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Faoug - Pâquier-aux-oies


Les investigations de 2017 ont révélé un nouveau segment de voie antique long d’environ 13 m. Il s’ajoute à cinq autres tronçons également documentés sur le site du Pâquier-aux-Oies depuis 2008 sur une distance cumulée d’environ 115 m (Blanc 2013, p. 267, fig. 18). Le tracé de cette voie dite du Nord-Est est localement bien identifié: de la Porte du Nord-Est d’Avenches/Aventicum, elle traverse le site funéraire prestigieux d’En Chaplix (Castella 1999) et rejoint le Pâquier-aux-Oies, environ 1,2 km plus au nord-est. Elle longe ensuite la rive du lac jusqu’à Montillier (FR) où elle a été reconnue en 2003, à l’est de la ville de Morat (Bugnon et Mauvilly 2005, p. 148-163). 


Dans le périmètre de la parcelle 665, elle mesure environ 10 m de largeur pour une épaisseur conservée ne dépassant pas 15 cm. Elle consiste en une simple chape de graviers ronds relativement bien calibrés, répartis de manière homogène et complétés par de rares galets de rivières, quelques calcaires jaune et des fragments de terre cuite architecturale. Elle est directement aménagée sur le toit des dépôts lacustres qui forment ici une partie d’un cordon littoral. Apparue seulement 40 cm sous le sol actuel, elle a pu subir une dégradation progressive, comme en témoignent les traces d’araire relevées sur sa surface au cours du décapage. 


Ces observations diffèrent sensiblement de celles effectuées précédemment sur des segments pourtant éloignés de quelques dizaines de mètres seulement. Sous le chemin des Vouats et entre les parcelles 686 et 687, elle se présentait sous la forme d’une couche de graviers pris dans une matrice sableuse et limoneuse indurée posée sur un radier de galets et de boulets morainiques (Amoroso 2008, p. 268). Dans la parcelle 689, un renforcement du côté nord fait de pierres de plus grands modules, notamment des boulets et des blocs de calcaire, avait été mis en évidence (Maroelli 2014b, p. 12). Ces différences sont à notre avis le reflet d’un mode de construction s’adaptant à la topographie et celui de réfections localisées. 


Des variations sont aussi pressenties pour les aménagements le long de la voie. Si un seul fossé a été creusé le long du bord occidental, trois autres, éventuellement quatre, ont été vus en coupe le long du côté oriental. Les observations réalisées lors des opérations précédentes suggéraient pourtant un creusement unique de chaque côté. Mais les conditions ou les limites de ces fouilles ne permettent en réalité pas d’écarter des phénomènes plus complexes comme celui mis au jour cette année (fond du terrassement situé au sommet des vestiges, bords de la voie hors emprise de la fouille, perturbations récentes). Rappelons que les trois fossés mentionnés ne sont pas contemporains et se sont succédé d’ouest en est. Ils sont vraisemblablement une réponse apportée à un ensablement dû à des inondations. 


La fouille de 2017 n’a pas apporté de nouvelles informations sur la nature de l’occupation antique de chaque côté de la voie, occupation pourtant attestée lors des fouilles précédentes. La surface explorée se cantonne en effet au seul périmètre de la voie et des fossés. Quelques objets métalliques mis au jour sortent toutefois du lot et surprendraient dans un contexte uniquement viaire. C’est le cas d’une applique végétale, de fibules miniatures complètes ou quasi complètes et d’éléments de statuaire en bronze. Leur bon état de conservation est en outre peu en adéquation avec des objets perdus et piétinés que l’on rencontre habituellement sur les espaces de circulation.

En 2011, (Freudiger 2012) ce sont en majorité des trous de poteau et des fosses qui ont été mis au jour dans la parcelle 674. En 2013, dans les parcelles 683 à 685, les traces d’occupation étaient matérialisées par des radiers, des structures en creux, un épandage de tuiles et une couche d’occupation (Maroelli 2013). Dans les deux cas, le plan reste difficile à interpréter. Enfin, l’intervention de 2016 dans la parcelle 688 située au nord de la voie, a révélé sur quelques mètres carrés un aménagement de sol de période incertaine. Il est formé de fragments de calcaire mais dont on ne peut établir s’il appartenait à un espace extérieur ou intérieur (Andrey 2016). 


L’hypothèse d’une activité cultuelle avait été suggérée en 2013 par la découverte en position secondaire d’une clochette en bronze et d’un autel miniature utilisé en remploi comme calage de poteau. Les objets découverts en 2017 pourraient s’ajouter à ces premiers arguments. Mais on ne doit toutefois pas écarter, pour les fragments de statuaire en particulier, qu’ils étaient peut-être voués ici à un recyclage. Quant à une éventuelle fonction commerciale, proposée également en 2013 sur la base des nombreuses monnaies mises au jour, elle trouve également des compléments possibles avec le lot issu de cette fouille (Maroelli 2013). 


Concernant la chronologie, mobilier récolté en lien avec la voie se concentre principalement entre le 1er et le milieu du 4e siècle apr. J.-C. L’origine plus ancienne évoquée en 2013 par un quinaire helvète et un potin leuque n’a pas été confirmée en 2017 (Maroelli 2013, p. 25). En revanche, le mobilier plus récent mis au jour dans les niveaux superficiels laisse entrevoir la possibilité d’une utilisation de la voie sur une période bien plus étendue. Il s’agit ici d’une monnaie datée de la seconde moitié du 15e siècle et d’éléments de harnachement médiévaux. Mais sans un lien direct avec un niveau de circulation, on ne peut écarter que ces derniers ne soient les restes de travaux agricoles. 


Enfin, rappelons que les seuls niveaux supérieurs ont été touchés par notre intervention, à l’exception de la grande tranchée de référence. Si la voie est désormais entièrement été détruite, les fossés qui la bordent sont encore en grande partie conservés. Quant à la station lacustre néolithique découverte en 2008 et attestée par un sondage profond dans le périmètre de la parcelle (Poudrechat II; Corboud 2009a), elle n’a été atteinte à aucun endroit. Le projet de construction ne prévoyait en effet pas de creusement suffisamment profond. Cette station est intégrée depuis 2011 à la liste des sites palafittiques de l’Arc alpin classé au patrimoine mondial de l’UNESCO


Commune : Faoug

Adresse/lieu-dit : Pâquier-aux-oies

Département/Canton : Vaud

Année de fouille : 2017

Période principale d'occupation : Antiquité

Responsable d'opération : François MENNA

Type de chantier : Sédimentaire (Fouille préventive)