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Lyon - 14 Rue des Tuileries. Les Printanières


La fouille archéologique réalisée au 14 rue des Tuileries par la société Archeodunum s’est déroulée durant l’hiver 2007-2008 (du 8 novembre au 25 janvier) sur une superficie d’environ 2000 m2, en amont de la construction d’un immeuble sur sous-sol (SCI UTEI Tuileries). Si le diagnostic archéologique réalisé par l’INRAP avait révélé les vestiges ténus d’occupations concernant les périodes du Néolithique, de la Protohistoire, et de l’Antiquité (Ramponi 2007), le secteur apparaissait riche en vestiges archéologiques, notamment grâce à la récente fouille du Service archéologique de la ville de Lyon (SAVL) au 16-28 de la rue des Tuileries, contiguë au sud-ouest (Rottier, Carrara, Ducourthial 2008). La prescription archéologique de l’Etat mettait l’accent sur deux objectifs principaux : recueillir des données géomorphologiques sur la formation de la plaine de Vaise et documenter les niveaux préhistoriques du Néolithique Moyen Bourguignon (NMB), dont les éléments mis au jour étaient suffisamment importants (céramique, silex, niveau de sol et foyer) pour imaginer une occupation pérenne.


Géomorphologie
Le site est implanté sur un léger replat entre plaine et versant, à environ 500 mètres à l’ouest de la Saône. Cet espace est apparu fortement marqué par des processus de sédimentation spécifiques à cette partie de la plaine alluviale de Vaise, située au carrefour de nombreux écoulements. La fouille a ainsi mis en évidence la divagation de paléochenaux dans le tiers sud de la parcelle. L’évènement le plus ancien concerne un chenal de faible dimension incisant la terrasse fluvio-lacustre selon un axe sud-est/nord-ouest. Il est ensuite recoupé par un écoulement arrivant de l’est, qui cesse de fonctionner avant le premier Age du fer. Un dernier axe d’écoulement se met en place, qui recoupe l’espace de mobilité précédent, et se caractérise par la migration des chenaux principaux en direction du nord-ouest. Ses différentes phases d’activités ne semblent pas débuter avant les Ier et IIe siècles de notre ère. Le site se situerait donc, d’une part à la confluence entre deux chenaux, certainement au niveau d’un cône alluvial (l’un en provenance de l’est et du vallon de Trion et l’autre du sud-ouest), et d’autre part, dans l’espace de mobilité des chenaux provenant du sud-ouest, dont l’un est interprété comme un bras du ruisseau des Planches.


Des chasseurs-cueilleurs mésolithiques à Lyon
L’intérêt principal de la fouille réside dans la mise au jour d’un niveau d’occupation du Mésolithique, période de la Préhistoire qui n’était pas encore représentée à Lyon par des vestiges en contexte archéologique claire- ment avéré. L’identification de cette station est apparue d’autant plus inattendue que les sondages préliminaires, s’ils avaient bien mis en évidence un sol préhistorique, avaient conclus à une occupation du NMB. Les structures attribuables aux périodes préhistoriques sont apparues extrêmement ténues, localisées dans le secteur nord, sur une superficie d’environ 200 m2. Elles perforent un sédiment identifié à un sol brun lessivé (horizon B) mis en place directement sur la « terrasse fluvio-lacustre » würmienne. Les aménagements identifiés se rapportent à un niveau de sol comprenant deux concentrations de galets de quartzite et cailloutis, peu ou pas chauffés. Il faut également mentionner un probable foyer enterré de plan ovale, un trou de poteau, et plusieurs
« creusements» mal identifiables du fait d’un comblement proche de l’encaissant (fosses ?). L’ensemble était associé pour la première fois à un abondant mobilier lithique et à une belle série de faune sauvage, découverts sous forme de concentrations ou d’épandages sur une grande partie du secteur nord. Les industries mésolithiques étant de caractère microlithique, un carroyage métrique a été implanté sur une surface d’environ 30 m² correspondant au secteur le plus dense en mobilier, et la totalité des sédiments a été prélevée par quart de m², en 1 ou 3 passes. Encore faut-il préciser que le protocole de prélèvement, de même que les techniques de fouilles propres aux périodes préhistoriques, ont dû être simplifiés afin de documenter au mieux cette occupation dans les délais impartis.
L’industrie lithique (étude S. Bernard-Guelle, Paléotime) livre un total de 1965 pièces, issues de matières premières variées (25). Elle présente un état de conservation plutôt bon, faiblement patiné et peu ébréché. Trente- cinq blocs ont été utilisés, récupérés en position secondaire dans les formations alluviales (Saône) ou morainiques proches. Les déchets de débitage, les produits corticaux, les nucléus (39) et éclats liés à leur entretien, de même que le nombre conséquent de remontages, confirment une importante activité de débitage in situ, avec tous les constituants de la chaîne opératoire. Trente-huit pièces sont retouchées : 25 outils du fond commun (lames, lamelles ou éclats retouchées, lames et lamelles Montbani ou à encoche, troncatures) et seulement 13 armatures microlithiques (dominance des segments de cercle, triangle isocèle, lamelle scalène, pointe à base retouchée). Neuf micro-burins ont également été identifiés. La complémentarité entre débitage et armatures tend vers l’attribution de l’essentiel de la série au Mésolithique ancien ou moyen sauveterrien (9500-8500 BP) et, pour un corpus de pièces plus restreint, au Mésolithique récent castelnovien. Quelques pièces intrusives, datées du Paléolithique supérieur (nucléus à lamelles) et de l’Epipaléolithique (pointe à dos courbe), confirment le caractère polyphasé de l’occupation, mais ne remettent pas en cause la très grande homogénéité de la série. Enfin, aucun artefact ne peut être rapporté au Néolithique. Les seuls éléments identifiés sont le grand vase découvert lors des sondages et de rares tessons informes issus du toit des vestiges préhistoriques.

La faune sauvage associée compte 192 restes déterminés et livre un témoignage modeste mais précieux pour la connaissance du gibier exploité par les Mésolithiques en contexte de plaine. On constate en premier lieu qu’il reflète un paysage de forêt ouverte avec de nombreuses clairières. Les cours d’eau et leurs abords sont à l’évidence exploités. Le bestiaire de la table est varié, s’appuyant d’une part sur la chasse organisée de quelques grands gibiers, tels que cerf, sanglier et chevreuil, d’autre part sur la collecte plus opportuniste de menu gibier (petits Carnivores, écureuil, castor, hérisson). Leur consommation sur place plaide en faveur d’une station de chasse fréquentée temporairement par les derniers chasseurs-cueilleurs.


Les vestiges de la fin du premier Age du fer (Hallstatt D3/La Tène A1)
Les niveaux protohistoriques rattachables à une phase récente du premier Age du fer (Hallstatt D3/La Tène A1) sont apparus peu nombreux, au regard des découvertes effectuées dans la parcelle du Terrain Ronis (Rottier, Carrara, Ducourthial 2008). On dénombre toutefois un foyer empierré de datation incertaine, trois fosses (dont deux de grandes dimensions), et un trou de piquet isolé. La fosse F40 correspond à une grande excavation ovale, bordée de négatifs de trous de piquets sur sa bordure externe, et le long d’une banquette occupant environ un quart de la superficie interne. Le mobilier recueilli en assez grande quantité comprend des vases en partie complets, des ossements animaux brûlés ou non, et de nombreux restes d’éléments architecturaux (torchis avec traces du clayonnage), des objets en verre (petite perle bleue à décor de zigzag blanc), en métal (pince de fondeur associée à un creuset en céramique, bracelet et fibules en bronze, ébauches, pointe de flèche en fer…), et en terre cuite (dévidoirs, pesons circulaires, fusaïole), pour la plupart entiers. Ces derniers renvoient clairement aux artisanats des alliages cuivreux et du textile. La taille des structures comme des aménagements intérieurs, de même que la nature du mobilier recueilli, plaident en faveur d’une interprétation comme fosses-ateliers (textile et métallurgie des alliages cuivreux).


La période gallo-romaine (Auguste-Hadrien)

Les vestiges gallo-romains sont apparus denses et bien conservés. Ils couvrent une large période chronologique, de l’époque augustéenne à la première moitié du IIe siècle. La plupart se concentrent dans le secteur nord. Signalons dès à présent qu’aucune occupation de La Tène moyenne et finale sous-jacente n’a été identifiée,   à l’image d’ailleurs de la parcelle voisine (Terrain Ronis). Au premier horizon antique se rattache un fossé à profil en « V » terminé par un fond plat, orienté nord-sud au nord-est de la parcelle. Le rare mobilier associé plaide en faveur d’une datation augustéenne. Le deuxième horizon voit la construction d’une canalisation  en terre cuite conservée sur 14 m de long, orientée sud-ouest/nord-est, avec un pendage en direction de l’est, où elle semble reliée à un bassin/bac en bois, dont seul le négatif a été découvert. Ce dernier apparaît contemporain d’un niveau de circulation constitué de dalles de gneiss, à l’intérieur duquel une monnaie de Tibère a été découverte. Le troisième horizon, correspondant à l’abandon de ces aménagements hydrauliques, est daté de la période flavienne. L’horizon 4 se rapporte à une série de fossés drainant, orientés nord-ouest/sud-est, localisés dans la partie septentrionale de la parcelle. Il s’agit d’ouvrages peu profonds, à profil en cuvette, dont le comblement a piégé un abondant mobilier archéologique daté du second quart du IIe siècle. A cette période peut également être rattachée une digue de terre, surmontée d’un niveau de circulation induré, implantée au sud du terrain, sous le chemin médiéval, qui l’entaille à l’est.


La période médiévale (terminus post quem 13e siècle)

A la période médiévale se rapportent plusieurs vestiges, dont un chemin empierré bordé de fossés, qui traverse la parcelle selon un axe nord-sud et suit approximativement le tracé d’un cours d’eau sous-jacent identifié au ruisseau de « Charavay ». Il a été reconnu sur une longueur de près de 37 m et se présente en stratigraphie sous la forme d’un cailloutis particulièrement dense, à profil convexe, dont la bande de roulage varie entre 1,20 et 1,50 m de large. Le mobilier découvert en association est rare, mais permet de fixer un terminus post quem au XIIIe siècle. Un chemin comparable avait été reconnu sur le site du Terrain Ronis et interprété comme celui qui reliait au Moyen Age le Pont Tournay au Pont de Vaise (Rottier, Carrara, Ducourthial 2008). On mentionnera également au sud-ouest de la parcelle un grand fossé à profil en « U » d’axe nord-sud, un trou de poteau, un probable foyer, et un empierrement en bord de berge. Ces vestiges sont enfin recouverts directement par le niveau de démolition et les terres de jardin du XIXe siècle.





Commune : Lyon

Adresse/lieu-dit : 14 Rue des Tuileries. Les Printanières

Département/Canton : Rhône

Année de fouille : 2008

Période principale d'occupation : Antiquité

Autres périodes représentées : Néolithique,Age du Fer,Moyen-Age,Période moderne,Epoque contemporaine

Responsable d'opération : Guillaume MAZA

Aménageur : UTEI

Raison de l'intervention : Construction de logements/projet immobilier

Référence bibliographique : Le Progrès 2008 : VARNIEU M., Exceptionnelle découverte sur un site archéologique à Vaise, Le Progrès, p.18.