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Marignane - RD20e


Le projet de construction de la RD20e, assurant la liaison entre la RD9 et la RD48 au nord-est de la commune de Marignane, a entraîné la réalisation d’une opération de diagnostic menée en février 2014 sous la direction de R. Guilbert-Berger (Inrap). Les résultats de ces sondages d’évaluation ont motivé la prescription d’une fouille préventive sur deux emprises linéaires distantes de 160 m et implantées directement au sud des pistes de l’aéroport de Marseille-Provence.


L’opération préventive s’est déroulée du 29 août au 28 octobre 2016 sur deux aires distinctes cumulant une superficie de 13350 m². Le contexte de l’intervention, un secteur de plaine situé aux abords immédiats des étangs de Berre et de Bolmon, constitue l’un des principaux intérêts de cette opération. En effet, si les pourtours de l’étang sont bien connus pour ses sites de hauteur, les occupations de plaine demeurent relativement peu documentées, en particulier pour les périodes antérieures à l’Antiquité. Le rapport n’étant qu’à ses prémices, les données chronologiques sont à ce jour encore partielles et restent à préciser. Nous présenterons donc, dans le cadre de cette notice, les principaux résultats préliminaires de l’opération.
Les zones décapées ont permis d’identifier deux vastes paléochenaux entre lesquels se concentrent les vestiges de plusieurs phases d’occupation s’étendant du Néolithique à l’époque contemporaine. L’approche géomorphologique et les analyses paléoenvironnementales des données issues de ces chenaux devraient permettre d’intéressants apports relatifs au climat et à l’évolution des paysages dans ce secteur de plaine alluviale.


La plus ancienne occupation est matérialisée par une concentration de fosses qui marquent l’emplacement d’un habitat néolithique. Implanté à une centaine de mètres au sud-ouest de l’un des cours d’eau, alors très vraisemblablement toujours en activité, ce site de plein air n’a toutefois pu être observé que sur une fenêtre linéaire réduite d’une vingtaine de mètres de large seulement et en bordure de l’emprise de fouille.


Au cours de la Protohistoire, un réseau de fossés est aménagé aux abords immédiats du paléochenal. Le mobilier archéologique mis au jour au sein de ces structures atteste la proximité d’une zone d’habitat dont l’occupation pourrait avoir perduré au cours de l’âge du Bronze et du premier âge du Fer. Ces aménagements témoignent d’une volonté de contrôle des contraintes hydrologiques, vraisemblablement dans l’optique d’assainir les zones d’habitats et de développer les espaces de mise en culture. De nombreuses traces agraires, notamment observées sur les sédiments particulièrement riches du comblement supérieur du chenal, confortent par ailleurs cette hypothèse.
Deux sépultures de l’âge du Fer ont également été découvertes en bordure de l’emprise. La première correspond à une inhumation que la parure funéraire (fibule, armilles et bracelet en alliage cuivreux) permet de situer dans le courant du Ve siècle avant notre ère. A moins d’une vingtaine de mètres de cette dernière, une sépulture à incinération de la fin du IIIe ou du début du IIe siècle avant notre ère a livré un épandage de céramiques et une amphore gréco-italique remployée comme urne funéraire. Malgré l’ouverture d’une fenêtre complémentaire au-delà de l’emprise initiale, ces sépultures restent isolées. L’hypothèse de la présence d’une potentielle nécropole s’étendant vers le sud n’est toutefois pas à exclure.


L’époque tardo-républicaine est marquée par la mise en place, à l’extrémité est de l’emprise de fouille, d’un vaste caniveau. Ce dernier succède à une série de fossés protohistoriques sur laquelle il est directement installé. Plusieurs grandes fosses implantées aux abords de ce dernier relèvent également de cette même phase d’occupation.
Un petit établissement rural du Haut-Empire a été identifié à moins de 80 m à l’est du second paléochenal. Il est caractérisé par la présence des fondations d’un bâtiment rectangulaire d’une centaine de mètres carrés, équipé d’un caniveau auquel succède un fossé drainant observé sur plus de 75 m linéaires. Plusieurs fosses et un puits circulaire s’organisent aux abords de ce bâtiment. L’ensemble des structures antiques semble abandonné dans le courant du IIe siècle.


Le site est alors marqué par un hiatus de près de deux millénaires. Seuls quelques fossés parcellaires témoignent de la mise en culture de la parcelle au cours de l’époque moderne. Les fondations partiellement conservées d’un hangar à avion antérieur à la seconde guerre mondiale, constituent les vestiges les plus récents mis au jour sur l’emprise.
Les fouilles préventives de la RD20e ont permis d’observer l’évolution de l’occupation d’un secteur de plaine alluviale en bordure de l’étang de Berre, de la Préhistoire récente à l’époque contemporaine. Bien que particulièrement arasé, le site permet d’entrevoir l’impact de l’homme sur la transformation des paysages. Il offre en outre la vision partielle d’une série d’aménagements liés à la gestion de l’eau et illustre la perduration de la volonté de s’affranchir des contraintes naturelles tout au long de la Protohistoire.


Commune : Marignane

Adresse/lieu-dit : RD20e

Département/Canton : Bouches-du-Rhône

Année de fouille : 2016

Période principale d'occupation : Age du Bronze,Age du Fer,Antiquité

Autres périodes représentées : Néolithique,Epoque contemporaine

Responsable d'opération : Julien COLLOMBET

Aménageur : Conseil Général des Bouches-du-Rhône

Raison de l'intervention : Aménagement routier

Référence bibliographique : Collombet 2017 : COLLOMBET J., « Marignane - RD20e - Liaison RD9-RD48 », Bilan Scientifique Régional Provence-Alpes-Côte d’Azur 2016, pp. 123-125.