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Bon-Repos-sur-Blavet - Abbaye de Bon-Repos


Actuellement, l’abbaye de Bon-Repos est un site patrimonial incontournable du centre Bretagne, qui accueille tous les ans de nombreux visiteurs. Elle dépend de la commune nouvelle de Bon-Repos-sur-Blavet, et se trouve au bord du canal Nantes-Brest, juste en amont du lac de Guerlédan. Cette propriété départementale des Côtes-d’Armor est gérée par l’Association des Compagnons de l’Abbaye de Bon-Repos, qui se charge de l’activité culturelle, en proposant, notamment, un parcours de visite à l’intérieur du carré claustral, dont la majeure partie des bâtiments datent de l’époque moderne. La fondation a eu lieu dans l’ancien diocèse de Cornouaille en 1184 sous l’impulsion d’Alain III de Rohan, laquelle est dotée de moines venant de l’abbaye cistercienne normande de Savigny. Les religieux s’installent dans une des boucles du Blavet faisant face à un coteau escarpé, contrastant avec la plaine alluviale qui s’étend devant le monument. À l’arrière, bois et prairies enserrent les bâtiments conventuels, surplombés par les escarpements des landes de Liscuis et les gorges du Daoulas au nord et bordés au sud par le massif forestier de Quénécan. L’ensemble de l’enclos monastique conserve assez d’éléments de nature variée pour bien comprendre la répartition interne des espaces tout comme l’organisation architecturale sur le temps long. L’abbaye est construite sur la partie basse d’un promontoire, naturellement en forme d’éperon, surplombant le Blavet d’environ 6 m. La délimitation de l’abbaye, même incomplète, est parfaitement restituable pour l’époque moderne avec une clôture de 1 112 m de long renfermant un espace de 7,7 ha. À l’intérieur de l’enclos on retrouve le secteur de la porterie ainsi que le carré claustral entièrement reconstruit au XVIIIe siècle, hormis l’abbatiale. Aujourd’hui les ailes sont intégralement conservées même si certaines parties ne sont plus couvertes avec des maçonneries partiellement arasées, notamment l’abbatiale. Enfin, on retrouve les vestiges d’un ancien logis abbatial / hôtellerie médiéval au sud-est du carré claustral qui se compose de deux bâtiments.   
Dans le cadre d’un projet d’aménagement des abords de l’abbaye et de valorisation culturelle, le Département, conseillé par le SRA Bretagne, s’est tourné vers une équipe pluridisciplinaire capable de documenter le complexe monastique de Bon-Repos, sans études invasives. De cette manière, nous avons proposé une programmation sur deux ans, durant laquelle différentes études ont été menées pour déterminer, autant que faire se peut, l’histoire architecturale de l’abbaye, plus particulièrement, les constructions antérieures à l’époque moderne, tout en identifiant le processus de transformation du paysage.

En 2019, la première tranche du programme consistait à collecter l’essentiel de la documentation disponible. Adrien Dubois s’est chargé de récoler l’ensemble des sources textuelles et iconographiques relatives à l’architecture et au paysage. Les pièces essentielles pour comprendre l’organisation spatiale des bâtiments ont été transcrites dans un rapport. En parallèle, une étude archéo-topographique, menée par Jean-Baptiste Vincent et son équipe, consistait à cartographier précisément l’enclos monastique et ses abords (8 ha) pour identifier le processus d’implantation de l’abbaye dans la vallée du Blavet. Ainsi, à partir du relevé topographique, nous avons produit une carte où sont matérialisés les reliefs – par des courbes de niveaux très serrés (0,20 m d’équidistance) – et l’ensemble des vestiges maçonnés. Cette approche a rendu possible l’analyse de l’organisation interne de l’enclos monastique, d’évaluer les terrassements nécessaires à la construction des bâtiments et de cerner les différents réseaux hydrauliques – l’adduction d’eau potable, le réseau d’égout et la création d’étangs.
Après cette première approche, nous nous sommes davantage concentrés, en 2020, sur les aspects architecturaux. Après le temps des transcriptions, un temps a été dédié à l’analyse des sources, pour extraire les informations utiles afin de restituer les infrastructures monastiques avant les reconstructions du XVIIIe siècle. En même temps, une étude du bâti a été réalisée sur les quelques maçonneries qui ne semblent pas avoir été détruites durant l’époque moderne. Elles concernent essentiellement l’ensemble du front sud de l’abbatiale (nef et transept) et documentent également quatre autres édifices qui étaient adossés contre l’église. Les bâtiments au sud-est du cloître ont également été étudiés même si le couvert végétal a rendu l’analyse compliquée. Enfin, une prospection radar a été menée aux abords immédiats de l’abbaye sur une importante surface afin de retrouver la trace d’infrastructures aujourd’hui enfouies. Les parcelles directement aux abords du cloître n’ont pas révélé grand-chose à cause de la densité des drains récemment posés. Toutefois, à l’arrière du carré claustral, dans la prairie orientale, les vestiges d’un important bâtiment en L ont été retrouvés et les anomalies révèlent jusqu’au cloisonnement interne.
Ainsi en couplant l’ensemble des données, nous avons pu déterminer quatre grandes phases architecturales qui s’étendent du XIIIe au XVIIIe siècle et malgré le peu d’indice aussi bien dans les sources que dans les vestiges, nous avons pu tout de même proposer une restitution planimétrique de l’abbaye pour le Moyen Âge. Ainsi, le carré claustral serait construit entre le XIIIe et XIVe siècle et se composait probablement de l’abbatiale telle qu’on la connait aujourd’hui, et de deux autres ailes ; il semblerait que l’aile occidentale n’a jamais été construite à cette période. Selon nos restitutions, l’aile orientale serait très massive et comporterait un dortoir vouté en pierre sur trois vaisseaux (une conception extrêmement rare pour l’ouest de la France). Une seconde phase s’étalerait du XIVe et XVIe siècle qui correspondrait à la construction du complexe sud-est du carré claustral, qui a servi de logis abbatial et probablement d’hôtellerie. Durant cette période, d’autres aménagements ont dû être réalisés ailleurs, mais nous n’en avons pas retrouvé la trace. La troisième phase correspond aux modifications structurelles du carré claustral durant le XVIIe siècle dont la nature des travaux n’était pas encore bien cernée. Enfin, la dernière phase correspond à la reconstruction de l’abbaye au XVIIIe siècle. Même si l’étude a permis de renouveler considérablement l’histoire architecturale de l’abbaye, il n’en reste pas moins que des études complémentaires, plus invasives, mériteraient d’être programmées pour affiner, entre autres, la chronologie des bâtiments ainsi que leurs plans. L’accès aux archives privés contribuerait également à compléter sensiblement cette histoire architecturale.


Commune : Bon-Repos-sur-Blavet

Adresse/lieu-dit : Abbaye de Bon-Repos

Département/Canton : Côtes-d'Armor

Année de fouille : 2020

Période principale d'occupation : Moyen Âge,Période moderne

Responsable d'opération : VINCENT Jean-Baptiste

Aménageur : Conseil départemental des Côtes d'Armor

Raison de l'intervention : Valorisation patrimoniale

Type de chantier : Etude du bâti (Prestation)