Archives de catégorie : France

Retrouvez-nous les 19 & 20 septembre aux Journées Européennes du Patrimoine 2026 !

Les 19 et 20 septembre 2026, auront lieu les prochaines Journées Européennes du Patrimoine autour cette année du thème “Patrimoine en péril : raviver, résister, réimaginer”, auquel l’archéologie préventive, qui sauvegarde par l’information et la collecte un patrimoine le plus souvent amené à disparaître, fait un écho particulier. À cette occasion, Archeodunum vous propose six évènements pour aller à la rencontre de l’archéologie et du patrimoine, à travers conférence et rencontres sur site.

Retrouvez-nous à  :

19 septembre : Les fouilles du château des sires de Faucigny à Bonneville (Haute-Savoie)

Partez le temps d’une conférence à la découverte des fouilles archéologiques menées en 2025 au château des Sires de Faucigny. L’archéologue Auriane Lorphelin vous dévoilera les coulisses de son travail ainsi que les découvertes réalisées lors de cette campagne de restauration.

  • le samedi 19 septembre à 14h

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Profitez également d’une ouverture exceptionnelle du château aux visites par les Amis du Château et de la Bonne Ville.

19 septembre : Visite des fouilles des moulins de Chantelle (Allier)

Les archéologues menant les fouilles programmées des moulins de Chantelle (Allier) dont les archéologues d’Archeodunum Jean-Baptiste Kowalski et Maud Labalme, vous accueillent pour : Visite des fouilles, contes, jeu de piste, exposition, initia-tion à la taille de pierre, à la fouille, à l’archéologie du bâti, à la céramologie et à l’archéozoologie…

  • le samedi 19 septembre de 14h à 18h

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19 septembre : Des romains à Hermes (Oise) : archéologie à la Cité d’Alésia 

Venez découvrir en conférence les dernières actualités sur l’origine romaine de Hermes, et dialoguer avec un archéologue. Grâce à une fouille archéologique réalisée en 2025 à la Cité d’Alésia à Hermes (Oise), on en sait plus sur le passé romain de la ville. Sillonné par des rues, organisé en terrasses, c’est tout un quartier qui a émergé du sol, avec de l’artisanat du métal, des fours à chaux, du séchage de grains.

  • le samedi 19 septembre à 15h

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18 et 19 septembre : Visite de la chartreuse de Prémol (Isère)

Venez visiter le site naturel et historique de la Chartreuse médiévale et féminine de Prémol (XIIIe-XVIIIe s.) à l’invitation de Grenoble Alpes Métropole, de la mairie de Vaulnaveys-le-Haut et d’Archeodunum. La découverte du site passera notamment par le bâtiment de la porterie (édifice de l’époque moderne restauré ces dernières années) ainsi que par les premiers résultats des fouilles archéologiques menées au mois de juillet 2026.

  • le vendredi 18 septembre à 16h
  • le samedi 19 septembre à 11h et à 14h

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19 septembre : Sur les traces de la villa gallo-romaine de Sérézin-du-Rhône

Camille Nouet, responsable de l’opération, présentera les résultats de la fouille d’une villa antique, directement à l’emplacement où cette dernière a eu lieu. Vous pourrez découvrir l’histoire et l’architecture du bâtiment, les objets qui y ont été découverts, et ainsi obtenir un aperçu de la vie quotidienne durant l’Antiquité !

  • le samedi 19 septembre à 10h

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19 septembre : Palais épiscopal de Lisieux (Calvados)

Venez rencontrer au palais épiscopal de Lisieux les acteurs de son chantier de restauration, dont les archéologues d’Archeodunum.

  • le samedi 19 septembre de 10h et à 17h

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Toujours plus de menhirs à Carnac : Un nouveau centre cérémoniel du Néolithique

Toujours plus de menhirs à Carnac

Un nouveau centre cérémoniel du Néolithique

C’est à l’automne 2025 qu’une équipe d’Archeodunum a réalisé une fouille archéologique sur la commune de Carnac (Morbihan ; fig. 1). Cette opération, prescrite par le Service régional de l’archéologie de Bretagne, était motivée par l’extension de la déchèterie de Montauban. Les archéologues ont mis au jour les vestiges d’un vaste complexe mégalithique du Ve millénaire avant notre ère.

Fig.1 : Exploration des vestiges du V e millénaire avant notre ère.
Fig. 2 : Vue générale de l’emprise de fouille.
Fig. 3 : Plan général des vestiges.

Au coeur du secteur UNESCO

Le site prend place à l’est du bourg de Carnac, à seulement 850 m au sud des grands alignements de Kerlescan. Le contexte archéologique est riche dans ce secteur mondialement connu pour ses vestiges mégalithiques du Néolithique et le site est entouré de nombreux monuments comme le dolmen de Kercado ou le tumulus de Kerdual. Sur près de 8 000 m², les archéologues ont exploré plus de 250 aménagements, appartenant dans leur grande majorité au Néolithique moyen (fig. 1 et 2).

Des files de menhirs et des foyers

Au nord de la zone de fouille, une vingtaine de fosses ont livré des dispositifs de calage de stèles (ou menhirs). Ces structures semblent organisées en au moins deux alignements parallèles, orientés est-ouest (fig. 3). Les menhirs ne sont plus en place dans leurs fosses d’installation. Ils ont été retrouvés, souvent fragmentés, dans d’autres fosses, elles aussi datées du Néolithique, mais dépourvues de pierres de calage (fig. 4). Les alignements ont certainement été démantelés dès la fin du Néolithique moyen. Ces aménagements sont associés à près d’une trentaine de foyers à pierres chauffées (fig. 5) – une juxtaposition qui n’est pas rare sur les sites mégalithiques de la région. Les premières analyses réalisées suggèrent que ces foyers étaient destinés à cuire des aliments, peut-être lors de repas collectifs.

Fig.4 : Un fragment de menhir en cours de dégagement .
Fig. 5a : Démontage en cours d'un foyer.
Fig. 5a : Plusieurs foyers en cours de fouille.

Deux monuments funéraires néolithiques

Entre les alignements, c’est une tombe mégalithique qui a été mise au jour (fig. 6). Le cairn (masse de pierre couvrant la sépulture) mesure environ 3 m de diamètre. Plusieurs grandes dalles délimitent le coffre central. Aucun reste osseux n’était malheureusement conservé en raison de l’acidité du sol granitique. Ce monument vient faire écho au tumulus du Ruisseau aux Anguilles, un tertre de 10 m de diamètre situé à l’est de la zone de fouille.

Un exceptionnel bâtiment circulaire

La fouille a également révélé un bâtiment de plan circulaire. Cette construction sur poteaux plantés, dont il ne subsiste que les fosses d’ancrage, mesure environ 10 m de diamètre (fig. 7). Cette découverte est exceptionnelle, car aucun bâtiment de cette forme n’était connu jusqu’ici pour le Néolithique en Bretagne. Les exemples les plus proches se trouvent en Normandie ou au sud de la Loire-Atlantique. La proximité de ce bâtiment avec les alignements de pierres dressées est intéressante et soulève la question de sa fonction. Est-ce un bâtiment d’habitation ou un espace plus symbolique ?

Fig.6 : La tombe mégalithique avec son coffre central délimité par des dalles.
Fig. 7 : Vue générale du bâtiment circulaire après fouille.
Fig. 8 : Les menhirs ont été prélevés pour étude.

Et après ?

Tout le mobilier (céramique, lithique, charbons de bois, etc.) et les menhirs ont été prélevés (fig. 8). Le terrain, rebouché, peut accueillir l’extension de la déchèterie. Côté archéologie, nos experts vont étudier l’ensemble des éléments recueillis (photos, dessins, objets, etc.). Des analyses par le radiocarbone permettront d’affiner la datation de tous ces aménagements. Tous les résultats seront rassemblés dans un rapport de fouille abondamment documenté, qui permettra de mieux comprendre l’origine et la fonction de ce complexe mégalithique situé à quelques centaines de mètres seulement des grands alignements de Carnac.

Opération d’archéologie préventive conduite à l’automne 2025 sur la commune de Carnac, au lieu-dit « 3 rue gallo-romaine », en préalable à l’extension de la déchèterie de Carnac.

Prescription et contrôle scientifique :
Service régional de l’archéologie de Bretagne 

Commanditaire : Auray-Quiberon-Terre-Atlantique (AQTA)

Opérateur archéologique : Archeodunum

Responsable : Audrey Blanchard

Retrouvez la notice complète du site
(à venir)

Équipe de terrain & post-fouille

  • Audrey BLANCHARD (RO)
  • Suzon BOIREAU
  • François CORBEAU
  • Pierre FERNANDEZ
  • Jean-Noël GUYODO
  • Margaux LAINE
  • Geoffrey LEBLE
  • Valentin LEHUGEUR
  • Alexandre POLINSKI
  • Kevin SCHAEFFER

Avant la brique et le béton : terre et bois à l’époque gauloise à Bellevigny

Avant la brique et le béton : terre et bois à l’époque gauloise

800 ans d’évolution d’un terroir à Bellevigny

Le projet d’aménagement d’un nouveau lotissement à Bellevigny (Vendée) a motivé la réalisation d’un diagnostic, puis la prescription d’une fouille archéologique sur une surface de plus de 3 hectares. Dans ce contexte, les archéologues d’Archeodunum sont intervenus en 2023 et ont découvert des vestiges datant du dernier millénaire avant notre ère, dont de nombreux bâtiments à ossature de bois et leur contexte d’implantation (fig. 1).

Fig.1 : L’équipe de fouille analyse une ferme isolée du début du second âge du Fer.
Fig. 2 : Au début de la fouille, le décapage des terres mobilise de nombreux engins.
Fig. 3 : Plan schématique des vestiges archéologiques.

Des vestiges et des racines

Le décapage mécanique, réalisé en plusieurs étapes et dans des conditions climatiques parfois difficiles, a permis aux archéologues de reconnaître près de 1000 anomalies (fig. 2). Défi essentiel pour l’équipe : bien distinguer les vestiges proprement archéologiques au milieu de multiples traces d’origine naturelle (petites dépressions, terriers, racines). Finalement, 395 structures ont pu être attribuées à l’action humaine (fig. 3).

A chaque époque son architecture

Trois phases d’occupation se succèdent au cours du premier millénaire avant notre ère. La plus ancienne (IXe – Ve siècle avant notre ère, premier âge du Fer) a livré un petit édifice circulaire (fig.4). Plus tard (Ve – IIIe siècle avant notre ère), un premier établissement rural voit le jour, sous la forme d’un vaste enclos de près de 5 200 m2, en forme d’arc de cercle, abritant un imposant bâtiment sur poteaux et tranchée de fondation (fig. 5), ainsi que quelques édifices plus modestes et deux puits. Enfin, la dernière période d’occupation (IIe – Ier siècle avant notre ère) est caractérisée par de nombreuses constructions sur quatre poteaux, dont certaines sont bien connues des chercheurs et des chercheuses (fig. 6).

Fig. 4 : L’édifice circulaire du premier âge du Fer en cours de fouille. Diamètre : env. 4,50 m.
Fig. 5 : Vue aérienne des vestiges d’un bâtiment gaulois au lever du soleil.
Fig. 6 : Plan typique des bâtiments sur poteaux à la fin de la période gauloise. Longueur : environ 7 m.
Fig. 7 : Vestiges de la porte principale d’accès à l’enclos.

À la fin de l’époque gauloise, un domaine agricole et ses abords

La fin de l’époque gauloise (IIe – Ier siècle avant notre ère) est marquée par l’émergence d’un nouvel établissement rural dans la partie sud de l’emprise. Il est matérialisé par un enclos rectangulaire, dont seule la moitié nord a pu être étudiée. Sa limite est marquée par un profond fossé, probablement doublé par un talus en terre (cf. fig. 3). L’accès principal, à l’ouest, en était gardé par une imposante porte dont ne subsistent, comme pour les bâtiments, que les fosses d’implantation des poteaux (fig. 7).

Au nord, on trouve une douzaine de bâtiments organisés autour d’un espace central vide, et environnés de plusieurs fosses de rejet. L’ensemble se répartit sur une zone d’environ 200 m de large, sans dispositif apparent de délimitation. Il s’agit probablement d’un hameau dépendant de l’établissement au sud.

Meules, amphores et plaques de cuisson

Le mobilier archéologique découvert permet de caractériser la vie des habitants des lieux (fig. 8). Il s’agit principalement de vaisselle de consommation en céramique (fig. 10). Quelques amphores témoignent de l’importation de vin depuis l’Italie romaine. On y trouve également plusieurs fragments de meules en granite, ainsi que de nombreux vestiges en terre qui ont subi l’action du feu (plaques de cuisson, torchis, parois) (fig. 10).

Fig. 8 : Meules, pots et amphore : échantillon des objets découverts lors de la fouille.
Fig. 9 : Fouille de plusieurs pots en céramique.
céramique. - Fig.10 : Amas de plaques de 8 cuisson en terre rougie par le feu.

Un bel aperçu d’un passé plurimillénaire

Aujourd’hui, le nouveau lotissement est en cours de construction sur les terrains fouillés. Les données récoltées par les archéologues (plans, photos, mobilier, etc, …) ont été étudiées et rassemblées dans un copieux rapport scientifique. Celui-ci, ainsi que les archives de terrain, ont été remis au Service régional de l’archéologie. En somme, les découvertes faites à Bellevigny nous donnent un bel aperçu de la variété de l’architecture et de la structuration d’un terroir au temps des Gaulois dans cette région.

Opération d’archéologie préventive conduite entre mars et juillet 2023 sur la commune de Bellevigny, à la rue des Prés, en préalable à la construction d’un lotissement

Prescription et contrôle scientifique :
Service régional de l’archéologie des Pays de la Loire

Commanditaire : Commune de Bellevigny

Opérateur archéologique : Archeodunum

Responsable : Rémy Rollet

Équipe de terrain

  • Shannah BARBEAU
  • Florian DIOCHET*
  • Agathe GAUCHER
  • Camille JOLY*
  • Clémence PILORGE*
  • Fanny PRAUD*
  • Rémy ROLLET*
  • Valentin WALTER*
    * fouille et post-fouille

Équipe de post-fouille

  • Marianne ALASCIA MORADO
  • Audrey BLANCHARD
  • Géraldine CAMAGNE
  • Priscille DHESSE
  • Geoffrey LEBLE
  • Émilie MERVEILLEUX
  • Alexandre POLINSKI
  • Chloé POIRIER-COUTANSAIS
  • Kevin SCHAEFFER
  • Sandrine SWAL

Genas, à la découverte de la bâtie d’Azieu

Genas :

À la découverte de la bâtie d’Azieu

Premiers résultats de la fouille archéologique

Grâce au financement de la mairie de Genas, la société Archeodunum a pu procéder à la fouille de la bâtie d’Azieu du 29 juin au 24 juillet 2026 (fig. 1). Il s’agit d’une étude passionnante car plurielle, invoquant à la fois l’archéologie dite « sédimentaire » – qui se rapporte aux vestiges enfouis dans le sol – et l’archéologie dite « du bâti » – pour l’analyse des vestiges encore en élévation.

Fig. 1 : Décapage mécanique de la zone de fouille.
Fig. 2 : Trou de poteau signalant la présence d'une structure en bois aujourd'hui disparue.
Fig. 3 : Exemple de la bâtie Rouelbeau, avec restitution d'après les données de fouille de son enceinte en pierre. © On-situ / Service cantonal d'archéologie de Genève

Guerre…

Dans le contexte d’un conflit territorial entre le Dauphiné et les comtes de Savoie, ces derniers font ériger la bâtie d’Azieu afin de défendre la frontière. Elle est constituée de bâtiments destinés à la vie de la garnison, protégés par une vaste enceinte. Les bâties, construites généralement en bois dans un premier temps (fig. 2), se parent rapidement d’enceintes en pierres, plus solides pour résister aux assauts (fig. 3). En leur sein, les aménagements en bois et en pierre cohabitent.

… et paix

À la fin du conflit, de nombreuses bâties sont abandonnées, tandis que d’autres perdurent, à l’instar de la bâtie d’Azieu (fig. 4). Si les sources historiques peuvent être lacunaires, de nombreuses mentions indiquent toutefois que l’édifice accueille « le grenier » du Dauphiné. En contribuant au stockage et à la protection des denrées, la place forte reste donc un lieu majeur pour le territoire.

Fig. 4 : La bâtie en cours de fouille avec en arrière-plan son mur d'enceinte toujours en élévation.
Fig. 5 : Mise au jour de vestiges enfouis dans le sol.
Fig. 6 : Foyer aménagé à même le sol.

Les apports de l’archéologie

Les fouilles archéologiques ont pu confirmer la présence de vestiges conservés en sous-sol (fig. 5). Si l’emprise fouillée ne permet pas encore de projeter un plan des aménagements intérieurs, les structures mises au jour attestent la présence de bâtiments en bois, d’espaces dédiés à la vie quotidienne et à la subsistance, et d’éléments de confort tels qu’un foyer (fig. 6). La poursuite des recherches permettra sans nul doute de comprendre l’organisation interne de la bâtie d’Azieu et de la restituer. Les reliefs visibles aujourd’hui ainsi que les résultats de la prospection géophysique nous indiquent que la bâtie a encore de nombreux secrets à nous révéler.

Affaire à suivre

Après la fouille, l’analyse des données recueillies nous permettra d’affiner la compréhension de ces espaces et leur fonction. L’étude du mobilier mis au jour (céramique, petit mobilier, restes de faune…) précisera quant à elle les datations, et fera également la lumière sur les usages dans la bâtie d’Azieu (fig. 7 & 8), nous dévoilant alors tout un pan de la vie quotidienne dans cette vaste fortification.

Fig. 7 : Exemple de mobilier découvert lors de la fouille : molette d'éperon (diam. : 8 cm), carreau d'arbalète (longueur : 12 cm)
Fig. 8 : Exemple de mobilier découvert lors de la fouille : fragments de céramique.

Opération d’archéologie programmée conduite en juillet 2026 sur la commune de Genas (Rhône) à l’initiative et grâce au financement de la ville de Genas.

Prescription et contrôle scientifique :
Service régional de l’archéologie d’Auvergne-Rhône-Alpes

Commanditaire : Ville de Genas

Opérateur archéologique : Archeodunum

Responsable : Auriane Lorphelin

Équipe de terrain

  • Auriane LORPHELIN (RO)
  • Jean-Baptiste KOWALSKI (RA)
  • Aurélie COURTOT
  • Jean BROUARD
  • Eloi JEGAT
  • Zoé BONNIN
  • Pieter HELWIG
     

Notes.

1 – Un castrum désigne au Moyen Âge un château et l’habitat qui lui est subordonné.

Empurany : la tour du Fort scrutée par des archéologues

Empurany :

La tour du Fort scrutée par des archéologues

Le projet de création d’un musée dans la tour du Fort d’Empurany, porté par la commune, a été l’occasion d’étudier un pan de l’histoire de l’agglomération, grâce à la prescription du Service régional de l’archéologie de la région Auvergne-Rhône-Alpes. En 2024 et 2025, les archéologues de la société Archeodunum ont en effet eu accès aux maçonneries des élévations intérieures et extérieures de la tour (fig. 1), ainsi qu’au sous-sol des rues adjacentes lors de l’installation de réseaux (fig. 2). Les découvertes enrichissent l’histoire de la tour et du village.

Fig.1 : Vue générale d’Empurany avec son église (en haut) et sa tour (au centre).
Fig. 2 : Plan masse des vestiges découverts. -

La « tour du Fort »

Un ancien castrum1 est mentionné à Empurany à partir du XIIIe siècle. La tour qui occupe le centre du village, à proximité immédiate de l’église, pourrait avoir appartenu à ce castrum. Il s’agit d’un bâtiment quadrangulaire d’environ 8,5 m de long sur 7 m de large, qui se développe sur près de 10 m de haut. Communément appelée « tour du Fort », cette architecture présente de puissants murs, bâtis en moellons de granite extraits localement.

L’évolution de la tour

L’étude fine des maçonneries a permis de proposer un phasage chronologique de cette tour, depuis sa construction jusqu’à nos jours (fig. 3 et 4). Il apparaît que l’édifice a été extrêmement modifié, tant en plan qu’en élévation. Les vestiges de son état initial ne sont conservés que dans
son mur est, sur 6 m de haut (fig. 5). À l’origine, la tour, plus vaste, s’étendait vers le sud et l’est. Elle a été dotée d’un contrefort, puis d’un mur taluté qui a par la suite été partiellement supprimé. L’intérieur a également été réaménagé à plusieurs reprises, notamment à la fin du XVe siècle pour transformer la tour en lieu d’habitation.

Fig. 3 : Relevé de la façade est à partir d’une photogrammétrie.

Fig. 4 : Représentation en coupe de la tour selon un axe ouest-est.
Fig. 5 : Vestiges d’une fenêtre moulurée appartenant à l’état d’origine de la tour.
Fig. 6 : Une archéologue fait un relevé du décor peint.

La découverte d’un enduit peint de l’époque moderne

Au premier étage de la tour, les décroutages réalisés sur les parements intérieurs ont mis au jour un décor peint au-dessus d’une porte (fig. 6). Il représente en trompe l’oeil une fenêtre à petit bois, dont l’embrasure est symbolisée par de fins traits noirs marquant la perspective. Ce décor a fait l’objet d’une restauration et sera visible par les visiteurs du musée (fig. 7).

Les traces d’occupation dans le sous-sol

La tour est construite directement sur le substrat rocheux (fig. 8). Celui-ci a conservé quelques traces d’occupations successives dans les rues adjacentes, à l’exemple des fondations des murs des états antérieurs. De plus, un puits circulaire taillé dans la roche a été partiellement dégagé (fig. 9). Son comblement n’a pas été exploré et il demeure délicat d’en proposer une datation. Une canalisation était également conservée en partie. Elle suit le même axe que la rue nord/sud qui longe la tour et devait servir à évacuer les eaux au Moyen Âge et à la période moderne.

Fig. 7 : La fenêtre en trompe-l’oeil après restauration © C. Bassano.
Fig.8 : Le substrat rocheux a livré quelques témoignages d’occupations anciennes..
Fig. 9 : Le puits circulaire taillé dans le rocher mis au jour à proximité de la tour.

Et maintenant ?

Les travaux sont terminés et le musée peut ouvrir ses portes et permettre au public de découvrir l’histoire d’Empurany. Côté archéologie, un long travail d’analyse des données recueillies sur le terrain est en cours (relevés, photographies, objets, prélèvements, documents d’archive). Tous les résultats seront réunis dans un rapport final abondamment documenté. Les archives et les objets seront remis à l’État, qui en assurera la conservation.

Opération d’archéologie préventive conduite en 2024 et 2025 sur la commune d’Empurany au  lieu-dit Rue du Fort, en préalable à la restauration de la tour du Fort en vue de sa transformation en musée

Prescription et contrôle scientifique :
Service régional de l’archéologie d’Auvergne-Rhône-Alpes

Maîtrise d’oeuvre : Municipalité d’Empurany

Opérateur archéologique : Archeodunum

Responsable : Cécile Rivals

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Équipe de terrain

  • Cécile RIVALS* (RO)
  • Jean-Baptiste KOWALSKI
  • Charlotte SANCHEZ
  • Camille COLLOMB*
  • Guilhem TURGIS
  • Jessy CROCHAT
    * Fouille & post-fouille
     

Notes.

1 – Un castrum désigne au Moyen Âge un château et l’habitat qui lui est subordonné.

Des Gaulois et quelques Romains à Sarzeau

Des Gaulois et quelques Romains à Sarzeau

Un passé insoupçonné en presqu’île de Rhuys

À l’automne 2021, une équipe d’Archeodunum s’est rendue à Sarzeau (Morbihan), à quelques kilomètres du littoral. Objectif : fouiller une parcelle de 8 000 m2, avant son intégration dans un parc résidentiel de loisirs. Les six archéologues ont découvert des traces d’occupations passées du Néolithique, de l’âge du Fer et de l’époque gallo-romaine (fig. 1).

Plus de quatre millénaires de fréquentation

L’exploration de la zone de fouille a permis l’identification de nombreux vestiges, notamment sous la forme de trous de poteau et de fossés comblés (fig. 2). Les plus anciennes traces humaines remontent à la période du Néolithique moyen (autour de 4300 avant notre ère), représentées par un foyer à pierres chauffées. Trois millénaires plus tard, un établissement gaulois est aménagé, au début du IVe siècle avant notre ère (fig. 5). Il perdurera sur une centaine d’années avant d’être abandonné. La dernière phase d’occupation correspond à des aménagements fossoyés datés du Haut-Empire, entre le Ier et le IIe siècle de notre ère.

Fig.1 : Les principaux vestiges après le décapage du site.
Fig. 2 : Décapage en cours sous l’oeil vigilant des archéologues.

Un établissement gaulois impressionnant en façade

L’occupation gauloise est structurée par un enclos ovalaire de 500 m², autour duquel des fossés
délimitent des champs dévolus à la culture et à l’élevage. On pouvait accéder à l’enclos depuis le nord-ouest, par une entrée monumentale, bordée de part et d’autre de deux fossés profonds, doublés de talus. Un porche complétait ce dispositif. À l’opposé, la façade orientale de l’enclos présente un fossé bien moins profond, qui ne révèle plus aucun signe ostentatoire ou défensif (fig. 3 et 4).

Fig. 3 : Le fossé de l’enclos ovalaire en cours de fouille mécanique ...
Fig. 4 : ... et manuelle.
Fig. 5 : Plan de l’enclos ovalaire et des bâtiments.

Des bâtiments sur tranchées et poteaux à la forme inédite

L’enclos ovalaire abritait le coeur de l’occupation. On y trouve deux bâtiments à plan en L qui se font face, autour d’une petite cour centrale (fig. 5). D’une surface au sol estimée respectivement de 30 m² et de 45 m², ces édifices étaient constitués d’une ossature de bois et de murs en clayonnage et en torchis. N’en subsistent aujourd’hui que les creusements des poteaux et les tranchées de fondation des cloisons (fig. 6 et 7). La morphologie atypique des deux bâtiments, corrélée à l’effet de symétrie créée par leur implantation, ne trouve à ce jour guère de comparaison. La question du rôle de ces bâtiments se pose également : s’il n’y a pas d’indice sur une éventuelle fonction d’écurie ou d’étable, la maigre récolte d’objets renvoie plutôt à la sphère domestique.

Des indices d’installations gallo-romaines dans les parages

Entre le milieu du Ier et le début du IIe siècle de notre ère, un chemin creux et un réseau de fossés sont implantés de manière orthogonale. Un puits est également creusé dans l’une des parcelles (fig. 8). Ces espaces périphériques, discrètement perçus, témoignent de la présence d’un établissement agricole dans les environs, encore inconnu des archéologues.

Fig. 6 : Vestiges des bâtiments à plan en L.
Fig. 7 : Vestiges des bâtiments à plan en L.
Fig.8 : Le puits gallo-romain en cours de relevé.

Qu’en est-il aujourd’hui ?

Le terrain exploré est à présent intégré au parc résidentiel de loisirs de Feuntenio et accueille de nouvelles habitations – en écho lointain au temps des Gaulois. Côté archéologie, après la fouille, l’ensemble des données recueillies a été minutieusement étudié par les spécialistes d’Archeodunum. Le rapport scientifique issu de cette opération d’archéologie préventive, terminé en 2023, est librement consultable sur internet.

Opération d’archéologie préventive conduite en octobre et novembre 2021 sur la commune de Sarzeau, chemin du Feuntenio, en préalable à l’extension du PRL Le Feuntenio

Prescription et contrôle scientifique :
Service régional de l’archéologie de Bretagne

Maîtrise d’oeuvre : Commune de Sarzeau

Opérateur archéologique : Archeodunum

Responsable : Rémy Rollet

Équipe de terrain

  • Rémy ROLLET* (RO)
  • Suzon BOIREAU* (RA)
  • Shannah BARBEAU*
  • Anaïs BARREAUX
  • Agathe GAUCHER
  • Camille JOLY*
  • Geoffrey LEBLE*
    * Fouille & post-fouille
     

Équipe de post-fouille

  • Chloé POIRIER-COUTANSAIS,
  • Lola TRIN-LACOMBE
  • Audrey BLANCHARD
  • Géraldine CAMAGNE
  • Laurie FLOTTES
  • Gaëlle DESGRANGES
  • Sandrine SWAL
     

À la recherche du temple perdu : un sanctuaire gallo-romain à Valromey-sur-Séran

À la recherche du temple perdu

Un sanctuaire gallo-romain à Valromey-sur-Séran

Durant les rudes mois d’hiver 2024-2025, au coeur du Bugey, une équipe de la société Archeodunum a exploré un temple d’époque romaine jusqu’ici inconnu (fig. 1). Cette découverte totalement inattendue a été faite à Valromey-sur-Séran, à côté de l’église du hameau de Vieu. La fouille a eu lieu avant la construction d’une maison particulière, sur une surface d’environ 550 m². Prescrite par le Service régional de l’archéologie, l’opération a été entièrement financée par l’État (Fonds national pour l’archéologie préventive).

Fig.1 : Les archéologues à l’œuvre dans le sanctuaire d’époque romaine.
Fig. 2 : Vus du ciel, les deux carrés concentriques du temple sont parfaitement visibles.
Fig. 3 : Evocation d’un fanum semblable à celui de Valromey (© J.-C. Golvin).

Une découverte aussi belle que surprenante

Lorsque les archéologues ont démarré l’opération, ils ne s’attendaient pas à trouver des vestiges en si grand nombre, ni d’une telle nature. Le coeur des découvertes est un temple gallo-romain (fig. 2). Ce type d’édifice, appelé fanum par les spécialistes, se caractérise par un plan centré constitué de deux carrés concentriques. Seules les fondations sont conservées, mais elles permettent d’identifier avec certitude une pièce centrale (cella), qui accueillait la statue de la divinité, et une galerie périphérique, fréquentée par les fidèles (fig. 3). Si ce genre d’édifice est bien connu dans le monde gallo-romain, les nouvelles découvertes demeurent exceptionnelles.

Organisation et fonction de l’espace sacré

Le temple prend place au sein d’une cour empierrée, fermée par un mur d’enceinte dont seule la partie nord nous est parvenue. De très nombreuses fosses ont  été recensées dans cet espace ouvert (fig. 4), mais rares sont celles liées à l’activité du sanctuaire. L’une d’entre elles contenait des ossements animaux pouvant résulter d’un sacrifice. D’autres fosses pourraient signaler la présence de plantations, témoignant d’un aménagement paysager. L’ensemble suggère une occupation structurée de l’espace.

Fig. 4 : Plan général des vestiges.
Fig. 5 : Les murs du bassin sont en pierre de taille.
Fig. 6 : Les pierres de calage indiquent l’emplacement d’un poteau disparu.

Un bassin énigmatique

À la périphérie orientale de l’emprise, un aménagement maçonné de 7,15 x 4,70 m, et encaissé d’environ un mètre dans le substrat, a été partiellement dégagé (fig. 5). Il est construit à l’aide d’imposants blocs de taille en calcaire (certains atteignent 90 cm de longueur !) ; le fond n’est pas aménagé. L’hypothèse d’un bassin d’agrément est envisagée, bien que certains arguments s’y opposent. Des analyses chimiques sont en cours pour préciser la nature et la fonction de cette construction.

Réoccupations postérieures du site

Après l’abandon du sanctuaire, des aménagements plus modestes sont venus s’implanter dans les ruines du temple. Des trous de poteau et un petit foyer (constitué de fragments de tuiles) signalent la présence de constructions légères à usage probablement artisanal (fig. 6 et 7). Une canalisation maçonnée traversant le site atteste par ailleurs une activité de gestion hydraulique postérieure à l’occupation cultuelle (fig. 8).

Fig. 7 : Foyer en pierres et fragments de tuiles.
Fig. 8 : Canalisation.
Fig. 9 : Pied d’une statue d’époque romaine.

Recyclages et dépotoirs

Les bâtiments laissés à l’abandon offrent de belles opportunités pour récupérer des matériaux de choix et construire de nouveaux édifices. C’est ce que l’on observe dans les bâtiments environnants, parfois même dans les maison modernes. Les éléments non valorisables ont été évacués dans de grandes fosses. C’est dans l’une d’elles qu’a été retrouvé un pied de statue en pierre (fig. 9). D’autres fosses, ont pu servir à l’extraction de matériaux naturels.

Et ensuite ?

Le terrain a été restitué au propriétaire. Le mobilier archéologique est en cours d’étude par des spécialistes, tandis que des analyses radiocarbone ou physico-chimiques sont programmées pour affiner les datations et les interprétations fonctionnelles. Le tout sera synthétisé dans un rapport scientifique remis au Service régional de l’archéologie.

Opération d’archéologie préventive conduite durant l’hiver 2024-2025 sur la commune de Valromey-sur-Séran (Vieu) « rue du Boule », en préalable à une construction d’habitat privé.

Prescription et contrôle scientifique : Service régional de l’archéologie d’Auvergne-Rhône-Alpes

Maîtrise d’oeuvre : MocaBois

Opérateur archéologique : Archeodunum

Responsable : Camille Nouet

Équipe de terrain

  • Camille Nouet  (RO)
  • Kilian Blanc (RA)
  • Elio Polo
  • Clément Chavot
  • Christina Popova
  • Lara Perez-Blanc,
  • Gillian Filiz
  • Thomas Eydaleine,
  • Thierry Repellin
  • Stephane Marchand

Aux portes de la Bretagne, le châtelet d’Ancenis se révèle

Aux portes de la Bretagne, le châtelet d’Ancenis se révèle

En 2024, la mairie d’Ancenis Saint-Géréon (Loire-Atlantique) s’est engagée dans la restauration et la réhabilitation du châtelet, ancienne porte d’entrée du château constituée d’un couloir voûté flanqué de deux tours. À terme, l’objectif est de rendre l’édifice accessible au public. Avant de bâtir son projet de restauration, l’architecte du patrimoine avait besoin des premières clés de compréhension de l’histoire architecturale du monument. Cette mission de quelques jours, confiée à Archeodunum, a permis d’éclairer les grandes phases qui ont ponctué la vie de l’édifice. 

Fig. 1 : Le châtelet d’Ancenis vu depuis le sud-est. On distingue la terrasse de tir au sommet de la tour sud.
Fig. 2 : Plan d’Ancenis vers 1811. Le châtelet est en jaune, et on devine l’emprise du château disparu. Extrait du cadastre napoléonien.
Fig. 3 : Vue du château d’Ancenis au bord de la Loire. Turner, vers 1830, The Fitzwilliam Museum.

Ancenis au Moyen Âge : une place-forte des marches de Bretagne

À l’époque médiévale, la Bretagne est un duché autonome, rival du royaume de France. Les zones frontalières cristallisent alors les conflits : du nord au sud, sur environ 250 km, des châteaux sont édifiés sur des points stratégiques. Située le long de la Loire, axe commercial important et avant-poste de Nantes, la ville d’Ancenis joue un rôle crucial dans la défense des frontières tout au long du Moyen-Âge. Son château y apparaît comme un indispensable pivot du dispositif défensif mis en place le long de la frontière bretonne (Fig. 2 et 3).

Avant le châtelet : une première tour

Si le secteur du châtelet avait déjà fait l’objet d’investigations archéologiques (un diagnostic en 2004, une fouille aux abords en 2015), l’édifice proprement dit restait à étudier (fig. 4). Et c’est une riche histoire que révèlent ses maçonneries ! Nos archéologues ont pu montrer qu’à cet emplacement existait une première tour, qui a ensuite servi de base à la partie sud du châtelet. Ce premier édifice, qui reste à dater, est aujourd’hui conservé en plan sur une moitié seulement, et sur deux niveaux. Le sous-sol accueillait une salle de stockage voûtée, et une fosse à latrines. Au-dessus, deux pièces à vivre équipées de cheminées, éclairées par une baie, témoignent de la fonction résidentielle de l’ensemble (fig. 5).

Fig. 4 : Plan du châtelet avec ses dispositifs de défense. Les maçonneries de la tour primitive sont en rouge.
Fig. 5 : Une des cheminées de la tour primitive.
Fig. 6 : Porte charretière et porte piétonne équipées de pont-levis.

Le châtelet (fin du XVe siècle) : une construction innovante en période troublée

C’est sans doute au cours de l’un des épisodes de conflit entre la France et la Bretagne que la tour d’origine est partiellement détruite. La moitié restante, toujours fonctionnelle, est intégrée dans un châtelet, construit entre 1488 et 1503. Ce nouveau dispositif sert de défense avancée et d’accès au château. Le passage d’entrée adopte un plan en chicane, une configuration qui apparaît comme innovante – ou singulière – pour l’époque. Il est défendu par un double pont-levis et par une herse (fig. 6-7 ; voir fig. 4). Au sommet des tours, les adaptations les plus récentes à l’artillerie sont également déployées, notamment grâce à des terrasses dotées de canonnières typiques de la dernière décennie du XVe siècle (voir fig. 1).

Une topographie transformée

L’histoire récente du château est marquée par de nombreuses destructions, et le châtelet est un des derniers bâtiments qui matérialisent l’ancienne puissance du lieu. En contrebas des anciennes fortifications, le comblement du fossé (autrefois large de 20 m et profond d’au moins 10 m !) a fortement transformé la physionomie du site et de ses abords. Du fait de ces remblaiements, seule la partie supérieure du châtelet demeure visible, alors que ses tours s’enfoncent encore de plusieurs mètres sous le sol d’aujourd’hui (fig. 8).

Fig. 7 : Entre les voûtes, la rainure de la herse rappelle la défense du lieu, tandis que les culots sculptés témoignent du soin apporté à l’ornementation.
Fig. 8 a : Vue du châtelet en 1842, avant le comblement du fossé (Touchard-Lafosse, La Loire historique pittoresque et biographique de la source de ce fleuve à son embouchure dans l’océan, 1851, p. 296). Les tours et l’entrée sont encore intégralement visibles.
8 b : Le châtelet aujourd’hui. La comparaison des deux images met en évidence le changement de topographie.

Des données précieuses pour guider la restauration

Les résultats archéologiques vont désormais nourrir le projet de restauration de l’architecte du patrimoine. Selon les orientations et les interventions qui seront décidées, de nouvelles investigations archéologiques pourraient être menées, notamment depuis des échafaudages, pour être au plus près des maçonneries et enrichir davantage la compréhension du châtelet d’Ancenis.

Fig. 9 : Les archéologues se sont également rendus dans les fondations de la tour sud.

Opération d’archéologie programmée conduite en octobre 2024, sur la commune d’Ancenis Saint-Géréon, en préalable au projet d’aménagement du châtelet.

Prescription et contrôle scientifique : Service régional de l’archéologie des Pays-de-la-Loire

Maîtrise d’ouvrage : Commune d’Ancenis Saint-Géréon
Architecte du patrimoine : Claire Dukers, cabinet Post

Opérateur archéologique : Archeodunum

Responsable : Margaux Lainé

Les secrets du théâtre antique de Moingt

Les secrets du théâtre antique de Moingt

Comprendre la construction d’un monument public

Les archéologues ont pu profiter des beaux jours du printemps 2025 pour étudier le théâtre antique de Moingt (fig.1 et 2). Cette étude s’inscrit dans un projet de préservation de l’édifice financé par la mairie de Montbrison. Grâce à la mise en place d’un échafaudage et aux méthodes de l’archéologie du bâti, une analyse approfondie des vestiges a pu être menée sur l’ensemble du monument. Archéologues, architectes et maçons travaillent ainsi de concert pour mener à bien un projet qui bénéficiera à tous.

Fig. 1. Vue aérienne du théâtre.
Fig. 2. Enregistrement des informations dans une base de données.
Fig. 3. Carte postale noir et blanc. ©Édition Girard à Moingt. Vers 1910.

Un monument étudié depuis plusieurs siècles

Le théâtre a toujours fait partie du paysage Montbrisonnais. Les érudits locaux s’y sont intéressés très tôt et les premières études sérieuses sont réalisées à partir du XIXe siècle. Des dessins d’époque, des photographies (fig. 3), des notes voire des rapports détaillés sont accessibles aux archives de la Diana.

La place du théâtre dans Aquae Segetae

Durant l’Antiquité, la ville romaine, nommée Aquae Segetae (fig. 4), se développe essentiellement au niveau de l’ancienne commune de Moingt. Le centre public se situe autour des thermes de Saint-Eugénie et des vestiges de quartiers résidentiels et artisanaux ont été mis au jour à proximité. Le théâtre est installé traditionnellement aux marges de la ville (fig. 5). Un tel édifice nécessite de la place et il est plus simple de l’installer en dehors du centre urbain. Une pente naturelle est également la bienvenue pour faciliter la construction.

Fig. 4. Table de Peutinger.
Fig. 5. Représentation du théâtre de Moingt. ©J.-C. Golvin.
Fig. 6. Exemple de trou de boulin.

Une première construction…

Le théâtre est donc construit à flanc de colline, mais un décaissement de la roche naturelle s’est tout de même révélé nécessaire. Afin de faciliter le travail, les artisans se sont servis de la roche extraite sur place pour en faire des moellons. À l’extérieur de l’édifice, des petits contreforts viennent stabiliser l’ensemble. Certains indices du chantier sont visibles dans les murs, comme les nombreuses petites cavités (trous de boulin) qui témoignent de l’ancrage de l’échafaudage (fig. 6).

… puis un agrandissement

Plus tard, le théâtre est agrandi, repris en partie haute et renforcé. La roche naturelle sur place n’est plus accessible et il faudra donc aller chercher les matériaux un peu plus loin, mais à quelques kilomètres seulement. Par ailleurs, les maçons de l’époque retraçaient leurs joints.  Une partie de ces derniers est assez bien conservée pour que l’on puisse encore observer aujourd’hui cette habitude de travail (fig. 7).

Fig. 7. Joints retracés.
Fig. 8. Maisonnette construite entre les murs du théâtre.
Fig. 9. Exemple de relevé photogrammétrique.

Une carrière de pierres idéale

Lorsque le théâtre a été abandonné, il a été utilisé au fil des siècles comme carrière de pierres. On le remarque au niveau des contreforts, où les angles des parties basses sont détériorés. Ce sont effectivement les zones les plus accessibles. Le théâtre a également été réinvesti par une maisonnette construite il y a quelques siècles (fig. 8) : trois murs de très bonne facture étaient déjà construits, pratique !

Et après ?

L’étude du site n’est pas encore terminée et quelques interventions archéologiques sont prévues tout au long du chantier. Les archéologues ont déjà réalisé des relevés photogrammétriques (fig. 9), des photographies, des prélèvements de matériaux et de nombreuses notes détaillées. L’ensemble des données recueillies fera l’objet d’un rapport rendu public.

Opération d’archéologie préventive conduite depuis avril 2025 sur la commune de Montbrison, dans le cadre des travaux de préservation et de confortement des vestiges

Prescription et contrôle scientifique : Service régional de l’archéologie d’Auvergne-Rhône-Alpes

Maîtrise d’ouvrage : Mairie de Montbrison

Opérateur archéologique : Archeodunum

Responsable : Camille Nouet

Équipe

  •  Camille Nouet (RO)*
  • David Baldassari
  • Camille Collomb
  • Jean-Baptiste Kowalski

* fouille et post-fouille

Vivre et mourir à Cournon-d’Auvergne

Vivre et mourir à Cournon-d’Auvergne

2000 ans d’aménagements protohistoriques sous la place Joseph Gardet

C’est dans le cadre du réaménagement de la place Joseph Gardet et de ses abords, mené par la mairie de Cournon-d’Auvergne, que plusieurs phases d’investigations archéologiques se sont déroulées entre 2023 et 2025. Une équipe d’une dizaine d’archéologues a exploré une surface de 5400 m², mettant en évidence une occupation continue du site depuis l’âge du Bronze (2300-800 avant notre ère) jusqu’au Ier siècle avant notre ère. Cette occupation est matérialisée par des vestiges d’habitats ruraux (fig. 1) et par plusieurs sépultures.

Fig.1 : Silo destiné à la conservation du grain.
Fig. 2 : Trou de poteau en cours de fouille.
Fig. 3 : Plan général des vestiges (fond © Google Earth).

Une zone d’habitat bien définie

Différentes concentrations de trous de poteau, identifiables notamment grâce aux blocs de calcaire utilisés en calage (fig. 2), témoignent de l’aménagement d’une zone d’habitat au centre-ouest de l’emprise de fouille. Les bâtiments étaient constitués d’une ossature de bois garnie de torchis. L’étude de la céramique permet de dater ces structures entre l’âge du Bronze ancien (2200-1600 avant notre ère) et le début du second âge du Fer (450-300 avant notre ère). Durant cette dernière période, un enclos quadrangulaire d’au moins 900 m² est aménagé (fig. 3). Les activités agropastorales de ces populations sont révélées par plusieurs dizaines de silos (fig. 1), des fosses en forme de poires utilisées pour la conservation du grain, et par des ossements issus de cheptels ovins, bovins et porcins.

Des niveaux de circulation préservés

À l’est du chantier, des chemins (fig. 4) sont aménagés dès le Bronze final (1400-800 avant notre ère). Constitués d’un cailloutis mis à plat et damé, ils longent les versants méridionaux du massif de Bane. Cette situation en bas de pente, propice à l’accumulation de colluvions, a contraint les habitants à continuellement rehausser leur voirie, et cela jusqu’à la fin de l’âge du Fer (Ier siècle avant notre ère). C’est ainsi une superposition d’une douzaine de niveaux de circulation qui a pu être observée.

Fig. 4: Niveaux de circulation en cours de fouille.
Fig. 5 : Sépulture en cours de fouille.
Fig. 6 : Sépulture double datée du Bronze ancien.

Un ensemble funéraire homogène

Les archéologues ont mis au jour une quinzaine de sépultures, pour la plupart datées du Bronze ancien. Les squelettes sont installés en position foetale, tournés vers le sud (fig. 5 et 6). Certaines tombes présentent des aménagements de surface prenant la forme de monticule ou de couronne de blocs calcaires (fig. 7). Deux tombes plus récentes ont également été découvertes. Aménagée au cours du second âge du Fer, l’une d’elle s’installe au sein d’un enclos sur poteau tandis que l’autre semble associée à un fossé bordier.

Fig. 7 : Blocs calcaires en couronne autour d’une inhumation.
Fig. 8 : Visite guidée par un archéologue lors de journées portes ouvertes.

Après la fouille

La requalification de la place Joseph Gardet s’est déroulée de concert et en parallèle de nos interventions, et s’est poursuivie après le départ des archéologues pour aboutir à la nouvelle place de la République. Côté archéologie, nos experts ont étudié l’ensemble des données recueillies (photos, dessins, objets, etc.) afin de comprendre au mieux comment l’implantation humaine s’est pérennisée dans cette partie du bassin clermontois. Tous les résultats seront synthétisés dans un rapport de fouille abondamment documenté.

Opération d’archéologie préventive conduite entre octobre 2023 et mars 2025 sur la commune de Cournon-d’Auvergne, en préalable au réaménagement de la place Joseph Gardet.

Prescription et contrôle scientifique : Service régional de l’archéologie d’Auvergne-Rhône-Alpes

Maîtrise d’ouvrage : Commune de Cournon-d’Auvergne

Opérateur archéologique : Archeodunum

Responsable : Kevin Dixon

Équipe de terrain

  •  Kevin Dixon (RO)*
  • Jérôme Besson (RA)
  • Laurent Vallée (RA)*
  • Gaëlle Morillon*
  • Thierry Repellin*
  • Elsa Dias*
  • Stéphane Marchand*
  • Killian Blanc
  • Laura Darmon*
  • Lucile Pomes*
  • Miguel Rodriguez
  • Lucile Catté*
  • Aurélie Courtot
  • Audrey Baradat-Joly*
  • Kathleen Dupinay*

* fouille et post-fouille

Équipe de Post-Fouille

  •  Katinka Zipper
  • Gauthier Tavernier
  • Amaury Collet
  • Amandine Réaud
  • François Corbeau
  • Clément Chavot
  • Audrey Baradat-Joly
  • David Gandia
  • Géraldine Camagne
  • Pierre Cargouet
  • Laurie Flottes
  • Guillaume Lépine
  • Geoffrey Leblé
  • Sébastien Laratte