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Tremblay-en-France - Route de Villepinte- Chemin du Ruisseau


Attention : cette notice scientifique prend en compte les résultats de deux opérations de fouilles : la première réalisée entre novembre 2014 et janvier 2015, pour le compte de SOLIMMO sarl et la seconde, entre septembre et décembre 2015, pour le compte de SEAPFA. Les fouilles archéologiques, situées à Tremblay-en-France, au lieu-dit Chemin des Ruisseaux, circonscrit au sud par la route de Villepinte et au nord par le ru du Sausset, se sont déroulées entre novembre 2014 et décembre 2015, sur une surface de 2,8 ha environ.

Par le biais de plus de 2000 structures, les investigations ont fourni un inventaire de vestiges variés et pour la plupart dans un état de conservation très appréciable. La diversité des structures fouillées témoigne de la multiplicité des activités exercées et de la dynamique des occupations. Par ailleurs, en conséquence d’une longue occupation in situ, une organisation interne très complexe a été observée et elle s’étend entre la Préhistoire et le bas Moyen Âge, voire l’époque moderne, avec une densité particulièrement importante pour la période allant du VIe au XIIe siècle. La proximité avec le Sausset a indéniablement joué un rôle prédominant dans l’implantation des hommes à cet endroit. Toutefois, l’apparence que ce cours d’eau revêt aujourd’hui, ne ressemble en rien à celle des périodes passées. L’étude géomorphologique a permis de déterminer que, jusqu’à l’époque moderne, il s’agissait plus d’une large vallée que d’un cours d’eau rectiligne et canalisé, comme c’est le cas actuellement. Le site était situé sur son versant sec, largement déboisé, au bord d’un ruisseau au tracé méandreux et situé plus bas qu’à son niveau actuel. En effet, les observations réalisées durant l’opération archéologique ont mis en évidence une pente régulière en direction du ru, lui-même précédé par un couloir de dépôts alluvionnaires, d’environ 30 m de large.

La Préhistoire

Plus de 80 pièces en silex taillé, dont des nucléus, des grattoirs, des lames, des racloirs et des haches polies, ont été collectées sur le site. Hormis une petite hache polie en dolérite ou serpentinite, impliquant une importation sur de longues distances, les autres éléments sont en silex d’origine du Crétacé et/ou du Tertiaire et proviennent vraisemblablement du Bassin Parisien. La chronologie de cet ensemble permet d’établir que le site a été fréquenté durant le Paléolithique et le Mésolithique. En ce qui concerne le Néolithique et notamment les périodes moyenne et récente, certaines observations permettent d’envisager l’hypothèse d’une occupation structurée de l’espace et de surcroît, en sédentarisation partielle.

La Protohistoire

Le mobilier céramique et des analyses 14C ont permis de rattacher à la Protohistoire 18 structures, avec deux faciès chronologiques successifs qui se dessinent en fonction de leur emplacement. Ainsi, sur la partie orientale de l’emprise de la fouille, l’occupation protohistorique s’étend d’entre la transition Bronze-Fer à la fi n du premier âge du Fer, alors que l’horizon chronologique observé à l’opposé, du côté du ru, comprend la période du second âge du Fer. Toutefois, pour les aménagements protohistoriques il s’agit d’informations tronquées, la lecture chronologique étant brouillée par la superposition des vestiges médiévaux qui ont interféré dans l’organisation spatiale du site pour les périodes antérieures. La structure la plus ancienne pour cette période s’apparente à un four « en meule » ou à défaut, le dépotoir d’une cuisson ratée, impliquant la fabrication sur place de récipients en céramique. Situés en périphérie de l’emprise, sur la face orientale du site, quatre silos sont organisés en deux batteries de deux silos. Ils se distinguent par leurs grandes tailles, car ils sont conservés jusqu’à 2,5 m de profondeur et leurs diamètres oscillent entre 1,6 et 2,2 m à l’ouverture et entre 2,6 et 3,0 m dans les parties basses. Enfin, en ce qui concerne la période la plus récente, qui correspond à La Tène C/D, deux inhumations d’adultes bordent le ru dans la partie médiane du site et leurs creusements sont de forme rectangulaire, inhabituellement grands par rapport à la taille des individus, mais avec des effets de parois linéaires indiquant la présence de coffres.

L’Antiquité

L’Antiquité laisse des indices plus mitigés pour conclure à une installation pérenne. Certes, quelques structures ont livré de rares tessons, aussi bien du Haut que du Bas-Empire, et quelques-unes de ces structures sont concentrées dans la partie méridionale de la fouille. Toutefois, il s’agit en réalité de très peu d’artefacts et il est possible qu’ils proviennent de l’amendement de la terre, prouvant tout juste alors la mise en culture de la parcelle avant son occupation extensive à l’époque médiévale.

Le Moyen Âge

Le site est occupé de façon continue entre la fin du Ve et le cours du XIVe siècle, même si vers la fin du Moyen Âge, son abandon progressif a été observé. Hormis quelques sépultures en contexte isolé, les vestiges médiévaux se réfèrent à l’habitat et aux activités à vocation productive, liées à ce dernier. Outre des constructions sur poteaux, les fouilles ont livré une cinquantaine de bâtiments à sol excavé, de type « cabane », tout en mettant en évidence des variantes dans ces architectures. Il existe en effet, des constructions à 2, 4 ou 6 trous de poteau avec parfois des perforations supplémentaires, évoquant l’ancrage d’aménagements spécifiques et notamment de métiers à tisser. Ainsi, si certains ouvrages suggèrent une utilisation en tant qu’habitat, d’autres sont vraisemblablement liés à des activités de productions spécialisées, pouvant répondre à des besoins collectifs. La présence d’une quarantaine de fours, elle aussi, indique la volonté de mise en commun de certaines activités. Ces derniers sont le plus souvent composés d’une sole, d’une fosse et d’un passage les reliant. L’étude micromorphologique a permis de déterminer que la température de chauffe de certains d’entre eux se situait entre 700 et 1000°C, ce qui implique un autre usage que domestique. La majorité de ces fours sont des aménagements individuels, bien qu’il existe toutefois quelques cas de fours groupés, où une seule fosse est flanquée de plusieurs soles. L’activité de stockage est mise en exergue par la présence de très nombreux silos, plus de 200 au total et les études, notamment celles liées aux restes carpologiques et de faune présents dans les structures, apportent des renseignements précieux sur l’évolution des habitudes alimentaires durant le Moyen Âge. À l’époque mérovingienne, la distribution des structures démontre une occupation de l’ensemble de l’espace, légèrement éloignée du ru cependant, la quasi-absence d’aménagements linéaires ne permet pas de comprendre la structuration du paysage. Près de la moitié des « cabanes » datent de cette époque et deux regroupements d’habitat émergent dans la partie méridionale du site et sont en relation avec ce type de constructions. Plus de 40% des fours  découverts sont mérovingiens, dont deux tiers concernant les fours groupés. Ce mode d’aménagements particuliers ne sera observé, par ailleurs, que pendant cette phase d’occupation. A contrario, quasiment aucun silo de cette époque n’a été identifié par le biais d’éléments datables récoltés sur le site. Dès l’époque carolingienne, la répartition spatiale des vestiges sur le site démontre une structuration évidente de l’espace avec une volonté de mise en commun de certaines productions et la séparation de l’habitat des autres zones d’activités. Un chemin circonscrit par deux fossés bordiers traverse le site en direction du Sausset. Il restera en usage jusqu’à la fin du Moyen Âge. D’autres fossés parallèles à ce chemin et creusés à des intervalles égaux, ponctuent l’organisation spatiale, qui semble se structurer dans un réseau de clôtures ou de palissades. Les « cabanes » sont plus rares, mais parmi elles, une cave attire l’attention par sa taille et sa profondeur. Elle se trouve à proximité des silos, qui s’organisent en lignes autour d’elle. Les fours, presque aussi nombreux que durant la phase d’occupation précédente, se distinguent de l’ensemble du corpus par plusieurs aspects. En effet, deux fours présentent un mode de construction particulier, qui comprend la réalisation de parois avec des blocs de pierres, conservés sur plusieurs assises et huit autres bénéficient de couches préparatoires de radiers composés de pierres calcaires et/ou de terres cuites architecturales romaines. À partir du Xe siècle, l’occupation se resserre dans la direction du Sausset. En parallèle du ru et à 25 m de son cheminement actuel, un large et profond fossé a été creusé. Son tracé correspond en outre, à la limite de dépôts alluvionnaires qui ont colmaté la vallée et qui sont visibles sur les cadastres. Désormais, sur la marge créée entre les deux cours d’eau, toute l’activité humaine a cessé. En ce qui concerne les aménagements à vocation artisanale, c’est cette période de transition entre le haut Moyen Âge et le Moyen Âge central qui a livré le plus grand nombre de « cabanes » munies d’ancrages de métiers à tisser et dont trois d’entre elles semblent avoir fonctionné en même temps, puisqu’elles s’étendent sur un même axe et sont espacées à des intervalles réguliers. Cette phase de transition a livré également un aménagement particulier, comprenant un dépôt intentionnel de plusieurs objets. Le dépôt se compose d’un pot en céramique comportant une récolte desséchée de lin cultivé, ainsi que des outils en alliage ferreux. Aux XIe – XIIe siècles, l’occupation se rétracte d’avantage encore vers le ru, alors qu’elle semble plus étendue du côté septentrional. Près de la moitié des silos découverts datent de cette époque et les zones d’ensilage semblent être organisées en petits îlots le long du Sausset. Une configuration singulière, en rapport avec les structures de stockage et formée de trois silos reliés entre eux par des passages souterrains, a été découverte dans la partie orientale du site. Quant au bas Moyen Âge, il n’est attesté que par la présence de quelques silos, situés tous du côté septentrional du site. Le site médiéval s’étend de part et d’autre de l’emprise des fouilles, en mettant en évidence une occupation continue qui s’étire le long du Sausset au moins jusqu’au XIIe siècle. Ces observations vont à l’encontre de la théorie selon laquelle le ru semble avoir été délaissé vers l’an mil, au profit de deux nouveaux pôles d’intérêt qui aboutiront à la création des villages de Tremblay-en-France et de Villepinte. Par ailleurs, sur l’autre rive du Sausset, à La Maladrerie, juste en face des investigations décrites ici, des vestiges du haut Moyen Âge, comprenant également des « cabanes », silos et fours, prouvent que l’habitat borde le ru des deux côtés. Malgré les recherches entreprises, aucun passage du Sausset n’a pu être identifié, il est possible cependant qu’il se situe en face du chemin découvert pendant les fouilles à quelques 30 m du franchissement actuel. Les fouilles du Chemin des Ruisseaux, outre leur intérêt sur le témoignage de la formation et le développement d’un lieu, permettent d’alimenter une problématique plus générale sur la structuration du paysage, notamment à l’époque médiévale.



Bibliographie scientifique :

  • Leblé et Poirot à paraître : LEBLE G., POIROT A., « Rythmes d’évolution d’une zone humide de la Plaine de France du Moyen Âge à l’époque moderne », in Zones humides et Archéologie, Actes du VIe Colloque international du Groupe d’Histoire des Zones Humides (Glux-en-Glenne, 9-11 novembre 2017), Revue Bourgogne Nature.


Commune : Tremblay-en-France

Adresse/lieu-dit : Route de Villepinte- Chemin du Ruisseau

Département/Canton : Seine-Saint-Denis

Année de fouille : 2014

Période principale d'occupation : Moyen-Age

Autres périodes représentées : Age du Bronze,Age du Fer

Responsable d'opération : Agata POIROT

Aménageur : SOLIMMO Sarl

Raison de l'intervention : Construction de parking

Type de chantier : Fouille préventive