Notice_site

Chavannes-près-Renens - RC 76


La fouille Int. n°12766, qui accompagne les travaux d’élargissement de la route RC76, s’inscrit dans une série d’opérations d’archéologie préventive en lien avec différents projets de construction. Les sondages de diagnostic réalisés en février-mars 2021 , complétés par la surveillance de creusements d’implantation de mâts pour les transports publics, ont révélé l’existence de vestiges appartenant à deux périodes chronologiques distinctes sur la quasi-totalité du périmètre situé entre la route cantonale RC76 et la rue du Léman (piscine de Renens). Les plus anciens correspondent à un secteur funéraire daté de l’âge du Bronze (incinérations et éventuellement Les plus récents indiquent également une association entre des espaces funéraires (inhumations) et un habitat (trous de poteau, fonds de cabanes, etc.). La typologie des structures et le rare matériel archéologique récolté les placent au cours du haut Moyen Âge (6e-9/10e siècles ?).

Au sud de la route cantonale, une fouille en cours , qui s’étend sur 1,1 ha environ, met au jour des vestiges appartenant de toute évidence au même site. Il s’agit pour l’âge du Bronze de structures de combustion (fours à pierres chauffées) et pour le haut Moyen Âge de fonds de cabanes, de trous de poteaux et de sépultures. Quelques éléments matériels (céramique, métal) suggèrent en outre l’existence d’une occupation au cours de la période de La Tène. 

 Bref aperçu des découvertes

Une aire funéraire de l’âge du Bronze

Dans le secteur oriental de l’intervention, à proximité du quartier de la Bourdonnette, un dépôt funéraire déjà repéré au cours des sondages a été documenté. Sa présence est signalée par une dalle de molasse posée à plat, épaisse de quelques centimètres et mesurant environ 40 cm de côté. Une seconde pierre l’accompagne, plus petite et allongée. Pour une raison à confirmer lors de l’étude taphonomique du contenu de la structure (effondrement d’un espace vide à déterminer), cette dernière a basculé vers le fond. Les contours de la fosse apparus sous la dalle sont relativement flous, mais ils semblent esquisser un creusement de même dimension, profond d’une trentaine de centimètres. Quant au comblement, il est charbonneux et contient quelques esquilles d’os brûlés. Un petit gobelet caréné en céramique était déposé dans la fosse. Prélevé précautionneusement, il fera l’objet d’une fouille en laboratoire. D’autres fragments de céramique ont été mis au jour au même niveau. Ils appartiennent sans doute à la partie inférieure d’un seul vase de plus grande taille, ce que l’étude devra confirmer.

Une grande fosse a été découverte une dizaine de mètres plus au sud. Vraisemblablement vouée à une activité de combustion, comme l’attestent les traces de rubéfaction observées au fond du creusement et le sédiment charbonneux qui constituait une grande partie de son comblement, elle n’est pour le moment pas datée et sa fonction précise est encore inconnue. 

Les vestiges du haut Moyen Âge

L’habitat 

Plusieurs vestiges d’habitat ont été mis au jour. Il s’agit notamment d’un fond de cabane rectangulaire, légèrement détruit par la tranchée de construction de la route cantonale. Profond d’au moins 40 cm, il pourrait avoir connu deux phases successives d’utilisation. 

Une fosse et six trous de poteau ont été découverts dans le même périmètre. Cette concentration de structures fait écho aux nombreuses autres apparues un peu plus au nord dans plusieurs sondages. En outre, les rares éléments matériels prélevés dans les comblements (céramique et pierre) permettent de les associer chronologiquement. 

Les espaces funéraires

Également repérés lors des sondages de diagnostic, deux espaces funéraires ont été en partie explorés. 

À l’est, le premier est à ce jour constitué d’une dizaine de sépultures à inhumation. Il s’agit exclusivement d’enfants en très bas âge ou de périnatals. Orientées ouest-est ou nord-sud, les tombes ont toutes une forme rectangulaire et ont parfois révélé quelques pierres de calage qui, à l’instar des premières observations taphonomiques réalisées sur les ossements, suggèrent l’existence d’éléments en bois non conservés (planche de couverture, cercueil ou coffrage).

À l’ouest, ce sont également majoritairement des sépultures d’enfants qui ont été mises au jour dans le second espace. Huit périnatals ou enfants en très bas âge sont accompagnés d’un individu d’une dizaine d’années et de trois adultes. Toutes les fosses sont de forme rectangulaire et orientées plus ou moins ouest-est. Dans ce secteur, des pierres de calage ont été repérées dans la plupart des tombes. Une sépulture de petit enfant était même constituée d’un coffrage de pierres et de dalles qui devait être associé à des éléments en bois. 

Mis à part quelques éclats de terres cuites antiques, aucun élément matériel ne permet pour le moment de dater ces sépultures. Seules des analyses radiocarbone à réaliser sur des ossements apporteront des précisions. Leur architecture, leur orientation et la présence de terres cuites antiques (terminus post quem excluant la protohistoire) désignent pour le moment la période du haut Moyen Âge (6e-10e s. apr. J.-C.). Elles suggèrent donc la contemporanéité des espaces funéraires et de l’habitat. 

De multiples perspectives pour la suite de ce dossier

La poursuite des fouilles archéologiques au nord de la route cantonale, prévue pour 2022 sur une surface d’environ 1,5 ha, et l’intégration des résultats obtenus lors de l’opération en cours au sud de cette même route s’annoncent déjà passionnantes. 

Dans le secteur oriental de la parcelle, d’autres structures funéraires de l’âge du Bronze ont été mises au jour dans les sondages archéologiques. Elles formeront un ensemble qui, une fois étudié, méritera d’être comparé à celui, tout proche, de Lausanne-Vidy, ainsi qu’aux nombreux autres découverts sur les rives du Léman. Si l’habitat protohistorique repéré dans les sondages s’avérait contemporain de ces dépôts, le chantier de 2022 apparaîtra alors comme une rare occasion de documenter ces deux aspects complémentaires pour un même site archéologique. 

Concernant l’occupation du haut Moyen Âge, les enjeux sont identiques. La possibilité de fouiller la totalité d’un habitat et ses espaces funéraires associés est une première pour la région lausannoise. Encore rares à l’échelle cantonale, des sites de ce type ont été récemment fouillés à Bavois et surtout à Orbe, où la fouille de Gruvatiez sera un point de comparaison incontournable, tant les premières découvertes de Chavannes présentent les mêmes caractéristiques. Positionné sur le même axe routier traversant le Jura, on peut également mentionner les découvertes récentes de Pontarlier – Les Gravilliers, qui a aussi livré un habitat et des sépultures du haut Moyen Âge. 

Enfin, il faut encore évoquer l’étude géoarchéologique engagée cette année par Judit Deak. D’après les premières observations de terrain, l’hétérogénéité du socle naturel, déjà mise en évidence lors de la campagne de sondages, semble être le résultat d’une intense activité fluviatile suivant immédiatement le retrait du glacier du Rhône. La stratigraphie de recouvrement des vestiges est en revanche beaucoup plus simple. Quelle que soit la période concernée, ils ne sont recouverts que par la terre végétale ou éventuellement une faible épaisseur de colluvions. La disparition d’une partie du paléosol scellant les niveaux fluvio-lacustres pourtant observé par endroit au sud de la route méritera d’être questionnée. Elle pourrait être le signe d’un défrichage important du secteur, à une période qui reste à déterminer.



Quelques images du site :




Commune : Chavannes-près-Renens

Adresse/lieu-dit : RC 76

Département/Canton : Vaud

Année de fouille : 2021

Période principale d'occupation : Age du Bronze,Moyen Âge

Autres périodes représentées : Age du Fer

Responsable d'opération : Clément HERVE

Aménageur : Direction générale de la mobilité et des routes - DGMR

Raison de l'intervention : Elargissement de la route cantonale

Type de chantier : Sédimentaire (Fouille préventive)