Archives de catégorie : Antiquité

Visite Saint-Sever

Visite du site archéologique de Saint-Sever (Landes)

Visite du site antique de Saint-Sever (Landes) en cours de fouille

Visite Saint-Sever
Archéologues au travail à Saint-Sever (Cliché P. Meyranx)

Les équipes d’Archeodunum seront heureuses de vous accueillir à Saint-Sever (Landes) pour vous faire découvrir l’habitat rural antique qu’elles sont en train de fouiller.

Les visites auront lieu le mercredi 27 juillet de 13h à 17h.

Les visites commentées par les archéologues dureront environ 45 minutes, avec un départ toutes les 20 minutes.

Les groupes seront limitées à une vingtaine de personnes.

Entrée libre.

Pensez à prendre de bonne chaussures  et bonne visite !

Accès par la D924 aux abords du Chemin de Matoch.

Accès Saint-Sever
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cercy_couverture

Presque 10 000 ans d’histoire à Cercy-la-Tour (Nièvre)

Presque 10 000 ans d’histoire à Cercy-la-Tour !

Vestiges du Mésolithique au Moyen Âge sur le site des “Fourneaux”

C’est en préalable à l’extension des activités de l’entreprise Cassier qu’une fouille archéologique s’est déroulée au sud de Cercy-la-Tour (Nièvre), au lieu-dit « Les Fourneaux ». Cette opération apporte de nouvelles et solides données sur le lointain passé des lieux. Un passé aux allures de zone de chasse, puis, sept millénaires plus tard, de vie de campagne avec une ferme gauloise, un hameau gallo-romain et des fours du haut Moyen Âge.

Vue générale du site en direction du nord. Au fond, la route de Decize et l’entreprise Cassier.
Vue générale du site en direction du nord. Au fond, la route de Decize et l’entreprise Cassier.
Plan général sur fond de vue aérienne © Google Earth
Plan général sur fond de vue aérienne © Google Earth

À la recherche des Gallo-Romains

La fouille se positionne directement au sud de la route de Decize, qui traverse la commune d’est en ouest. L’opération était motivée par l’agrandissement des locaux de l’entreprise de transport Cassier, un projet accompagné par Nièvre Aménagement. C’est à la suite de la détection de vestiges gallo-romains, du IIIe siècle après J.-C. en particulier, que le Service régional de l’archéologie a demandé l’exploration d’un hectare de terrain.

Colluvions et intempéries

L’emprise occupe un bas de pente, bordé à l’est par un ancien vallon. Cette configuration a engendré de forts colluvionnements recouvrant et séparant les vestiges. Les conditions météorologiques particulièrement éprouvantes durant la fouille (du 25 mai au 23 juillet 2021) ont permis de prendre la mesure de l’ampleur et de la rapidité de ces phénomènes.

450 vestiges et 10 000 ans d’histoire

Le site a été décapé à l’aide de pelles mécaniques afin d’atteindre le toit des vestiges. Sur la totalité de la surface, Jonathan Javelle et son équipe ont documenté près de 450 structures, couvrant une période chronologique plus large qu’attendue, allant du Mésolithique au Moyen Âge.

Coupe d’une fosse mésolithique
Coupe d’une fosse mésolithique, avec sa forme caractéristique dite « à téton », due au surcreusement que l'on perçoit au centre

De bien étranges fosses

Les premiers indices d’occupation remontent au Mésolithique, une période de transition qui voit l’émergence des premiers agriculteurs. Il s’agit de quatre fosses dites « à téton ». Ce nom est lié à leur forme, un creusement circulaire large et profond (environ 1,80 m de diamètre pour une profondeur de 1 m), prolongé en son centre par un étroit creusement. Leur fonction peut être liée à la chasse en tant que piège, le surcreusement ayant éventuellement été pratiqué pour y installer un pieu. Des datations au carbone 14, réalisées après la fin de la fouille, ont donné une fourchette chronologique comprise entre 7 350 et 6 800 av. J.-C.

Les Gaulois sont dans le vallon

C’est dans la zone du vallon, à une profondeur de plusieurs mètres, que plusieurs éléments suggèrent une occupation de la fin de la période gauloise. Quatre trous de poteau particulièrement massifs, de 1,40 m de diamètre pour 1,20 m de profondeur, dessinent l’ossature principale d’un bâtiment sur poteaux porteurs. Il s’agit d’un modèle de bâtiment largement documenté par ailleurs, mais qui apparaît pour la première fois dans la région de Cercy-la-Tour. Cet ensemble est notamment complété par des fossés. Les amphores et la céramique qui en sont issues sont attribuables à la fin de la période gauloise (Ier siècle avant J.-C.).

La chambre de cuisson du four de potier
La chambre de cuisson du four de potier

À l’époque gallo-romaine, un hameau et un potier

C’est la période antique qui est la mieux représentée, avec un mobilier abondant et de nombreuses structures fossoyées (trous de poteau, fosses et fossés). Plusieurs ensembles de trous de poteau semblent former des plans de bâtiments : dans la partie basse du site, c’est ainsi un long bâtiment de douze poteaux de 13 m sur 6 m qui se dessine.
En amont, nos archéologues ont documenté un four de potier bien conservé, avec sa fosse de travail, son alandier et sa chambre de chauffe équipée de piles maçonnées. L’ensemble paraît avoir fonctionné durant la période antique, entre le IIe et le IIIe siècle après J.-C.

Perle en pâte de verre
Perle en pâte de verre
Meule en pierre
Meule en pierre
Fragment de tuile avec une empreinte de pied d’enfant
Fragment de tuile avec une empreinte de pied d’enfant
Traces de pattes de chat et de chien sur une tuile
Traces de pattes de chat et de chien sur une tuile

Six fours à pain du haut Moyen Âge ?

Enfin, six autres fours creusés dans le sol ont été dégagés. Il pourrait s’agir de fours à pain. Leur forme semble renvoyer à une datation au Haut Moyen Âge. Aux alentours, de nombreuses empreintes de poteau évoquent la présence de bâtiments.

Et après ?

La fouille étant terminée, l’aménageur a récupéré son terrain pour y mettre en œuvre son projet. Côté archéologie, une dizaine de nos experts va analyser l’ensemble des données recueillies (photos, dessins, objets, etc.). La céramique, les objets en métal et les ossements vont être étudiés pour parvenir à dater le site et comprendre ses fonctions. Tous les résultats seront rassemblés dans un rapport de fouille abondamment documenté, qui permettra de mieux comprendre comment vivaient nos ancêtres plus ou moins lointains aux abords de Cercy-la-Tour.

Opération d’archéologie préventive conduite de mai à juillet 2021 sur la commune de Cercy-la-Tour (Nièvre), en préalable à l’extension de l’entreprise Cassier.

Prescription et contrôle scientifique : Service régional de l’archéologie de Bourgogne-Franche-Comté

Maîtrise d’ouvrage : Nièvre Aménagement

Opérateur archéologique : Archeodunum (Responsable : Jonathan Javelle)

Boigny-2021

Riche passé et mur tombé à Boigny-sur-Bionne

Riche passé et mur tombé à Boigny-sur-Bionne

Boigny-sur-Bionne (Loiret) – ZAC de la Clairière, Tranche 2

En 2019, une première fouille archéologique avait levé le voile sur un important domaine rural d’époque romaine au nord de Boigny-sur-Bionne (45), en explorant la résidence des maîtres des lieux. En 2021, ce sont les structures d’exploitation qui ont émergé du sol, sous la forme de bâtiments disposés au sein d’un vaste enclos. Mais ces vestiges romains s’installent sur un substrat déjà occupé depuis près de six siècles, en particulier avec une ferme gauloise manifestant la présence ancienne d’une puissante élite locale.

Quelques chiffres clés

Semaines de fouilles
Structures fouillées
iconSacs d'objets
mètres carrés explorés
Archéologues sur le terrain
Spécialistes pour les analyses

Les raisons de l’intervention

La fouille archéologique menée en 2021 s’inscrit dans la continuité d’une opération engagée en 2019, dans le cadre de la future ZAC de la Clairière. Piloté par Nexity, cet aménagement est destiné à la construction de logements. Les deux campagnes successives ont porté sur une surface totale de 2,7 hectares (dont plus de 2,3 ha ont été décapés).
D’après le diagnostic archéologique préalable à la fouille, ce secteur de la commune de Boigny-sur-Bionne était occupé de la fin de la période gauloise au Moyen Âge. Si la fouille de 2019 a révélé la partie résidentielle d’une vaste villa gallo-romaine, il restait à identifier la partie agricole de cette exploitation rurale.

Les principaux résultats

En 2021, l’équipe dirigée par Jérôme Besson s’est concentrée sur un secteur localisé à l’est de la rue du Vieux-Bourg, au nord de l’église actuelle. La fouille a livré une quantité importante de vestiges datés du Premier âge du Fer à l’Époque moderne.

Les bâtiments agricoles de la villa gallo-romaine

Sujet principal du dossier, l’occupation antique a fait l’objet d’une étude particulière. Les vestiges correspondent à l’extension de la villa en direction de l’est. Ils se composent de plusieurs bâtiments disposés au sein d’un grand enclos délimité par un mur.

500 m2 d’étable et de stockage

La plus vaste des constructions est un bâtiment technique qui couvrait une surface de 500 m². Cet édifice avait probablement un usage mixte, comme étable et pour le stockage. Il est doté de deux pièces excavées, dont une cave. Il jouxte une dépression naturelle aménagée à l’aide de blocs de calcaire et de fragments de tuiles, correspondant vraisemblablement à une zone de stockage de fumier (fumière).

Plan général du site archéologique
Plan général du site archéologique. Fond © Google Earth
Cave et empreinte de son escalier d’accès
Cave et empreinte de son escalier d’accès

Chute de mur

Fait remarquable, un pan de mur, long de 9 mètres, a été retrouvé couché d’un seul tenant sur le sol côté fumière. Cette découverte, particulièrement rare dans le monde rural, permet de restituer une hauteur minimale de 4 m pour la façade orientale du bâtiment.

Cour et dépendances

Trois autres constructions complétaient cette partie agricole de l’établissement. Par comparaison avec d’autres villae déjà fouillées en France, il faut probablement imaginer plusieurs bâtiments supplémentaires au sud et à l’est, encadrant une vaste cour faisant face au bâtiment résidentiel.
Cette ferme gallo-romaine a également livré trois puits et trois fours à chaux, peut-être liés aux chantiers de construction. En quantité beaucoup plus abondante qu’en 2019, les objets récoltés révèlent une occupation longue, entre le Ier et Ve siècle après J.-C.

Vue aérienne du mur effondré
Vue aérienne du mur effondré
Le mur effondré en cours d’étude
Le mur effondré en cours d’étude
Deux des trois fours à chaux
Deux des trois fours à chaux
Parmi un abondant mobilier, des fragments de céramique
Parmi un abondant mobilier, des fragments de céramique
Une clochette en fer
Une clochette en fer
Dépôt de quelques monnaies
Dépôt de quelques monnaies
Une épingle en os ornée d’une tête stylisée
Une épingle en os ornée d’une tête stylisée

Avant la villa

Ce secteur était déjà fréquenté avant la construction de la villa antique. En témoignent plusieurs fosses ayant livré des tessons de poterie du Premier âge du Fer (entre 600 et 450 avant J.-C.). Outre ces objets qui suggèrent la proximité d’un habitat rural, nos archéologues y ont recueilli des fragments de bracelets en lignite (bois fossilisé) et une fusaïole (disque percé lié au filage).

Une vaste ferme gauloise

Plus tard, aux alentours de 100 av. J.-C., la même zone accueille une ferme gauloise délimitée par un puissant fossé. Si les vestiges de cette époque ne sont pas nombreux, la fouille a permis l’identification d’une probable habitation construite sur de gros poteaux en bois. La disposition de ces derniers évoque un bâtiment doté de deux porches d’entrées, et couvrant une surface d’environ 170 m². La continuité entre des établissements ruraux gaulois et gallo-romains est chose courante ; dans le cas du site de Boigny-sur-Bionne, elle témoigne de l’ancrage sur le temps long d’une puissante élite locale.

Habitats et sépultures au Moyen Âge

Après l’abandon de la villa, des populations installent leurs habitats durant le haut Moyen Âge (VIIe-Xe siècles après J.-C.). Il s’agit de constructions modestes sur de petits poteaux de bois. Quelques foyers domestiques et silos à grains complètent les vestiges de ces établissements. Dans la continuité des découvertes de 2019, 25 sépultures de cette époque ont été retrouvées ; certaines d’entre elles ont été aménagées près des ruines de l’ancienne villa.
Au Moyen Âge et à l’Époque moderne, le site antique – ou ce qu’il en restait – a servi de carrière. Les moellons ont été récupérés, parfois jusqu’aux fondations, afin d’être réutilisés dans de nouvelles constructions.

Fosse du premier Âge du Fer
Fosse du premier Âge du Fer
Le grand bâtiment gaulois
Le grand bâtiment gaulois
Etude de sépultures médiévales
Etude de sépultures médiévales

Aménagement, rapport scientifique et actions vers le public

Dès que les investigations archéologiques se sont achevées, les terres ont été remises en place et l’ensemble des parcelles est aujourd’hui accessible pour la suite de l’aménagement. Le travail des archéologues n’est pour autant pas terminé, puisque les données et les objets collectés vont être minutieusement analysés par un cortège de spécialistes (céramologues, anthropologues, numismate, géomorphologue, etc.). Il s’agira de retranscrire au mieux l’histoire des populations anciennes qui vivaient à Boigny-sur-Bionne. À l’issue de ce travail, un copieux rapport scientifique sera remis aux services de l’État, et des restitutions pourront être proposées au public (conférences, évocations graphiques, maquettes, etc.).

Dès le 4 mars 2022, Jérôme Besson présentera ses premiers résultats à la communauté scientifique lors des Journées archéologiques de la région Centre-Val-de-Loire 2022

Opération d’archéologie préventive conduite en 2021 sur la commune de Boigny-sur-Bionne (Loiret), en préalableà la mise en place d’une ZAC et à la construction de logements.

Prescription et contrôle scientifique : Service régional de l’archéologie de Centre-Val-de-Loire

Maîtrise d’ouvrage : Nexity

Opérateur archéologique : Archeodunum (Responsable : Jérôme Besson)

Mably - Lot 2

Quelques reliques de la mort. Vestiges gaulois et romains à l’arsenal de Mably

Quelques reliques de la mort

Vestiges gaulois et romains à l’arsenal de Mably

C’est à la marge orientale de l’arsenal de Roanne, sur la commune de Mably, que des archéologues d’Archeodunum ont mis au jour des vestiges des époques gauloise et romaine. Si ces traces évoquent un paysage rural, un fossé a livré des reliquats de pratiques funéraires, sous la forme de vases brûlés et d’ossements humains.

16 hectares et trois fouilles

L’intervention archéologique a été motivée par la création d’une zone d’activité de près de 16 hectares aux abords de l’arsenal de Mably, un vaste projet porté par la communauté Roannais Agglomération. Dès les années 2017, un diagnostic archéologique réalisé par l’Inrap a mis au jour des vestiges anciens, conduisant l’État (Service régional de l’archéologie) à prescrire trois fouilles. Un premier lot avait permis la fouille d’une occupation de l’âge du Bronze (Voir la notice) et, de septembre à novembre 2021, Marie-José Ancel et son équipe ont pris en charge le Lot 2, d’une surface de 9 700 m2.

Plan général des vestiges
Plan général des vestiges
Couches principales du site. La strate noire est le remblai d’installation de l’arsenal en 1917
Couches principales du site. La strate noire est le remblai d’installation de l’arsenal en 1917

Arsenal et archéologie

La fouille est localisée à proximité de l’agglomération antique de Rodumna et, dans un contexte plus récent, à l’emplacement de l’arsenal militaire de Roanne. Installé et déployé à partir de 1917, ce complexe militaire a laissé des traces évidentes, impactant parfois fortement les vestiges archéologiques anciens. Depuis 30 ans, l’arsenal a connu de profondes restructurations ayant entraîné le démantèlement de certains bâtiments, notamment à l’emplacement de la fouille. Un épais remblai constitué de gravats, de ferrailles et de rejets de forge recouvre le niveau de terre végétale de 1917. Les structures archéologiques se trouvent en moyenne à 1 m de profondeur.
L’emprise de fouille a également connu le passage de la voie ferrée liée au port fluvial du canal situé à l’est du chantier – même si cette voie n’a laissé pratiquement aucune trace dans le sous-sol. Installés récemment, de nombreux réseaux hydrauliques ou électriques traversent également le site, perturbant parfois la lecture des vestiges anciens.

Trou de poteau avec pierres de calage
Trou de poteau avec pierres de calage
Vue du fossé ayant livré des restes funéraires
Vue du fossé ayant livré des restes funéraires

Un peu de campagne gauloise et romaine

D’un point de vue archéologique, le site offre la vision assez fugace d’une occupation rurale datée des époques gauloise et romaine. Ces occupations s’installent sur une zone marquée par d’anciens chenaux de la Loire.
À l’époque gauloise, un fossé traverse le site d’est en ouest. Au moins trois trous de poteau pourraient appartenir à un bâtiment à ossature de bois.
À l’époque romaine se rattachent quelques structures excavées, telles que des trous de poteau, des fosses et des fossés de parcellaire et/ou de drainage. Hormis une orientation inscrite dans la continuité de la période précédente, l’ensemble n’est pas organisé et demeure difficilement interprétable.
Le mobilier mis au jour est principalement constitué de fragments de récipients en céramique. Les quelques objets en fer sont très corrodés et ne pourront être identifiés que par radiographie. En définitive, il est probable que nous soyons en périphérie d’un site plus important.

Résidus de bûcher
Résidus de bûcher
Assiette brûlée lors d’une crémation
Assiette brûlée lors d’une crémation

Des restes de bûcher(s) funéraire(s)

Une découverte particulière tient dans la reconnaissance de pratiques funéraires. Un fossé, daté de l’époque romaine a livré les restes d’une ou plusieurs crémations. Après son comblement, on est venu y déposer des résidus de crémation provenant de bûchers funéraires. Ces vestiges, noyés dans une couche charbonneuse, se composent de nombreux récipients en céramique brûlés et fragmentés, ainsi que de quelques esquilles osseuses humaines. Aucune tombe n’a été trouvée sur le site, mais il est probable qu’une nécropole ait existé à proximité.

Pour la suite…

Roannais Agglomération a désormais récupéré son terrain et poursuit ses aménagements. Côté archéologie, une dizaine de nos experts va analyser l’ensemble des données recueillies (photos, dessins, objets, etc.). La céramique, les objets en métal et les ossements vont être étudiés pour parvenir à dater le site et comprendre ses fonctions. Tous les résultats seront rassemblés dans un rapport de fouille abondamment documenté, qui permettra de mieux comprendre comment vivaient (et mouraient) les hommes aux époques gauloise et romaine en bord de Loire.

Opération d’archéologie préventive conduite en automne 2021 sur la commune de Mably (Loire), en préalable à la création de la zone d’activité Nexter-Valmy (Lot2).

Prescription et contrôle scientifique : Service régional de l’archéologie d’Auvergne-Rhône-Alpes.

Maîtrise d’ouvrage : Communauté Roannais Agglomération

Opérateur archéologique : Archeodunum (Responsable : Marie-José Ancel)

La Farlède 2022

Visite d’un site archéologique à La Farlède (Var)

Le grand bâtiment romain retrouvé au nord de la fouille

Archéologie à La Farlède : découverte d’une exceptionnelle exploitation oléicole d’époque romaine et visite publique le 13 janvier 2022

Au cœur de La Farlède, les archéologues d’Archeodunum procèdent à une nouvelle fouille dans le cadre du Projet de Centralité porté par la commune. Sur près de 6 000 m2, c’est la partie résidentielle d’un riche domaine oléicole d’époque romaine qui surgit du sol.

Il y a 2000 ans, entre le Ier et le IIIe siècle après J.-C., les lieux étaient en effet occupés par un grand domaine agricole, qui produisait de l’huile d’olive et, peut-être, du vin.

En 2013 et 2014, une première fouille a permis de dégager un long bâtiment destiné au logement des ouvriers ou au stockage, ainsi qu’une série d’aménagements liés à l’exploitation. Trois cuves en maçonnerie servaient à la production de l’huile d’olive, ainsi que l’ont prouvé des analyses chimiques. À proximité, un chai abritait 30 jarres destinées au stockage de l’huile.

Ces bâtiments occupaient le côté sud d’une vaste cour dont les flancs ouest et nord sont explorés aujourd’hui. Les découvertes sont nombreuses et confirment la richesse du site. Le plan général suit une organisation symétrique, traduisant une conception globale rigoureuse.

Au nord, les archéologues sont en train d’exhumer la résidence des propriétaires. À première vue, il s’agit d’un bâtiment de plus de 700 m2, bordé par un portique et muni de nombreuses pièces.

Ces découvertes révèlent le passé prestigieux du cœur de La Farlède. Après deux mille ans de sommeil, elles rappellent que, depuis la plus haute antiquité, l’olivier et ses fruits ont été considérés comme le don le plus utile à l’humanité. Elles entrent également en résonance avec les moulins à huile (Partégal, Guiol) actifs sur la commune.

Plan général des vestiges des fouilles de 2013-2014 et de 2021-2022
Plan général des vestiges des fouilles de 2013-2014 et de 2021-2022
Restes d'une chaussure à semelle en bois
Restes d'une chaussure à semelle en bois

Afin de rendre ces découvertes accessibles au public, une après-midi « portes ouvertes » sera organisée le jeudi 13 janvier 2022 de 13 h 30 à 16 h 30.

Rendez-vous Rue Xavier Messina

Le lendemain matin 14 janvier 2022, trois classes d’écoliers et de collégiens seront accueillies par les archéologues.

Une visite presse du site est possible durant la première semaine de janvier 2022 (soit entre le 4 et le 7 janvier), sur rendez-vous, avant que la fouille ne touche à sa fin.

Opération d’archéologie préventive à l’hiver 2021-2022 sur la commune de La Farlède (Var), en préalable à un projet d’aménagement urbain

Prescription et contrôle scientifique : Service régional de l’archéologie de Provence-Alpes-Côte-d’Azur

Maitrise d’ouvrage : Commune de la Farlède

Opérateur archéologique : Archeodunum – Responsable : Jérôme Grasso

Briord_visite

Visite de site archéologique à Briord

Venez visiter le chantier antique de Briord (Ain)

Visites prévues entre 16h et 17h les lundi 18, mercredi 20 et jeudi 21 octobre 2021.

Visite gratuite

Accès au chantier : 251 Rue Saint-Didier à Briord (Ain)

Parking près du musée archéologique

Affiche visite Briord

Pour en savoir plus...

Depuis août 2021, les archéologues d’Archeodunum sont à pied d’œuvre au cœur de Briord. Enjeu : procéder à une fouille archéologique avant la construction d’une maison individuelle. Sur près de 2 000 m2, c’est un quartier vieux de 2 000 ans qui surgit du sous-sol, avec une rue, une maison de belle qualité et des voisins artisans.

Bienvenue à Briorate

La fouille se situe à Briord (Ain), ancienne agglomération secondaire antique située au bord du Rhône à environ 60 km en amont de Lyon, entre Belley et Saint-Vulbas. L’agglomération est notamment connue pour sa nécropole principale des Plantées, fouillée des années 1960 aux années 1980. Ayant livré plus de 600 tombes, ce cimetière se développe entre le Ier siècle avant J.-C. et le VIIIe siècle après J.-C.

De l’agglomération antique proprement dire, on connaissait jusqu’il y a peu des éléments ponctuels : des fours artisanaux, quelques lots de monnaie, une statuette de Mercure, une série d’inscriptions dont l’une a donné le nom des habitants, [BR]IORATENSES, « ceux de Briorate », d’après un toponyme gaulois signifiant « le pont » ou « le gué » – le Rhône n’est pas loin !

Une fenêtre sur l’agglomération antique

L’élément structurant l’occupation gallo-romaine est une voie, initialement large d’environ 8 mètres, cheminant selon un axe nord-ouest / sud-est – une orientation générale que reprend l’actuelle rue des Ecoles. Le quartier semble habité dès le début du Ier siècle après J.-C., pour s’échelonner jusqu’au IIIe ou au IVe siècle. Des constructions occupent les deux côtés de la chaussée.

Briord_Ambiance de fouille

Une maison chic

L’emprise de la fouille recoupe principalement un important bâtiment édifié sur la bordure nord-est de la rue. Il s’agit vraisemblablement d’une maison d’habitation de bon standing, munie d’un atrium. Cette cour intérieure, caractéristique de l’architecture romaine, est couverte sur ses quatre côtés et recueille les eaux pluviales dans un bassin central. Elle dessert également les pièces de vie situées en retrait.

Les archéologues ont d’ores et déjà identifié des phases d’agrandissement et de transformation de cette maison. Le bassin de l’atrium est reconstruit sur un plan légèrement plus petit. De nouvelles pièces sont créées au nord-est, bordées par une vaste cour équipée d’un puits et de canalisations. Côté rue, deux pièces sont créées en empiétant sur l’espace de la chaussée : on y restitue volontiers des boutiques.

Ailleurs dans le quartier

Tel qu’on le perçoit, le voisinage n’est pas entièrement à l’image de cette maison. Au nord-ouest, séparé de la maison par un étroit passage, un nouvel édifice se distingue par une pièce chauffée par hypocauste : il pourrait s’agir de thermes. Au sud-est, plusieurs pièces équipées de foyers abritent sans doute des artisans. Derrière, un vaste espace vide évoque une place, sans écarter l’hypothèse qu’on se trouve à la limite de l’agglomération. Enfin, de l’autre côté de la rue, des structures en creux (fosses, négatifs de poteaux, puits) ainsi que des sols délimités par des maçonneries pourraient témoigner d’une activité artisanale pratiquée en bordure de voie. De nombreux pesons de métiers à tisser y ont notamment été découverts.

Affaire à suivre !

Ces premiers résultats montrent la richesse et la diversité de l’agglomération des Brioratenses. La poursuite de la fouille (jusqu’en décembre 2021) sera à n’en pas douter riche de nouvelles données et d’enseignements sur la vie à l’époque romaine au bord du Rhône. Elément supplémentaire, une évaluation réalisée en 2019 à une centaine de mètres au nord a montré que l’agglomération antique s’étend dans cette direction. Affaire à suivre !

Opération d’archéologie préventive conduite à l’été et l’automne 2021 sur la commune de Briord (Ain), en préalable à la construction d’une maison individuelle

Prescription et contrôle scientifique : Service régional de l’archéologie d’Auvergne-Rhône-Alpes

Opérateur archéologique : Archeodunum (Responsable : Elio Polo)

Décapage en cours à Crissey

Parties de campagnes gallo-romaines

Parties de campagnes gallo-romaines

En octobre 2020, une équipe d’Archeodunum a investi le nord-ouest de la commune de Crissey (Saône-et-Loire). Mission : réaliser une fouille archéologique de 3 600 m² prescrite par le Service régional de l’archéologie de Bourgogne-Franche-Comté, en préalable à la création d’une plateforme logistique (Aubade / Comptoir des Fers). Sous les terres agricoles d’aujourd’hui, c’est une évocation des paysages campagnards d’époque romaine qui se dégage, sur un mode impressionniste.

Des drains, des fossés et des pots

Sous les trente centimètres de terre végétale retirés en début d’opération, apparaissent les stries parallèles de drains modernes – qui ont parfois recoupé les structures anciennes.
2000 ans auparavant, c’est un autre réseau qui se développe sur l’ensemble de l’emprise. Il s’agit de plusieurs fossés, répartis en deux phases chronologiques (Ier siècle apr. J.-C. ; du milieu du IIe au IIIe siècle). Limites de parcelles ou de champs, fossés drainants, bordures de chemin, les usages sont difficiles à préciser.
Elément remarquable, l’équipe a découvert des vases brisés, mais complets, dans les comblements des fossés. Pour Marie-José Ancel, responsable de l’opération, ces dépôts visiblement intentionnels pourraient bien être liés au bornage des terres : une pratique fréquemment attestée en Gaule, également mentionnée par l’agronome latin Siculus Flaccus. C’est peut-être également à cette fonction qu’il faut rapporter les pots entiers découverts lors du diagnostic.

Plan général des vestiges
Plan général des vestiges
Le puits, vue en coupe
Le puits, vue en coupe

L’insondable profondeur du puits

Un puits a été découvert à l’ouest de l’emprise. Creusé dans l’argile, il est cuvelé de pierres dans sa moitié inférieure, en partie effondrée. Sa profondeur totale, supérieure à 2,70 m, reste inconnue, car la présence de la nappe phréatique n’a pas permis de poursuivre l’exploration. L’existence de ce puits est un indice en faveur d’une occupation de longue durée.

Patère en bronze
Patère en bronze
Bandages de roues de char en fer
Bandages de roues de char en fer

De terre, de rouille et d’os

Les vestiges antiques, principalement des négatifs de poteaux et quelques fosses, se concentrent dans la moitié ouest de la fouille. Ils sont en partie recouverts par un vaste « remblai » de près de 200 m², riche en fragments de tuiles et objets de la vie courante datés jusqu’au IIIe siècle après J.-C. Zone de dépotoir, cette couche témoigne de la proximité d’un habitat.
Parmi l’abondant mobilier, mentionnons une patère (récipient à manche pour les ablutions) et deux fibules en bronze, des bandages de roues de char et des outils agricoles en fer, ainsi que de nombreux récipients en céramique et quelques-uns en verre. Quelques fragments d’os animaux ont également été mis au jour.

Céréales killer : un grenier incendié

Si aucun habitat n’a pu être reconnu, un petit bâtiment rectangulaire se situe à l’est, à l’écart de la zone la plus dense en vestiges. Les quatre négatifs de poteau qui en révèlent l’existence dessinent le plan d’un grenier sans doute surélevé. Dans leur remplissage, des couches charbonneuses ou rubéfiées évoquent un incendie. Grâce à un tamisage très fin, on y a retrouvé des grains de blé, d’orge et de millet, ultimes restes des céréales qu’on y stockait !

Fouille en cours des trous de poteau du grenier
Fouille en cours des trous de poteau du grenier
Tombe
Tombe
Coffrage de pierre, pour une tombe d'enfant ?
Coffrage de pierre, pour une tombe d'enfant ?

Un peu d’au-delà

Outre ces traces d’organisation de l’espace et d’activités des vivants, nos archéologues ont découvert deux tombes à inhumation dans la zone la plus riche en vestiges. La première  abritait un individu adulte dont le squelette est très mal conservé – au point même qu’une tentative de datation par carbone 14 a été infructueuse ! Le corps a été enseveli dans une fosse étroite, sans aménagement ni mobilier particulier. Il est orienté la tête à l’ouest et repose sur le dos.
La seconde tombe est incertaine. Il s’agit d’un coffrage en pierres de petites dimensions, suggérant qu’il ait pu accueillir un enfant. Aucun ossement n’est toutefois conservé et il n’est pas possible d’assurer qu’il s’agisse bien d’une sépulture.

Et après ?

À l’issue du chantier, le Comptoir des Fers a repris possession des lieux pour y aménager sa plateforme. Côté archéologie, nos experts étudient l’ensemble des données recueillies (photos, dessins, objets, etc.) afin de comprendre au mieux comment on a vécu dans ce secteur du Chalonnais durant l’époque romaine. Tous les résultats sont rassemblés dans un rapport de fouille abondamment documenté.

Opération d’archéologie préventive conduite en automne 2020 sur la commune de Crissey (Saône-et-Loire), en préalable à la création d’une plateforme logistique.

Prescription et contrôle scientifique : Service régional de l’archéologie de Bourgogne-Franche-Comté.

Maîtrise d’ouvrage : Comptoir des fers

Opérateur archéologique : Archeodunum (Responsable : Marie-José Ancel)

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Recherches archéologiques en cours à l’Hôtel-Dieu

Recherches archéologiques en cours à l’Hôtel-Dieu

Avant la future Bibliothèque métropolitaine, Archeodunum écrit une nouvelle page du passé de Clermont-Ferrand

Clermont Auvergne Métropole : A livres ouverts #2 : Feuilleter la terre

Après la Place des Carmes, c’est de l’autre côté du cœur historique de Clermont-Ferrand que les archéologues d’Archeodunum ouvrent une nouvelle fenêtre sur le passé de la capitale auvergnate sous la responsabilité de Marco Zabeo.

La transformation de l’Hôtel-Dieu en Bibliothèque métropolitaine est à l’origine d’une fouille archéologique de près de 5 000 m².

Clermont Auvergne Métropole en assure la maîtrise d’ouvrage, et le contrôle scientifique est réalisé par le Service régional de l’archéologie.

La deuxième tranche de travaux est en cours, à l’emplacement du futur « jardin de lecture ». On y découvre principalement la frange ouest de la ville gallo-romaine, avec rue, portique et constructions, ainsi que des vestiges plus récents qui font le lien avec l’Hôtel-Dieu.

Le site en images

L’Hôtel-Dieu et les zones archéologiques vus du ciel. En jaune, la fouille en cours. (Google Earth et Archeodunum)
L’Hôtel-Dieu et les zones archéologiques vus du ciel. En jaune, la fouille en cours. (Google Earth et Archeodunum)
Le chantier a démarré en hiver
Le chantier a démarré en hiver
En plein décapage
En plein décapage
L’équipe au travail au pied de l’Hôtel-Dieu
L’équipe au travail au pied de l’Hôtel-Dieu
Rue antique et école ultra-moderne
Rue antique et école ultra-moderne
Canalisations en bois, dont seuls subsistent les joints en fer.
Canalisations en bois, dont seuls subsistent les joints en fer.
Canalisations en bois, dont seuls subsistent les joints en fer.
Canalisations en bois, dont seuls subsistent les joints en fer.
Une entrée de cave
Une entrée de cave
Manque de pot : d’un vase antique, seul a survécu ce décor de Bacchus
Manque de pot : d’un vase antique, seul a survécu ce décor de Bacchus
Découvert à Pâques (ou peu s’en faut), un faux œuf en terre blanche
Découvert à Pâques (ou peu s’en faut), un faux œuf en terre blanche

Opération d’archéologie préventive conduite début 2021 sur la commune de Clermont-Ferrand, sur le site de l’Hôtel-Dieu, en préalable à sa transformation en bibliothèque.

Prescription et contrôle scientifique : Service Régional de l’Archéologie d’Auvergne-Rhône-Alpes

Maîtrise d’ouvrage : Clermont Auvergne Métropole

Opérateur archéologique : Archeodunum (Responsable : Marco Zabeo)

Fig. 8 : Pot miniature sans doute lié à un défunt

Avant les gendarmes, des Romains !

Avant les gendarmes, des Romains !

C’est à la construction d’une nouvelle gendarmerie, et sur prescription de la DRAC Auvergne-Rhône-Alpes (SRA), que l’on doit la plus vaste fouille archéologique jamais ouverte sur l’agglomération antique d’Aquae Segetae (secteur de Moingt à Montbrison). Au cours de l’été 2020, non loin des fameux thermes de Sainte-Eugénie, c’est tout un pan de la cité romaine qui a émergé, sous les pioches et les truelles des archéologues d’Archeodunum, coordonnés par Camille Nouet (fig. 1).

Fig. 1 : Vue aérienne de la fouille
Fig. 1 : Vue aérienne de la fouille
Fig. 2 : Vestiges romains traversés par une canalisation moderne
Fig. 2 : Vestiges romains traversés par une canalisation moderne

Mèches, pièces détachées et mâchefer : un peu d’archéologie industrielle…

Nous nous situons à l’angle de la Rue Centrale et de la Rue du Repos. Tout au long du XXe siècle, la parcelle a vu se succéder des entreprises industrielles : fabrique de mèches et tarauds, scierie, peinture, équipement automobile, etc. Les dernières installations ont été démantelées en 2012. Si, au sol, il n’en demeure qu’une dalle de béton, les archéologues ont mis au jour toute une série de vestiges modernes : canalisations, gaines électriques, fondations en béton armé ou en mâchefer. Fort heureusement, ces constructions n’ont que partiellement détruit les vestiges antiques (fig. 2).

 

Une ville romaine qui n’est pas inconnue

La ville à laquelle a succédé Moingt s’appelait Aquae Segetae au temps des Romains. Ce nom nous est connu grâce à la célèbre Table de Peutinger, copie médiévale d’une carte routière romaine. La configuration de cette ville thermale se dessine par plusieurs monuments, découverts à partir du XVIIe siècle : un théâtre, des thermes, un probable sanctuaire, des habitations.

Fig. 3 : Plan général des vestiges
Fig. 3 : Plan général des vestiges

Une succession de bâtiments romains

Camille Nouet et son équipe ont découvert plusieurs bâtiments appartenant à différentes époques de l’antiquité romaine, entre le Ier et le IIIe siècle (fig. 3). Les murs, qui sont les premiers repères, sont pour la plupart très érodés. Certains ont conservé l’enduit et la peinture qui les recouvraient. Les sols qui dessinent les pièces des bâtiments sont faits de différentes manières. La plupart du temps, ils sont en mortier de chaux, parfois agrémentés d’éclats de tuiles ou de briques. D’autres sont simplement en terre battue : le mobilier, les poteries principalement, écrasé à leur surface, facilite leur repérage.

Une foule d’objets riches d’enseignements

Les nombreuses poteries sont déterminantes pour les archéologues, car elles permettent de dater les couches dans lesquelles elles ont été trouvées (fig. 4). Les couches de démolition et les remblais, riches en objets et en matériaux brisés, apportent de précieux renseignements sur l’architecture et la vie quotidienne (fig. 5). Une mention spéciale pour les enduits d’une colonnade décorés de motifs végétaux ! (fig. 6)

Fig. 4 : Poteries
Fig. 4 : Poteries
Fig. 5 : Spatule en bronze
Fig. 5 : Spatule en bronze
Fig. 6 : Fragments d’enduits décorés appartenant à une colonne
Fig. 6 : Fragments d’enduits décorés appartenant à une colonne

Un chauffage par le sol, emblématique du monde romain

Un élément remarquable a été dégagé au nord-est de la fouille. Il s’agit d’un hypocauste, un dispositif destiné à « chauffer par en-dessous » une pièce (fig. 7). La chaleur d’un feu dessert, grâce à un canal, un espace souterrain. Ici, des petites colonnes en briques supportent le sol de la pièce chauffée. La chaleur remonte le long des parois par des briques creuses. L’espace peut être une simple pièce chauffée, ou bien une salle de bain. Ce chauffage par le sol est bien connu à l’époque romaine et largement utilisé dans tout l’Empire romain.

Fig. 7 : Vue aérienne de l'hypocauste
Fig. 7 : Vue aérienne de l'hypocauste

Forgerons et sépultures

Au nord de la fouille, l’équipe a trouvé de nombreuses fosses remplies de déchets métallurgiques et de charbons. Cela suggère la présence d’une forge. Au sud, ce sont plusieurs petits pots intacts qui ont été découverts (fig. 8). Ils accompagnaient probablement un défunt. Plus tard, lorsque le quartier antique est abandonné, quelques sépultures sont installées ici et là, sans doute au Moyen‑Âge.

Fig. 8 : Pot miniature sans doute lié à un défunt
Fig. 8 : Pot miniature sans doute lié à un défunt

Ouverture au public : un beau succès malgré les contraintes sanitaires

L’équipe s’est largement mobilisée pour ouvrir le chantier lors des Journées Européennes du Patrimoine, dans le cadre des manifestations organisées par la mairie de Montbrison. Le vendredi 18 et le samedi 19 septembre, ce sont deux classes élémentaires et près de 190 personnes qui ont été accueillies sur le site. Au programme, visites guidées et stands thématiques, sans oublier masques, gel hydroalcoolique et un petit orage qui n’ont en rien réfréné l’enthousiasme des visiteurs…

Et la suite ?

Depuis, le terrain a été rendu à l’aménageur afin qu’il puisse édifier la nouvelle gendarmerie. Côté archéologie, c’est un long travail d’analyse des données recueillies sur le terrain (dessins, photographies, objets, prélèvements) qui démarre. Nos spécialistes vont se livrer à de minutieuses études, afin de comprendre au mieux comment on a vécu dans ce secteur de la ville romaine d’Aquae Segetae. Tous les résultats seront réunis dans un rapport final abondamment documenté et argumenté.

Opération d’archéologie préventive conduite entre juillet et octobre 2020
sur la commune de Montbrison (Loire), Rue du Repos, avant la construction d’une gendarmerie

Prescription et contrôle scientifique : Service Régional de l’Archéologie d’Auvergne-Rhône-Alpes

Maîtrise d’ouvrage : SCI Caserne Montbrison

Opérateur archéologique : Archeodunum (Responsable : Camille Nouet)

Fig. 2 : Restes organiques dans un paléochenal

Et au milieu coulait une rivière

Et au milieu coulait une rivière

Des Gaulois et des Romains dans la plaine des Tilles.

Au cours de l’été 2020, l’entreprise Archeodunum a réalisé une fouille archéologique au lieu-dit « les Grands Pâtis », sur la commune de Champdôtre (21). Cette opération, prescrite par le Service régional de l’archéologie de Bourgogne-Franche-Comté, était un préalable à l’extension d’une carrière de sable exploitée par la société Maggioni SA. Sur 15 000 m2 au cœur de la plaine des Tilles, Elio Polo et son équipe ont exploré les traces de communautés agricoles gauloises et romaines installées de part et d’autre d’un cours d’eau disparu.

Une rivière disparue, mine de données pour les scientifiques

Bien avant les occupations gauloises et antiques, le site est traversé par une rivière qui semble active vers 10 000 avant J.-C. (fin du Tardigalciaire / début de l’Holocène) (fig. 1). Ce cours d’eau serpentait dans le vaste couloir alluvial actuellement parcouru par la Tille et l’Ouche. Son passage a creusé de nombreux sillons entre des buttes situées au nord et au sud du site.
Une fois colmatés, les anciens chenaux sont restés très humides. Leur comblement tourbeux a piégé et conservé énormément de restes organiques, bois, graines et pollens, qui livrent de précieux renseignements sur l’environnement et le climat (fig. 2). Pour approfondir l’analyse, une collaboration a été mise en place avec le laboratoire Chrono-Environnement de l’Université de Besançon (fig. 3).

Fig. 1 : Vue aérienne de la fouille.
Fig. 1 : Vue aérienne de la fouille.
Fig. 2 : Restes organiques dans un paléochenal
Fig. 2 : Restes organiques dans un paléochenal
Fig. 3 : Le laboratoire Chrono-Environnement de Besançon au travail
Fig. 3 : Le laboratoire Chrono-Environnement de Besançon au travail

Les Gaulois puis les Romains sont dans la plaine

Hormis quelques indices du Néolithique (5000-2000 av. J.-C.), une première fréquentation des lieux semble intervenir à la fin de l’Âge du Bronze (1000-800 av. J.-C.), au sud de la fouille, sous la forme d’un fossé de plan courbe – peut-être un enclos circulaire ?
Ensuite, c’est à la fin de la période gauloise et principalement à l’époque romaine que l’on retrouve des occupants au contact de la zone humide (fig. 6) .
Au Ier siècle avant J.-C., des fosses sont ainsi creusées dans un des bras de l’ancienne rivière – peut-être pour en extraire de la tourbe ? Un fer de hache y a été trouvé (fig. 4).

Fig. 4 : Fer de hache
Fig. 4 : Fer de hache
Fig. 5 : Squelette de chien
Fig. 5 : Squelette de chien
Fig. 6 : Plan général des vestiges.
Fig. 6 : Plan général des vestiges.

Au nord, des enclos pour le bétail 

Au début de l’époque romaine (Ier siècle après J.-C.), un chemin relie le paléochenal à un réseau de fossés situés au nord de la fouille. Ceux-ci dessinent de vastes enclos, que l’on pense destinés au bétail. À l’intérieur, des empreintes de poteaux évoquent des clôtures, des palissades ou des bâtiments. Plusieurs dizaines de fosses émaillent la zone, creusées dans le sable et le gravier. L’une d’elles contenait le squelette d’un chien (fig. 5).

Franchir l’ancienne rivière

Entre la fin du Ier siècle et le début du IIe siècle de notre ère, un nouveau chemin traverse le chenal principal. Large de près de 6 mètres, il est bordé par deux grands fossés, dont l’un renvoie les eaux vers l’ouest. De nombreux objets en poterie et en métal en sont issus (fig. 7).
Plus tard, un apport massif de graviers comble les fossés et le chemin. Pour Elio et son équipe, il s’agit d’opérations d’assainissement facilitant le franchissement de la zone humide.
Ici également, le contexte est favorable à la conservation d’objets, qui ailleurs n’auraient pas résisté aux outrages du temps : éléments organiques (noisettes, glands…), ou témoins des activités humaines, tels que des fragments de pieux (fig. 8) ou une semelle en cuir encore munie de ses clous (fig. 9).

Fig. 7 : Fibule en bronze
Fig. 7 : Fibule en bronze
Fig. 8 : Fragment de pieu
Fig. 8 : Fragment de pieu
Fig. 9 : Fragment de semelle en cuir encore munie de ses clous
Fig. 9 : Fragment de semelle en cuir encore munie de ses clous

Au sud, des puits et un habitat ?

Au sud de l’ancien cours d’eau, nulle trace de chemin, mais un enclos quadrangulaire, qui s’implante sur le fossé de l’Âge du Bronze. On retrouve comme au nord des groupes de poteaux et des fosses, mais en plus grand nombre. L’équipe suppose que c’est ici, ou à proximité, qu’habitaient les gens qui exploitaient ce secteur de la plaine. Un élément qui nourrit cette hypothèse est la présence d’une vingtaine de puits, des fosses circulaires larges de 1,70 m et profondes de 1,80 m (fig. 10). Au fond d’un de ces ouvrages rudimentaires, l’équipe a trouvé un pot complet (fig. 11) et des lames de forces à tondre. Ces objets viennent compléter les éléments de vie quotidienne, mais aussi l’outillage agricole ou artisanal (ciseaux à bois, pierre à aiguiser), recueillis ailleurs sur le site.

Fig. 10 : Un puits vu en coupe
Fig. 10 : Un puits vu en coupe
Fig. 11 : Pot en cours de fouille en laboratoire
Fig. 11 : Pot en cours de fouille en laboratoire

Et maintenant ?

À l’issue du chantier, le terrain sera exploité en carrière. Côté archéologie, nos experts étudieront l’ensemble des données recueillies (photos, dessins, objets, etc.) afin de comprendre au mieux comment on a vécu dans ce secteur de la plaine des Tilles entre le Ier siècle avant J.-C. et le IIIe siècle après J.-C. Plus particulièrement, les données paléo-environnementales alimenteront l’analyse du climat et du paysage sur le temps long. Tous les résultats seront synthétisés dans un rapport de fouille abondamment documenté.

Opération d’archéologie préventive conduite en été 2020 sur la commune de Champdôtre, en préalable à une extension de carrière

Prescription et contrôle scientifique : Service Régional de l’Archéologie de Bourgogne Franche-Comté

Maîtrise d’ouvrage : Ets L. Maggioni SA

Opérateur archéologique : Archeodunum (Responsable : Elio Polo)