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Saint-Sever - Matoch-Cabos


      Le site de « Matoch - Cabos » a fait l’objet d’une opération de fouille préventive préalablement à l’extension d’une carrière sur la commune de Saint-Sever. Cette prescription fait suite à un diagnostic positif mené de février à avril 2017 par l’Inrap (Cavalin 2017). La fouille a été réalisée sur une surface de 97 000 m², du 21 février au 30 septembre 2022. Elle a révélé la présence de nombreux vestiges sur l’ensemble de l’emprise. Le site se poursuit de part et d’autre de l’emprise étudiée.

     Six phases d’occupation, allant du Campaniforme à la période contemporaine, ont pu être identifiées. On note néanmoins la présence de quelques éléments lithiques du Néolithique laissant penser qu’une occupation préhistorique se situe à proximité ainsi que quelques hiatus, du IIIe / Ve s. jusqu’aux VIIe /VIIIe siècles, puis du VIIIe au XIIe siècle et du XIIIe siècle à la période moderne, marque des hiatus dans l’occupation du site. 

     La première phase d’occupation regroupe les éléments de la période protohistorique. Ces derniers sont peu nombreux et leur chronologie est large, il est donc difficile de reconnaitre une véritable occupation pour chaque période définie. La seule structure représentant la période campaniforme est une fosse isolée et peu profonde, qui d’après le mobilier céramique recueilli pourrait être une sépulture. Il faut attendre la période entre la fin de l’âge du Bronze et le premier âge du fer pour que trois trous de poteau isolés soient identifiés dans le secteur 3, puis un bâtiment sur six poteaux au nord de ce même secteur, lors de La Tène ancienne / La Tène moyenne. Ces structures ne permettent pas d’aller très loin dans l’interprétation des occupations au cours de la Protohistoire.

           L’occupation antique, quant à elle, est caractérisée par de nombreux vestiges, appartenant à la période augustéenne jusqu’à la fin du IIe siècle de notre ère. On notera aussi une trace d’occupation au cours des IIIe et le IVe siècle de notre ère par la présence d’un four. Pour la période antique, au moins trois phases ont pu être remarquées (phases 2 à 4).

La seconde phase est essentiellement présente dans la zone méridionale de l’emprise. Elle s’implante au cours de la première moitié du Ier siècle de notre ère. On remarque un alignement est-sud-est / ouest-nord-ouest, de 70 m, formé par quatre puits dans la partie méridionale du site. Plusieurs fosses s’implantent autour de ce dernier, deux celliers ainsi qu’un grenier sur poteaux qui forment plusieurs unités. Ces éléments permettent d’envisager un habitat groupé, de type hameau ou petit village. De nouvelles structures, notamment de deux nouveaux puits et celliers et un bâtiment apparaissent au cours de la période flavienne, après un incendie. L’occupation de cette séquence semble donc en continuité avec celle de la précédente, et semble également se terminer par un nouvel incendie.

L’occupation évolue, au cours de la fin du Ier / début du IIe siècle de notre ère, avec une extension du site et la mise en place d’un système parcellaire, s’articulant autour d’un chemin (phase 3). Un déplacement du chemin, de quelques mètres vers le sud, est visible au cours de cette phase. L’occupation est désormais divisée en plusieurs parcelles qui reprennent l’orientation du reste de l’occupation, de manière orthonormée, et s’organisent dans le côté occidental du secteur 2. Au sein de ces parcelles, plusieurs bâtiments prennent place, dont les fonctions sont variables (porcherie, grange, grenier, fonction domestique, mixte). Ces derniers sont construits selon trois modes : sur poteaux porteurs, sur sablières basses et sur fondations de galets. Il semble donc que le village prend de l’ampleur et est désormais plus organisé.

La quatrième phase marque les derniers aménagements de l’occupation antique et son abandon. Dès la seconde moitié et la fin du IIe siècle de notre ère, quelques aménagements fossoyés (fosses, trou de poteau et chemin creux), essentiellement au nord- est du secteur 1 et au nord-ouest du secteur 2 sont identifiables. Ces structures sont sporadiques et n’ont aucune fonction spécifique. Les bâtiments sur fondation de galets sont spoliés. Les récupérations de ces structures sont d’ailleurs les seuls éléments d’abandon vraiment identifiés sur le terrain. Enfin, seule la présence du four F2546 au nord-est du secteur 2 permet d’entrevoir un indice de persévérance de l’occupation aux IIIe et IVe siècle de notre ère. 

     Il faudra attendre les VIIe /VIIIe siècles de notre ère pour que le site soit à nouveau investi. L’occupation est alors exclusivement connue par l’implantation de plusieurs silos et leur aire d’ensilage. L’étude carpologique atteste la présence de céréales cultivés dans ces silos (à l’exception d’un). Parmi les espèces identifiées, on remarque une prédominance du millet commun mais également d’autres céréales cultivées, tel que le blé nu, ou possiblement cultivées, comme l’avoine et le seigle. D’après le calcul des volumes, les capacités d’ensilage des structures implantées en aire, on peut imaginer des vestiges correspondant à des stocks communautaires de conservation à moyen et long terme et servent de réserve. Ces structures de stockage ne sont malheureusement pas rattachées, de manière certaine, à des bâtiments.

     Après le VIIIe siècle, il semble que le site ne soit de nouveau occupé qu’au cours des XI / XIIe et XIIIe siècles. Cette occupation reste très restreinte puisque seulement deux structures peuvent y être associée, dont une incertaine : une voierie empierrée, traversant l’emprise du sud-ouest au nord-est, et un bûcher funéraire. Ce dernier se situe au nord-est du secteur 1 et semble ne pouvoir être rattaché à aucune autre structure. Cette structure se présente sous la forme d’une fosse oblongue, orientée sud-ouest / nord-est. Son comblement unique a permis de mettre en évidence des esquilles d’ossements humains, concentrées par endroits (surtout à l’extrémité orientale) avec un pendage depuis les bords de la structure vers l’intérieur. L’étude de ces ossements brûlés a permis de déterminer qu’il s’agissait d’un individu adulte, sans que l’âge ne puisse être précisé. Peu de mobilier a été retrouvé au sein de cette structure. Les restes fauniques présentent des stigmates de brûlure et correspondent à des résidus de crémation. Il s’agit donc d’un dépôt fait avant la crémation, toutefois la majorité des restes osseux sont indéterminés, hormis deux restes de caprinés. Peu d’informations peuvent donc être apporter par ces éléments sur les gestes funéraires. L’analyse carpologique a permis d’identifier un dépôt presque exclusif de millets. L’analyse de la répartition spatiale des carporestes dans la structure permet d’écarter l’hypothèse d’une contamination fortuite des millets cultivés ou sauvage (ils sont attestés dans l’ensemble des carrés). L’échinochloé Pied-de-coq est absente des autres structures et reste rarement attestée en France et le dépôt spécifique de millets en contexte funéraire semble n’avoir jamais été observé dans le sud-ouest de la France, ni semble-t-il à l’échelle nationale voir européenne. Il s’agit donc d’un caractère inédit de ce corpus, qui l’est d’autant plus par sa datation. Si six tessons de deux céramiques antiques, attribuables au IIe siècle de notre ère, ont été découverts dans le bûcher, les trois datations radiocarbones indiquent que cette structure est attribuable des années 1030 à 1292. Il semble que le bûcher funéraire de « Matoch - Cabos » soit à ce jour le seul connu pour cette période.

          Enfin quelques structures apparaissent à la période moderne. Il s’agit d’un bâtiment sur poteaux (ENS74), d’un fossé, d’une fosse et d’un nouvel axe de circulation (ENS31). Ce dernier reprend probablement des limites antiques, comme le suggère la partie occidentale de ce chemin qui se « raccorde » avec le chemin F3347 de la phase 4. Avec ces éléments, il est difficile de reconnaitre une véritable occupation pour cette période. 

          La période contemporaine est essentiellement représentée par trois fossés, une vingtaine de drains et une conduite en amiante. Ces éléments ont révélé peu de choses, sinon que les fossés F2 - F767 - F1767 sont des limites parcellaires, présents au moins depuis 1950. Il se pourrait que ces derniers soient un peu plus anciens puisqu’une limite quelque peu décalée vers le sud-ouest pourrait leurs correspondre sur le cadastre de 1809.

     Le site de « Matoch - Cabos » a donc permis de documenter, avec plus de 3800 faits, l’occupation du sol de la campagne landaise, de la période campaniforme à la période moderne. Son apport pour la période antique permet également d’enrichir la compréhension du territoire landais mais aussi de l’Aquitaine méridionale. Elle permet de suivre l’évolution d’un village antique et d’un établissement rural alto-médiéval à l’économie agro-pastorale, mais aussi d’apporter de nouveaux éléments pour l’occupation protohistorique et du Moyen Âge classique, avec la présence inédite d’un bûcher funéraire.


Revue de presse :


Commune : Saint-Sever

Adresse/lieu-dit : Matoch-Cabos

Département/Canton : Landes

Année de fouille : 2022

Période principale d'occupation : Age du Fer,Antiquité

Autres périodes représentées : Moyen Âge,Période moderne

Responsable d'opération : Adélaïde HERSANT

Aménageur : CEMEX

Raison de l'intervention : Extension de carrière

Type de chantier : Sédimentaire (Fouille préventive)


Plaquette de présentation