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Anse/Pommiers - La Logère-Bel-Air


Les deux campagnes de fouilles archéologiques menées sur l’emplacement de la future ZAC d’Anse La Logère/Pommiers Bel-Air apportent un éclairage nouveau sur l’histoire du peuplement de la confluence de l’Azergues et de la Saône.
Les traces d’occupation les plus anciennes observées correspondent au Néolithique. Une structure en creux, constituée de deux sillons perpendiculaires, profonds et étroits demeure assez énigmatique. On est tenté d’y voir des tranchées de mine pour l’extraction de matériaux carbonatés fins. Un dépôt de deux vases survient après une phase de comblement partiel par des sédiments locaux enrichis en matière organique. Ces deux vases se rattachent au Néolithique moyen I et plus particulièrement à la culture du Saint-Uze récent, datée entre 4450 et 4250 avant notre ère. Il s’agit de la première véritable structure attestée pour cet horizon chronologique dans le secteur en dehors d’un silo et un foyer à la ZAC de « la Citadelle ».
L’âge du Bronze ancien se manifeste par des structures funéraires et un silo piriforme daté par radiocarbone entre 2130 et 1940 av. n. è. . Deux sépultures en urnes consistent en un vase de stockage couché sur le côté et obturé par une dalle calcaire. Ces jarres étaient vides de sédiment à l’origine et ont probablement contenu un cadavre de nourrisson, bien que l’absence totale d’ossement ne permette pas de l’attester formellement. Une sépulture en pleine terre d’un sujet périnatal est également attestée pour cette période. Une tombe architecturée de type ciste accueille en outre une sépulture d’adulte. L’ensemble peut être daté de l’âge du Bronze ancien 2a de moyenne et basse vallée du Rhône et d’Auvergne (BARA), avec de probables contacts avec le groupe de la Saône. Une datation radiocarbone livre, quant à elle, un intervalle de dates calibrées compris entre 1950 et 1780 avant notre ère.
Trois fosses isolées sont ensuite attribuables au Hallstatt ancien, tant par la céramique que grâce à une datation radiocarbone qui fournit un intervalle calibré entre 800 et 670 BC.
Un des résultats les plus importants de l’opération réside ainsi dans la mise au jour d’au moins trois enclos présentant une orientation commune, qui attestent de manière incontestable une structuration et une appropriation de l’espace au cours de La Tène D1b. Dans l’un d’eux, on reconnait un bâtiment pouvant être identifié à un grenier, Les mobiliers découverts ont permis de démontrer des affinités culturelles évidentes avec la moyenne vallée du Rhône, le sud du territoire Eduen, ainsi que le pays ségusiave. L’identification de fragments de dolia en terre cuite traduit par ailleurs une capacité de stockage sur le site qui est loin d’être incompatible avec une interprétation comme établissement rural de type ferme, mais d’un certain statut social, compte-tenu de certains mobiliers.
Si cette occupation perdure jusqu’à la période augustéenne, il faut ensuite attendre la fin du Ier ou le début du IIe siècle de notre ère, pour constater l’implantation d’un vaste complexe inscrit dans une enceinte composée de murs à base de pierre sèche. Si la définition de cette occupation devrait être avantageusement précisée suite à la fouille de la parcelle adjacente (J. Galy, rapport en cours) on peut d’ores et déjà en tracer les grandes lignes. Un vaste enclos muré dont l’orientation suit approximativement celle des enclos laténien, qui est aussi celle de la plus grande pente, enserre une surface d’environ 4175 m2 (72 m x 58 m). Si l’entrée principale est manifestement située sur la façade orientale, une porte secondaire est aménagée dans le flan nord de ce périmètre, autour de laquelle on retrouve plusieurs inhumations de périnatals. Dans l’angle nord-ouest de cette enceinte, un bâtiment de 10,50 m par 6 à 19 m hors tout, offre une surface interne potentielle comprise entre 49 m2 et 155 m2. Des contreforts permettent d’envisager la présence d’une élévation relativement importante, en lien notamment avec la pente.
En contrebas, un vaste espace non bâti offre quelques structures empierrées et fossoyées qui respectent un certain alignement parallèle à la clôture nord. Deux puits jalonnent notamment cette propriété. L’étude du comblement du fond de l’un d’eux nous renseigne avantageusement sur la nature de l’activité qui se déroulait à proximité. L’abondance de carporestes de fruits, dont des noix, un noyau de pêche et des pépins de raisin, évoquent ainsi un coteau couvert de vergers et de quelques vignes dès l’Antiquité, données confirmées par l’analyse palynologique.
L’établissement connaît manifestement peu d’évolution entre la fin du Ier siècle de notre ère et celle du IIIe siècle. A ce moment-là, un épais remblais vient combler une plateforme peu pentue qui se trouvait à l’aval du corps de bâtiment situé au sommet de l’enclos. La richesse en matériaux de construction de ces couches évoque la destruction d’un bâti, mais il reste difficile de préciser s’il s’agit du bâtiment en question ou de matériaux importés de plus loin, faute de recoupement stratigraphique évident. Aucun indice ne permet de suggérer la poursuite de l’occupation de l’établissement antique au-delà de la fin du IIIe siècle. Par contre, sur la commune de Pommiers, un bâtiment compartimenté, de 53,7 m2 de surface interne, apparaît au cœur de la zone fouillée. L’élévation de ce bâtiment devait employer essentiellement une architecture en terre et bois sur solin maçonné. Des aménagements extérieurs suggèrent qu’une partie de l’activité domestique se réalisait à l’extérieur, notamment pour la cuisson, avec la présence d’un foyer abrité. Un petit lot céramique oriente la datation de ce bâtiment vers l’Antiquité tardive. D’autres structures associées, dont un fond de cabane, sont précisément datées du Ve -VIe siècle, confirmée par une datation radiocarbone qui fournit un intervalle entre 430 et 580.
 L’occupation héritée de l’Antiquité ne semble pas avoir perduré au-delà du VIe siècle. Il faut manifestement attendre le bas Moyen Age pour que le secteur retrouve une attractivité nouvelle. C’est dans ce contexte qu’apparaît, en bas de pente, une première chaussée. La datation de ces éléments de voirie  repose essentiellement sur la typologie des fers à cheval, combinée aux analyses stratigraphique et historique, à l’observation des quelques tessons découverts, et à la réalisation d’une datation radiocarbone.
Une première chaussée s’installe directement sur le terrain naturel, sans que l’on puisse s’assurer si celui-ci a été travaillé en amont, accusant une faible pente nord-sud. Un chemin ouest-est vient se greffer sur ce premier tracé, générant ainsi un carrefour. Il correspond à une voie desservant le château de Saint-Try, et, au-delà, les paroisses situées sur la colline. Il est abandonné avant la Révolution au profit d’autres tracés plus septentrionaux. Il va recevoir au cours des siècles de multiples recharges, tandis que la voie nord-sud va progressivement se décaler vers l’est. En effet, une nouvelle chaussée moins large, est aménagée sur la partie orientale de la première voie en proposant une trajectoire plus redressée. Par la suite, une troisième chaussée, continue le processus de redressement de la trajectoire. Les documents historiques précisent d’ailleurs que le tracé de la grande route de Bourgogne pourrait avoir été rectifié à la fin du XVIIe siècle entre Anse et Villefranche. Enfin, la dernière voie visible sur l’emprise de fouille apparaît beaucoup plus rectiligne encore. Elle pourrait correspondre à la première chaussée de la grande route royale, au tracé rectiligne, aménagée entre 1749 et 1752.
L’étude des fers à cheval a permis de fixer un terminus post quem aux alentours de la seconde moitié du XIIIe s. et un terminus ad quem au XVIIIe s. Le premier jalon est confirmé par la datation radiocarbone d’un os trouvé sur le premier niveau de pavés, qui fournit un intervalle entre 1280 et 1390. Un liard de Marie de Bourbon-Montpensier trouvé dans la structure empierrée venant recouvrir la troisième chaussée, marque son abandon au début du XVIIe s.


Revue de presse :

  • Le Progrès 2015 " Pommiers. Des vestiges de bâtiments découverts lors des fouilles à Bel Air ", Le Progrès, p.30 (04/04/2015)
  • Le Progrès 2014, "Pommiers. Bel-Air : un chantier archéologique de près de deux hectares", Le Progrès, p.30. (18/06/2014)

Bibliographie scientifique :

  • Argant et al. 2016 : ARGANT T., CHARBOUILLOT., MOREAU C., « Un coteau bien orienté à Anse (Rhône). Sépultures de l’âge du Bronze ancien inédites dans la vallée de la Saône aval , in CAULIEZ J., SENEPART I., JALLOT L., De la tombe au territoire, 11e Rencontres Méridionales de Préhistoire Récente (Montpellier, 25-27 septembre 2014), Toulouse : Archives d’Écologie Préhistorique.

  • Tourgon 2018 : TOURGON D.., « Une auberge en bordure de la Voie de l'Océan ? Anse-Pommiers/ZAC Bel-Air, La Logère, tranche 3 (Rhône) », in SEGARD M. (dir.), Établissements ruraux gallo-romains : quelques études de cas, Goillon : In Folio, pp. 271-304.


Quelques images du site :




Commune : Anse/Pommiers

Adresse/lieu-dit : La Logère-Bel-Air

Département/Canton : Rhône

Année de fouille : 2012

Période principale d'occupation : Age du Fer,Antiquité

Autres périodes représentées : Néolithique,Age du Bronze,Moyen Âge,Période moderne,Epoque contemporaine

Responsable d'opération : Thierry ARGANT

Aménageur : Société d'Equipement du Rhône et de Lyon

Raison de l'intervention : Aménagement de ZA ou ZI

Type de chantier : Sédimentaire (Fouille préventive)


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