Montbard - Château, Tour de l'Aubespin et tour Saint-Louis
La municipalité de Montbard a engagé depuis 2019 d’importantes restaurations du Parc Buffon, jardin botanique du XVIIIe siècle installé par le comte Georges-Louis Leclerc de Buffon à l’emplacement du château médiéval. Les bâtiments de la forteresse ont quasiment tous disparu, détruits ou ensevelis sous les remblais qui constituent la terrasse du jardin, désormais public. Deux hautes tours subsistent malgré tout au nord du site, connues sous le nom de la tour de l’Aubespin, qui est la plus haute des deux, et de la tour Saint-Louis. Ces deux édifices ont été restaurés en 2022. Les objectifs de l’étude archéologique, prescrite par le Service régional de l’archéologie en accompagnement des travaux, étaient d’identifier et de caractériser les maçonneries d’origine, en tenant compte des pierres à bossage, typiques de la construction du château de la fin du Moyen Âge. L’étude devait permettre d’apporter des éléments de connaissance sur le déroulement du chantier de construction médiéval. La reconnaissance des éventuelles modifications des tours faisait également parti des missions fixées par le SRA. Une étude documentaire a été menée en parallèle des interventions de terrain, afin de confronter les données textuelles, iconographiques et archéologiques. Lors du chantier, les deux tours n’étaient pas accessibles de la même manière. Ainsi, la tour de l’Aubespin a été intégralement échafaudée, à l’intérieur comme à l’extérieur, et ses joints ont été piqués. Elle a donc fait l’objet d’une étude archéologique exhaustive. La tour Saint-Louis, en revanche, n’a pas du tout été impactée à l’intérieur et seulement très peu à l’extérieur. L’approche archéologique en est donc plus succincte.
L’étude des tours de Montbard apporte de nouveaux éléments de connaissance sur le chantier de construction de ces deux édifices et leur évolution dans le temps. La tour de l’Aubespin, élancée et austère, revêt les attributs ostentatoires des édifices défensifs du début du XIVe siècle, auxquels contribuent largement ses nombreuses pierres à bossage rustique. En outre, ses murs de 2 m de large s’élèvent sur près de 40 m de haut, abritent des escaliers muraux et sont ouverts par d’étroites baies à coussiège ménagées dans des niches. Elle ne comporte pas d’aménagement de confort particulier, hormis des latrines au rez-de-chaussée. La tour fut édifiée entre 1312 et 1341, fourchette révélée par le croisement des données issues de l’archéologie et de l’étude des sources écrites. En effet, la date de 1312 correspond au terminus post quem donné pour l’abattage des couchis de la voûte du 1er étage, dont quelques fragments ont été analysés par dendrochronologie (Christophe Perrault, C.E.D.R.E.). Les arbres utilisés pour façonner les coffrages de la voûte ont donc été abattus après 1312. La limite de 1341 est donnée par la mention textuelle la plus ancienne connue pour la tour de l’Aubespin, qui provient d’un compte de châtellenie. Le texte évoque un système de fermeture pour une porte, indiquant que la tour est déjà construite à cette date. En outre, les comptes de 1340, qui sont les plus anciens dont on dispose pour Montbard, ne font pas état de frais liés à la construction de la tour de l’Aubespin, ce qui permet d’affirmer qu’elle était déjà achevée à cette date. L’analyse détaillée des maçonneries permet d’apporter des éléments de compréhension du chantier de construction, notamment par la restitution du système d’échafaudage interne, ancré au rez-de-chaussée et libre dans les étages. Également, les techniques de coffrage utilisées pour bâtir les voûtes d’ogives ont été restituées à partir des empreintes conservées dans le mortier des voûtains et dans les claveaux des arcs. L’étude permet aussi de constater que le chantier de construction fut probablement rapide, en témoignent l’appareillage qui tend à diminuer avec la hauteur, l’utilisation de pierres à bossage, ainsi que l’homogénéité des matériaux utilisés et des formes des ouvertures.
La tour de l’Aubespin a peu été remaniée par la suite, à l’exception de ses parties hautes. Effectivement, l’étude archéologique révèle que le crénelage et la terrasse ont été rebâtis au-dessus des supports des bretêches du XIVe siècle. Ce sont, là encore, les comptes de châtellenie qui apportent des précisions quant à la date de réalisation de ces travaux, en 1405. Ainsi, au Moyen Âge, la tour de l’Aubespin n’était ni un lieu de résidence ni un poste de défense bien pourvu. Elle offrait néanmoins un excellent point de surveillance par sa position et sa hauteur, tout en envoyant un message clair de puissance visible à plusieurs kilomètres alentour. Elle remplissait aussi sans aucun doute le rôle de marqueur du territoire. On peut donc avancer l’hypothèse que c’est principalement dans ce but d’affirmation du pouvoir qu’a été construite la tour, qui revêt les codes architecturaux ostentatoires largement usités à l’époque de sa construction.
Les textes témoignent du fait que la tour était occupée au XVe siècle, en revanche les sources demeurent silencieuses pour les deux siècles suivants. Georges-Louis Leclerc de Buffon ne l’a visiblement pas investie au XVIIIe siècle, les grands travaux qu’il a dirigés à Montbard ont seulement consisté à modifier l’accès au rez-de-chaussée et condamner la fenêtre ouest de ce niveau. La tour semble donc être restée dans un état d’abandon depuis le XVIe siècle, ce que confirment les sources iconographiques qui montrent ses parties hautes ruinées et des arbres poussant au sommet. Ses parties hautes furent restaurées plusieurs fois au cours de la deuxième moitié du XXe siècle, sans que l'architecte Viollet-le-Duc ne soit intervenu, bien qu’il ait produit des dessins et des restitutions de la tour de l’Aubespin notamment pour illustrer son Dictionnaire.
La tour Saint-Louis est similaire à la tour de l’Aubespin par son plan semi-octogonal, mais ses dimensions sont plus réduites. L’étude archéologique des matériaux de construction, de l’appareil et de son chaînage avec la courtine orientale permet d’en déduire que la construction de la tour a eu lieu au même moment que celle de la tour de l'Aubespin. L’étude archéologique a montré que la tour Saint-Louis était dès l’origine munie de baies ouvertes dans des niches voûtées, bien que la plupart aient été remaniées au XVIIIe siècle. Au 2e étage, la grande fenêtre orientale est surmontée par un arc en plein cintre à double rouleaux, qui donne une importance particulière à cet espace que Jean Mesqui propose d’interpréter comme une chapelle (Mesqui 2025 : 108). L’étude des portes de la tour conduit à s’interroger sur les modalités d’accès et de circulation à l’époque médiévale. Le niveau inférieur était desservi par une porte au sud, aujourd’hui murée. Il en est de même pour l’ancien accès au 1er étage, depuis la courtine nord. On ne connaît pas de porte médiévale pour le 2e étage, mais les clichés réalisés en 1995 lors du chantier de restauration, après le piquage des enduits, permet de supposer l’existence d’un escalier mural qui reliait le 1er au 2e étage (Didier 1996). Cet escalier se serait situé sous celui qui est partiellement conservé entre les 2e et 3e étages. Le 3e étage, aujourd’hui occupé par les combles, est le dernier niveau médiéval connu. Ses murs ont été rabaissés par Buffon au XVIIIe siècle, de même que la charpente de la tour.
Bibliographie scientifique :
- COLLOMB C., RIVALS C., « La tour de l’Aubespin à Montbard : premiers résultats de l’étude archéologique du bâti », Bulletin de la Société des Sciences Historiques et Naturelles de Semur-en-Auxois et des fouilles d’Alésia, Tome CXXXI-2, 2023, pp. 139-150.
Quelques images du site :
Commune : Montbard
Adresse/lieu-dit : Château, Tour de l'Aubespin et tour Saint-Louis
Département/Canton : Côte-d'Or
Année de fouille : 2022
Période principale d'occupation : Moyen Âge
Autres périodes représentées : Période moderne,Epoque contemporaine
Responsable d'opération : Camille COLLOMB
Aménageur : Ville de Montbard
Raison de l'intervention : Restauration des tours
Type de chantier : Etude du bâti (Fouille préventive)
Notice de présentation brut de fouille :