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Sainte-Foy-Lès-Lyon - Eglise du Centre


La mairie de Sainte-Foy-lès-Lyon a entrepris, en 2019, une campagne de restauration des façades extérieures de son église située place Xavier Ricard. Par extension, ce projet a également concerné les vestiges du patrimoine ancien de la ville, qui sont aujourd’hui accolés à l’Église du Centre : il s’agit des façades du clocher-porche de l’ancienne église disparue et des parements du rempart. Ces deux édifices ont fait l’objet d’une prescription de la part du Service Régional de l’Archéologie, afin qu’une étude d’archéologie préventive soit réalisée en parallèle à la rénovation. Cette prescription s’est trouvée augmentée par la découverte d’ossements humains lors de la destruction de la rampe d’accès pour les personnes à mobilité réduite, située le long du mur OUEST de l’église. Une surveillance archéologique a donc accompagné ces travaux de terrassements.

L’étude bâti du seul vestige du rempart conservé en élévation avait pour but d’identifier et de caractériser les maçonneries médiévales. En ce qui concerne le clocher, ce travail sur la chronologie relative a également été effectué à travers des fenêtres d’observation dans les secteurs où les joints de ciment ont été purgés dans le cadre des travaux de restauration. Ces informations nous renseignent également sur l’évolution du clocher dans le temps et son articulation avec l’ancienne église, dont on peut proposer une restitution à travers la lecture archéologique des vestiges. L’objectif était également de mettre en évidence le principe du décor en bichromie qui caractérise les façades de cet édifice, ainsi que, si possible, d’apporter de nouveaux éléments de datation. Pour finir sur les objectifs scientifiques de l’opération, il convient de mentionner les sépultures mises au jour lors de la surveillance. Leur étude, partielle en raison des contraintes inhérentes au contexte de découverte, s’est accompagnée d’analyses radiocarbone dont les résultats ont permis de préciser la datation des squelettes et donc la période d’utilisation de cet espace d’inhumation. Par ailleurs, les ossements sont porteurs d’informations permettant de caractériser ces personnes qui furent enterrées au pied du clocher de l’ancienne église Sainte-Foy.

L’étude de ces trois secteurs se caractérise de fait par un certain éclatement géographique des vestiges, qui ne présentent pas de liaison stratigraphique directe. Néanmoins le clocher et les squelettes ont fait l’objet d’analyses radiocarbone qui permettent de connaître précisément leur datation. Ces informations, couplées aux données de chronologie relative et confrontées aux sources écrites et iconographiques, ont conduit à proposer une restitution de l’évolution dans le temps du quartier situé aux abord de l’ancienne église Sainte-Foy.


Le clocher du Xe – XIe siècles et l’église attenante
Le clocher apparaît comme l’élément architectural le plus ancien du site, malgré les travaux et les destructions qui l’ont impacté au fil des siècles. Par comparaison stylistique avec les clochers de la région lyonnaise, nous pouvons attribuer la construction de cet édifice au XIe siècle. Celle-ci peut être nuancée par une analyse radiocarbone d’un charbon pris dans le mortier et qui livre une datation du Xe siècle. Cet édifice était largement ouvert au rez-de-chaussée par de grands arcs en plein cintre et ses niveaux supérieurs étaient pourvus de bandes lombardes. Les façades extérieures se caractérisent en outre par un décor en bichromie, mis en œuvre à l’aide de briques rouges.
Une maçonnerie trouvée en fouille et des traces de bûchage dans les pierres de taille du clocher permettent de proposer une hypothèse de restitution de l’église ancienne, qui aurait eu une largeur d’11,5 m hors œuvre pour 9,5 m en œuvre et une longueur d’au moins 21 m hors œuvre. En élévation, on peut supposer que la nef mesurait entre 11 et 13 m de haut jusqu’à la charpente (entre 306,50 et 308,50 m NGF), d’après la lecture archéologique du parement est du mur oriental, contre lequel devait venir s’appuyer la toiture.


Les inhumations des XIe - XIIe siècles
L’espace situé au nord du clocher et de l’église apparaît comme un secteur réservé aux inhumations, au plus tard à l’époque romane et plus précisément aux XIe - XIIe siècles. L’étroitesse du secteur fouillé et la faible quantité de squelettes ne permettent pas d’émettre des conclusions sur le faciès général de la population inhumée ici. Les observations anthropologiques et paléopathologiques réalisées relèvent de l’anecdotique.


Le rempart médiéval (avant 1270)
L’enceinte défensive qui fait de Sainte-Foy-Lès-Lyon un « château sans réduit » existait au plus tard en 1270, d’après le Cartulaire Lyonnais (Feuillet dans Motte, Roussel 1998). La portion d’élévation étudiée a été construite à l’aide de matériaux locaux, mis en œuvre au moyen d’un échafaudage en bascule qui reposait sur un ressaut horizontal, ménagé dans chaque parement.
Le rempart protégeait l’église, son clocher et le cimetière attenant, ainsi que des îlots d’habitations. On ignore leur date de construction, en revanche on sait qu’au plus tard à la fin du XVIIIe siècle ils sont en place dans la configuration que nous avons mise au jour.


Les agrandissements de l’église à l’Époque moderne
Au cours de l’Époque moderne, la nef et sa façade ont été avancées vers l’OUEST, de manière à englober le clocher. On a retrouvé les traces de cette transformation en partie haute des contreforts orientaux des murs NORD et SUD, qui ont été arrachés. On peut supposer que cet arrachement correspond à une transformation en lien avec l’avancée des bas-côtés vers l’OUEST, peut-être la nécessité d’ancrer la charpente dans les murs à cet endroit. Les sources écrites font état de plusieurs travaux d’agrandissement à l’Époque moderne, on est donc tentés de replacer ces travaux au XVIe ou au XVIIe siècle (Juillard, Lavigne-Louis 1990).


Les grandes transformations du XIXe siècle
Le milieu de ce siècle est marqué par la destruction de l’ancienne église, remplacée par un édifice bien plus grand qui est celui conservé et utilisé de nos jours. L’orientation du nouveau lieu de culte est modifiée, puisque le chœur se dresse désormais au NORD. Si l’ancienne église a été démolie, on conserve en revanche la tour-porche qui abrite les cloches et qui est reliée au nouvel édifice à l’aide d’une galerie, depuis laquelle on accède aux étages. Ce grand chantier entraine également la destruction des îlots d’habitation situés au NORD du château sans réduit.  Le rempart, quant à lui, est conservé sur une petite portion située au NORD du chevet actuel où il a pour fonction de retenir les terres et les maçonneries de la nouvelle église.
À la fin du XIXe siècle, les maisons anciennes qui subsistent au nord du site sont démolies à leur tour afin que soit réalisée l’avenue Valioud. À la même époque, le clocher est restauré tout en conservant l’esprit d’origine de son apparence. Effectivement, le décor en bichromie est reproduit parfois à l’identique, comme l’a montré l’étude archéologique, de même que les culots sculptés remplacés à cette époque et qui reprennent les motifs des éléments anciens.


Bibliographie

Juillard, Lavigne-Louis 1990
JUILLARD J., LAVIGNE-LOUIS M., Sainte-Foy-lès-Lyon, Lyon : Comité du pré-inventaire des monuments et richesses artistiques, coll. « Préinventaire des monuments et richesses artistiques », 19.

Motte, Roussel 1998
MOTTE S., ROUSSEL P., Sainte-Foy-Lès-Lyon (69), Avenue Valioud, sondages d’évaluation, Rapport Final d’Opération de fouille archéologique, Lyon : AFAN.


Retrouvez ici une actualité détaillant les premiers résultats de l'opération :


Commune : Sainte-Foy-Lès-Lyon

Adresse/lieu-dit : Eglise du Centre

Département/Canton : Rhône

Année de fouille : 2019

Période principale d'occupation : Moyen Âge

Autres périodes représentées : Période moderne,Epoque contemporaine

Responsable d'opération : COLLOMB Camille

Aménageur : Ville de Sainte-Foy-lès-Lyon

Raison de l'intervention : Restauration/Réhabilitation d'un bâtiment historique

Type de chantier : Etude du bâti (Fouille préventive)