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Guérande - Remparts


Étude archéologique du bâti de la porte de Saillé

L’étude archéologique du bâti menée sur la porte de Saillé de l’enceinte urbaine de Guérande s’est déroulée entre le début de l’année 2021 et le printemps 2022. Les interventions ont été réalisées en coactivité avec l’entreprise de maçonnerie Grevet en charge des travaux de restauration. L’analyse stratigraphique et architecturale de la porte de Saillé met en lumière un monument complexe, marqué par une succession de programmes constructifs traduisant l’évolution morphologique et défensive d’une porte de ville bretonne entre le XIIe et le XXe siècle. Trois grands états médiévaux (états 1 à 3), bien que partiellement conservés, permettent de restituer l’histoire morphologique et fonctionnelle de cette porte urbaine.

Le premier état, daté hypothétiquement entre la fin du XIIe et le début du XIIIe siècle, correspondrait à une simple porte aménagée dans une enceinte dont le tracé semble être différent de celle conservée. Les vestiges de ce premier état de porte sont relativement faibles, à savoir une partie du piédroit nord-est, à partir desquels il est impossible de proposer une restitution. C’est à partir de l’état 2, probablement à la charnière des XIIIe et XIVe siècles, que la porte s’agrandit en adoptant un avant-corps peu saillant à la courtine, et d’une herse immédiatement en avant de la porte. Les vestiges sont plus conséquents que l’état précédent autorisant une restitution relativement fiable pour le rez-de-chaussée et plus hasardeuse pour l’étage. L’insertion ultérieure de la courtine orientale vient perturber cette organisation initiale, signe d’un remaniement global du front sud à cette période et d’une fixation des limites de la ville. Au XVe siècle, durant l’état 3, la porte de Saillé prend sa configuration définitive. La structure est encore agrandie au sud, intégrant un système défensif cohérent combinant pont-levis, herse, vantaux et dispositifs pouvant mêler arme à corde (arbalète) et arme à feu. Les datations radiocarbones ainsi que les morphologies des fentes de tir plaident pour une construction entre 1415 et 1475, possiblement sous Jean V ou François II. À ce stade, la porte s’intègre pleinement dans un système défensif urbain articulé autour de douves, boulevards et chemins de ronde, tout en permettant une circulation verticale entre ses niveaux. Enfin, du XVIe siècle à l’époque contemporaine (états 4 à 6), les campagnes de modification illustrent une lente désaffectation militaire du monument, remplacée par des usages civils et la volonté de conserver ce patrimoine urbain. 

Ainsi, l’étude de la porte de Saillé constitue aujourd’hui un jalon important de l’histoire architecturale de l’enceinte urbaine de Guérande en étant le premier monument daté par radiocarbone. Il réouvre également le dossier concernant la fixation des limites sud de la ville autour du XIVe siècle tout en mettant en lumière un type d’architecture militaire breton utilisé au XVe siècle.

Etude archéologique du bâti de la courtine H 

Le suivi archéologique des restaurations de la courtine H mené durant l’année 2021 a permis d’accroître les connaissances portant sur les remparts de Guérande. L’opération a montré que la porte Vannetaise n’est pas un chantier isolé mais s’articule avec la mise en place de courtines sur le front nord de la ville, bien que le tracé exact de cette première fortification reste encore à déterminer.

Si la construction de la courtine H appartient majoritairement aux chantiers de la fin du Moyen-Âge, les résultats de notre étude nuancent le schéma généralement admis du déroulement de l’édification de l’enceinte urbaine durant cette période selon lequel le chantier est censé débuter par la construction des tours de flanquements pour se poursuivre par des tronçons de courtines. Pour la courtine H, nous avons relevé plusieurs phases de reprises antérieures à la construction de la tour de Kerbenet : cette dernière a été ajoutée a posteriori pour renforcer ce secteur de la ville et préparer une nouvelle phase d’expansion de la fortification en direction de l’ouest. Au vu des résultats de datations radiocarbones réalisées sur le rempart, le chantier de reconstruction et de modernisation de la courtine H semble débuter durant le XIVe siècle pour s’achever vers le milieu du XVe siècle. 

La courtine n’évolue guère par la suite, l’essentiel des modifications se concentrant dans les ouvrages de flanquement adjacents. Du fait d’un intérêt stratégique moindre que lors du conflit franco-breton de la fin du XVe siècle, l’état du rempart se dégrade peu à peu tout au long de la période moderne jusqu’à la prise de conscience patrimoniale du XIXe siècle.

À l’heure actuelle, la déconnexion entre les zones de l’enceinte ayant fait l’objet d’une étude archéologique rend difficile l’établissement une synthèse actualisée à l’échelle de la ville. La poursuite des travaux de recherches permettra d’en préciser la chronologie, notamment pour ses phases anciennes. Par ailleurs, la mise en place d’un axe de recherche portant sur le manoir épiscopal, situé au revers du rempart, nous paraît indispensable pour comprendre le développement de ce secteur de la ville et de déterminer si ce monument a pu avoir une incidence sur les fortifications guérandaises. 

L’étude archéologique du bâti de la courtine B, entre la porte de Saillé et la tour Saint-Jean

L’étude archéologique du bâti de la courtine B, menée entre 2021 et 2022 dans le cadre du programme de restauration de l’enceinte urbaine de Guérande, a permis de préciser l’évolution de ce secteur situé entre la porte de Saillé et la tour Saint-Jean. Les observations réalisées s’inscrivent dans un ensemble de recherches récentes qui contribuent à renouveler les connaissances sur l’histoire architecturale des fortifications guérandaises.

L’analyse met tout d’abord en évidence l’existence probable d’un état antérieur à la courtine conservée. Cette hypothèse repose sur l’étude de la porte de Saillé, dont l’état le plus ancien apparaît en retrait par rapport au tracé actuel de l’enceinte. La maçonnerie la plus ancienne de la courtine B est ensuite attribuée à un vaste programme de reconstruction datable de la fin du XIIIe ou du début du XIVe siècle. Cette campagne est étroitement liée à la transformation de la porte de Saillé et marque vraisemblablement la mise en place d’un nouveau tracé défensif sur le front sud de la ville.

Une seconde phase de travaux, datable de la première moitié du XVe siècle, correspond à une modernisation de l’ouvrage. Les relations stratigraphiques observées avec la porte de Saillé indiquent une surélévation de la courtine et l’installation d’une ceinture de mâchicoulis. Cette évolution semble contemporaine de l’agrandissement de la porte de Saillé et de la construction de la tour Saint-Jean, témoignant d’un important programme de renforcement des défenses urbaines.

Les sources textuelles éclairent les dernières étapes de cette évolution. Plusieurs documents de la seconde moitié du XVIIIe siècle signalent l’état préoccupant du front méridional de l’enceinte. En 1774, une brèche située près des jardins de l’Hôtel-Dieu fait l’objet de réparations, tandis qu’un procès-verbal de 1777 décrit des parements dégradés et des parapets en ruine entre les portes Saint-Michel et de Saillé. L’année suivante, une nouvelle expertise évoque un mur menaçant ruine à proximité de la porte de Saillé. Ces témoignages concordent avec les observations archéologiques qui révèlent de nombreuses reprises de maçonnerie, l’écrêtement des parties sommitales et l’abandon progressif des dispositifs défensifs.

À partir du XIXe siècle, l’enceinte est progressivement réinvestie par de nouveaux usages. La construction d’un cellier voûté, l’aménagement de murs de clôture et les multiples restaurations observées traduisent la transformation d’un ouvrage militaire en élément structurant du parcellaire urbain. La courtine B illustre ainsi les profondes mutations fonctionnelles qui affectent les fortifications de Guérande entre la fin du Moyen Âge et l’époque contemporaine.


Revue de presse :


Quelques images du site :




Commune : Guérande

Adresse/lieu-dit : Remparts

Département/Canton : Loire-Atlantique

Année de fouille : 2021

Période principale d'occupation : Moyen Âge

Autres périodes représentées : Période moderne

Responsable d'opération : Jean-Baptiste VINCENT

Aménageur : Ville de Guérande

Raison de l'intervention : Restauration

Type de chantier : Sédimentaire/Etude du bâti (Fouille préventive)