Peyrolles-en-Provence - Les Rivaux 2
Le projet de construction d’un lotissement au lieu-dit Les Rivaux, sur la commune de Peyrolles-en-Provence (Bouches-du-Rhône), a entraîné la réalisation d’une fouille préventive menée sur une emprise de 6200 m² au cours de l’automne 2021. Cette opération fait suite à l’intervention menée en 2018 sur les parcelles voisines à l’est (Collombet 2018 ; 2019) et au diagnostic réalisé en mars 2020 (Barra 2020), sur un secteur occupé par les vestiges d’une villa antique identifiée dès le début des années 1980 grâce à des prospections aériennes.
Implanté au sein d’un secteur naturel privilégié, au pied des collines bordant la rive gauche de la basse vallée de la Durance, le site est occupé de manière inégale et discontinue sur près de sept millénaires. Les interventions archéologiques de 2018 et 2021 ont permis, sur une emprise cumulée de près de 11000 m² (fig. a), de caractériser cinq grandes phases d’occupation du site.
Les plus anciens vestiges témoignent d’une succession d’installations réparties sur plus de deux millénaires, du début du Ve à la première moitié du IIIe millénaire avant notre ère, soit une grande partie du Néolithique. Bien que relativement peu nombreuses, les structures identifiées attestent l’existence d’un secteur dédié au stockage et permettent d’entrevoir une partie d’un habitat ouvert dont l’économie semble axée sur l’exploitation agricole du terroir local. Les données recueillies viennent compléter les connaissances sur l’évolution de l’occupation de la basse vallée de la Durance au cours du Néolithique et offrent de nouveaux jalons pour certaines phases de la période encore relativement peu documentées en Provence.
Quelques rares vestiges protohistoriques, sporadiques et particulièrement pauvres en mobilier archéologique, témoignent de la fréquentation du site entre le début de l’âge du Bronze final et la fin du second âge du Fer, faisant ainsi écho à divers indices d’occupations observés à l’échelle locale, notamment sur les parcelles situées directement à l’ouest des emprises investiguées.
La grande majorité des structures archéologiques abordées relèvent de l’occupation antique du site. Dès le début du Haut-Empire, la construction d’une vaste et luxueuse villa, dont le plan a été perçu dans son intégralité, est assortie de la mise en place d’un vignoble attenant. Caractérisé par de nombreuses traces de provignage, ce dernier a pu être observé sur une surface de plus de 5000 m², mais il se développe très largement au-delà des limites des emprises de fouille, comme le confirment les résultats de deux récentes opérations menées à 200 m au nord-est du site (Cauvin 2024 ; Kielb-Zaaraoui rapport en cours). La pars fructuaria est matérialisée par un bâtiment de 51 m de long pour 12 m de large, dont les deux tiers septentrionaux abritent un chai viticole de plus de 350 m². Bien que les dolia aient été intégralement récupérés, leurs emplacements, marqués par les fonds des fosses de spoliation, permettent de restituer six rangs de 21 jarres de stockage, soit un total théorique de 126 dolia correspondant à une capacité de stockage cumulée d’environ 1700 hectolitres. Accolée à la façade occidentale de ce bâtiment, la pars urbana est constituée de trois ailes implantées autour d’une cour à péristyle de 325 m², enserrée de galeries périphériques et au centre de laquelle s’inscrit un bassin oblong postérieurement remplacé par un bassin circulaire de 4 m de diamètre (fig. b). L’angle nord-ouest de la villa est par ailleurs marqué par un espace thermal (fig. c et d) dont certains éléments (enduits peints, fragments de mosaïques, plaquages de marbre, etc.) témoignent de la richesse de l’ornementation. Un dispositif d’adduction d’eau, partiellement conservé, permettait d’alimenter les divers bassins et d’évacuer les eaux usées vers une grande excavation située à l’ouest de l’édifice. Aux abords immédiats de la villa, trois bâtiments périphériques, une série de vastes excavations, un grand bassin ornemental de près de 17 m de long pour 5 m de large et quelques témoins de l’aménagement paysager ont également pu être abordés. Occupée du Ier à la fin du IIe siècle de notre ère, soit à l’apogée de la viticulture antique en Provence, la villa des Rivaux présente un plan particulièrement homogène et semble n’avoir subi que relativement peu de restructurations. Ce domaine, qui s’inscrit à mi-distance entre celui du quartier Régine au Puy-Sainte-Réparade (Bouches-du-Rhône) et celui des Toulons à Rians (Var), constitue un nouvel apport pour la connaissance des établissements viti-vinicoles antique en Provence.
À partir du début du IIIe siècle, la villa, comme l’ensemble du site, semble abandonnée. Quelques aménagements au sein même des bâtiments attestent néanmoins une réoccupation sporadique des lieux entre le IVe siècle et le milieu du Ve siècle.
Après un abandon définitif à la fin de l’Antiquité tardive, quelques aménagements et de rares indices mobiliers témoignent de nouveau de la fréquentation des lieux au cours des époques moderne puis contemporaine, essentiellement en lien avec l’exploitation agricole des parcelles.
Bien que particulièrement arasés, les vestiges découverts au cours des deux opérations préventives de 2018 et de 2021 ont ainsi permis de documenter l’occupation humaine du site et de mieux comprendre les modalités de l’évolution de ce secteur de la basse vallée de la Durance durant près de sept millénaires, du Néolithique à nos jours.
Quelques images du site :
Commune : Peyrolles-en-Provence
Adresse/lieu-dit : Les Rivaux 2
Département/Canton : Bouches-du-Rhône
Année de fouille : 2021
Période principale d'occupation : Antiquité
Autres périodes représentées : Néolithique,Age du Bronze
Responsable d'opération : Julien COLLOMBET
Aménageur : Bouygues Immobilier
Raison de l'intervention : Construction de logements
Type de chantier : Sédimentaire (Fouille préventive)