le corpus et, d’autre part, de documenter l’entablement. La mission a également concernée le podium, les bases et les fûts dont il manquait les relevés. L’objectif a été atteint en une dizaine de jours, grâce au soutien logistique concédées par l’entreprise « Les charpentiers du Grésivaudan ».
Classé en 1840 sur la liste des monuments historiques, le temple d’Auguste et Livie doit son état de conservation à sa dévolution en église dès la fin de l’Antiquité. Cette réaffectation a néanmoins laissé de nombreuses traces et fortement dégradé son aspect originel et c’est l’architecte C. Questel qui lui rendit son aspect d’origine.
Le temple dédié au culte impérial, est situé sur le côté ouest du forum et fait face à la basilique dont on peut voir les vestiges plus à l’est. Il était entouré d’un portique sur trois côtés. Il s’agit d’un temple hexastyle « periptero sine postico ». Les façades nord et sud sont également rythmées par 6 colonnes libres. La dernière travée est pleine et bordée par deux pilastres : un pilastre en tête de mur et un autre engagé dans l’angle. Cette disposition où le mur de fond fait un retour sur les côtés mais sans former de véritables pièces est unique en Gaule. Le temple d’une largeur de 14,75 m et d’une longueur de 24,70 m présente des dimensions proches de celles de la Maison Carrée de Nîmes. Il est construit sur un podium haut de 2,5 m. Un escalier monumental de 12 marches (restitué) mène au pronaos. L’inclusion d’un autel dans les 6 premières marches est une reconstruction moderne. La cella d’après certaines observations archéologiques a également été entièrement reconstruite. En ce qui concerne la chronologie, si l’on considère le décor d’architecture et les différences de matériaux, il est certain que le temple a connu deux états. Une phase de construction datable vers 20 av. n. è. et une importante reconstruction que l’on peut situer au plus tôt dans la deuxième moitié du Ier s. n. è, sans qu’il soit actuellement possible, en l’absence d’une étude approfondie du décor d’architecture, d’en définir la datation avec précision.
Bien que très restauré, le podium conserve certainement les dimensions et la mouluration du temple d’origine. Les restaurateurs modernes ont copié les moulures qui apparaissent encore par endroits et qui semblent bien appartenir au premier état. Le podium est haut d’environ 2,5 m. Posé sur une plinthe (hauteur : 27 cm), la base se compose d’un grand quart de rond, d’un filet puis d’un cavet (hauteur totale : 60 cm). Le mur (hauteur : 1,45 m) est réalisé en trois assises et se dresse sous une corniche terminée par un bandeau dont la partie inférieure forme un petit larmier. Au-dessus du bandeau est posée l’assise sur laquelle reposent les bases des colonnes. Les bases de pilastre et de colonnes sont toutes des reconstructions modernes qui adoptent certainement le profil des bases du deuxième état du temple : bases ionique attiques de forme romaine dont on peut encore voir la mouluration sous une des colonnes de la façade est. On peut donc conclure que l’on ne connaît pas le profil des bases du premier état. En ce qui concerne les fûts, il est certain que les colonnes du premier état comportaient 20 cannelures. L’amortissement inférieur (congé sur filet) tel qu’il est restitué par les restaurateurs modernes est certainement une séquence observée sur les fûts du deuxième état et reproduite systématiquement, mais il n’est pas certain que les amortissements inférieurs des colonnes du premier état furent ainsi constitués. En revanche, le sommet conservé des colonnes montrent qu’il était composé d’un astragale et de cannelures à lunules. Cette disposition a également été reprise lors de la reconstruction du temple (deuxième état). Comme il a été déjà constaté, les chapiteaux corinthiens à feuilles d’acanthe épineuse des pilastres et des colonnes occidentales des façades sud et nord, constituent un ensemble stylistiquement homogène et appartiennent au premier état du temple que l’on peut certainement dater par analogie avec ceux du temple de Vernègues des années 20 av. n. è. Ces chapiteaux appartiennent à une famille qui atteste des premières occurrences de l’ordre corinthien en Gaule, à laquelle appartiennent également ceux des deux temples (dits géminés) et ceux du temple de Valetudo à Saint-Remy-de-Provence (Glanum). Enfin, l’entablement du premier état est également conservé dans la partie occidentale du temple : fronton ouest et partie occidentale des façades nord et sud. Il est normalement constitué d’une architrave à trois bandeaux sous une frise située sous une corniche modillonnaire dont la modénature est assez simple. Les caissons et les modillons sont décorés de motifs variés : feuilles et fleurons.
Une observation importante concerne les parties supérieures du temple du premier état. En effet, les soffites de l’architrave et les faces internes et latérales des chapiteaux sont fortement rubéfiés. L’hypothèse selon laquelle le premier temple a été détruit par le feu semble être tout à fait crédible.
Bien qu’à première vue le temple semble homogène, l’analyse de la modénature et du décor prouve qu’il a connu deux états. Le deuxième état est une reconstruction liée à la destruction partielle du bâtiment. Le parti pris pour la reconstruction antique que l’on situe assez mal dans le temps (au plus tôt dans la deuxième moitié du Ier s. n. è.), a tenu compte des éléments encore en élévation. Si l’on fait abstraction des nombreuses restaurations modernes (remplacement de blocs et restitution du décor en béton), les parties appartenant au deuxième état sont localisées dans la moitié est de la façade sud, les trois-quarts est de la façade nord et toute la façade est.
Comme nous l’avons déjà dit, les bases actuellement visibles sont des restaurations modernes. Il s’agit de bases ioniques attiques de forme romaine à scotie parabolique large encadrée par deux filets. Le tore supérieur est en retrait par rapport au tore inférieur. On peut penser que ces bases sont correctement restituées selon le modèle des bases du deuxième état. La présence d’une plinthe qui ne constituent qu’une simple surépaisseur du stylobate indépendante de la base, est attestée pour les colonnes de la façade est et de la première travée. Les fûts sont très restaurés, mais des parties conservées peuvent être observées à leur sommet. D’un diamètre à la base d’environ 97 cm, ils accusent une réduction vers le sommet ou le diamètre n’est plus que de 88cm. Le fût reprend le nombre de 20 cannelures des fûts des colonnes du premier état. Les cannelures séparées par des méplats s’achèvent de la même façon au sommet de la colonne par des lunules demi-circulaires. Dans le cas des fûts une solution de continuité semble avoir été adoptée entre le premier état et la reconstruction afin de conserver une certaine homogénéité. Les chapiteaux corinthiens du dexiIème état du temple de Vienne constituent un ensemble parfaitement homogène qui se distingue de ceux du premier état par leur style. Celui-ci induit également une très nette différence chronologique. La différence fondamentale tient au traitement de l’acanthe qui n’est plus épineuse, héritage de l’époque hellénistique, mais molle comme il est classique à l’époque romaine impériale. Il s’agit de chapiteaux répondant à des normes bien précises, presque standardisées, ne laissant que peu de place à l’imagination du sculpteur qui se conforme au modèle. L’entablement du deuxième état respecte lui aussi la modénature de celui du précédent. Toutefois, l’architrave est à double cours et non plus taillée dans un seul bloc et une différence remarquable tient à l’absence de décor sur la corniche modillonnaire. Enfin, la frise de la façade ouest porte une inscription et l’architrave en porte une autre. Les deux ayant été posées lors de la reconstruction antique.
Ces observations, qui ne constituent pas une étude, ni ne sont des conclusions définitives, décrites ici très succinctement, viennent en complément de l’étude réalisée par St. Zugmeyer (architecte du Patrimoine) en 2008, des relevés réalisés par TPLM 3D en 2006 et viennent également compléter les recherches de M. Zannettacci (Archéologue de la ville de Vienne). La documentation est désormais suffisante pour entreprendre l’étude du bâtiment et envisager une première synthèse.


Commune : Vienne

Adresse/lieu-dit : Temple d'Auguste et Livie

Département/Canton : Isère

Année de fouille : 2010

Période principale d'occupation : Antiquité

Responsable d'opération : Fabrice BESSIERE

Aménageur : Ville de Vienne

Raison de l'intervention : Restauration/Réhabilitation d'un bâtiment historique