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Sevrey - Rue Georges Brusson


Des potiers à Sevrey

L’opération archéologique menée sur la commune de Sevrey a eu lieu dans le cadre du projet de construction d’un bâtiment culturel situé dans la rue Georges Brusson, au sud-ouest du village.
Sevrey est connue comme important centre de production de poterie médiévale. La campagne de sondages archéologiques menée par l’Inrap fin 2006 a mis au jour les vestiges d’un four de potier et de nombreuses structures liées à des aménagements domestiques et artisanaux.
Ces découvertes ont conduit à la prescription d’une opération de fouille archéologique préventive sur l’ensemble du terrain.

Les fouilles archéologiques de la Rue Georges Brusson sont d’un grand intérêt pour la connaissance de l’évolution des ateliers de potiers et de leurs productions à Sevrey au Moyen Âge, et de l’occupation du Haut Moyen Âge à l’Époque Moderne dans cette partie du village. Si les quelques fragments de matériaux de construction en terre cuite et petits moellons calcaires recueillis sur le site proviennent assurément d’un bâtiment antique important situé dans les proches environs, aucun autre vestige antique n’a été trouvé sur le site. Les premières traces d’une occupation du Haut Moyen Âge appartiennent à un fossé parcellaire orienté au sud-ouest/nord-est et qui se prolonge au-delà du site. Sa datation reste incertaine. Il est abandonné et comblé au moment de l’occupation qui lui succède. Des bâtiments d’habitation et/ou artisanaux en bois sont implantés selon la même orientation directrice que le fossé antérieur. Un bâtiment de plan irrégulier a pu être reconnu parmi les nombreux alignements de trous de poteaux. Bien que sa fonction reste indéterminée, il semble avoir fait l’objet de différents agrandissements.

D’autres aménagements, habitats ou structures annexes, occupaient le nord-est du terrain. Aux abords des zones construites et servant de dépotoirs domestiques, plusieurs fosses ont livré un matériel parfois abondant. Les activités artisanales sont attestées dans les environs proches par la céramique résiduelle abondante et la présence d’une fosse contenant des rejets de cuisson appartenant à un four de potier. Cet atelier produisait de la céramique commune claire dite « bistre ». Ce lot varié montre l’étendue du répertoire des formes produites ici. En dehors de ses activités artisanales, cette communauté rurale devait subsister grâce à l’exploitation des terres non occupées au nord-ouest, permettant la pratique de cultures diverses et de l’élevage. La découverte d’une tombe parmi les vestiges reste inexpliquée. La céramique recueillie dans les diverses structures est globalement datable des VIe-VIIIe siècles. L’installation de l’artisanat potier dans les environs proches semble remonter au début de l’occupation du site comme en témoigne l’importance du mobilier résiduel « polluant », et particulièrement les trous de poteaux.

Les constructions, liées à un habitat et/ou à cet artisanat, se développent dans le même temps ou peu après. Elles pourraient peut-être marquer l’extension d’une zone proche alors déjà occupée. Implantées après des transformations intervenues dans l’organisation de cette zone, deux fosses témoignent du maintien d’un habitat et d’un artisanat potier jusqu’au VIIIe siècle. Le site ne semble plus avoir été occupé ultérieurement jusqu’à l’installation de l’atelier de potier au Moyen Âge Central. Seule la sépulture pourrait témoigner d’une fréquentation du site au cours de cette phase d’abandon. Ces vestiges dépassant l’emprise du site pourraient s’inscrire dans une occupation plus importante de cette partie du village, peut-être indexée sur un axe principal assimilable à la rue principale actuelle. La nature et l’évolution de cette occupation domestique restent encore à appréhender.

L’artisanat potier semble néanmoins encore dispersé. Aucun élément mobilier n’a permis de saisir le passage de la production de céramique oxydante à une céramique réductrice. En revanche, la fouille de la Rue Georges Brusson a permis l’étude d’un four de potier qui a livré des éléments inédits sur la datation et la typologie des structures de production de céramique médiévale à Sevrey. La forte convergence des datations archéomagnétiques et radiocarbones permet de situer l’utilisation du four vers l’an 1000 (dernier quart du Xe siècle/premier quart du XIe siècle), soit faiblement postérieure au site des Tupiniers où les fours les plus récents sont centrés sur le Xe siècle par le matériel associé. L’économie dans les moyens mis en œuvre pour la construction du four de la Rue Georges Brusson peut sembler plus grande encore qu’aux Tupiniers. Ce four présente indiscutablement des avantages (économie en combustibles, fosse de débraisage améliorant aussi le tirage, rapidité de montée en température) et des inconvénients (surface de chargement réduite, cuisson contrastée). Sa particularité est difficile à appréhender. Faut-il y voir la caractérisation d’une évolution, autour de l’an 1000, de la morphologie des fours sevrotins ? Évolution conçue comme une réponse « simplifiée » apportée à des impératifs de production, ou reflet d’une adaptation originale faite par un artisan au sein de son atelier ? Ces découvertes récentes ne permettent pas d’y répondre. Seulement entrevue jusqu’ici, l’existence, dans cette partie de Sevrey, d’installations de production du Moyen Âge Central est enfin attestée. Ce four a produit de la céramique commune grise dont l’étude du matériel a permis de compléter la typo-chronologie renouvelée établie aux Tupiniers. Cette continuité des productions sevrotines de céramique grise au Moyen Âge Central est confirmée par les analyses archéométriques. Les caractéristiques de cette production, essentiellement à usage domestique, montrent, par rapport au site de référence des Tupiniers, peu d’évolution dans le répertoire. Cette structure de production témoigne d’une installation raisonnée difficile à appréhender dans son environnement. Proche d’un axe de communication assurant approvisionnement et commercialisation, elle présente des caractéristiques originales. Le four est probablement en bordure nord-ouest d’une zone d’occupation (habitat et/ou artisanat ?) proche de cette voie principale. La faiblesse des autres vestiges pour cet horizon ne permet pas de décider de l’inscription éventuelle de cet atelier dans un quartier artisanal. Aucune trace d’une occupation immédiatement postérieure n’a été repérée.

L’occupation du site s’est prolongée de manière ponctuelle à partir du Bas Moyen Âge ou de l’Époque Moderne. Les vestiges dégagés nous renseignent sur une phase d’aménagement importante : des réaménagement de toiture(s) et des travaux imposants (collectifs ?) d’installation d’un système d’adduction d’eau ou de drainage sont menés dans la village. D’autres fosses contenant des ossements d’animaux ou des rejets divers témoignent du maintien d’activités agricoles et/ou artisanales sur le site. Espace qui, jusqu’à nos jours, semble avoir été voué à l’agriculture. La fouille de la Rue Georges Brusson a contribué à éclairer l’évolution de la production de céramique médiévale sevrotine.

Son apport principal est l’étude d’un four de potier ayant fonctionné dans cette partie de la ville vers l’an 1000 et du mobilier céramique issu de sa production. La continuité de la production de céramique commune grise à Sevrey et l’importance de son extension sont attestées. La période d’activité de ce four et la céramique produite font suite à celles des ateliers des Tupiniers, de peu antérieures.


Quelques images du site :




Commune : Sevrey

Adresse/lieu-dit : Rue Georges Brusson

Département/Canton : Saône-et-Loire

Année de fouille : 2007

Période principale d'occupation : Moyen Âge

Autres périodes représentées : Antiquité,Période moderne

Responsable d'opération : Christian PETER

Aménageur : Commune de Sevrey

Raison de l'intervention : Aménagement d'un lieu culturel

Type de chantier : Sédimentaire (Fouille préventive)